Installer un robot de traite n’est pas sans conséquence sur la conduite de l’élevage

En Belgique, le nombre de robots de traite installés dans les élevages laitiers ne cesse d’augmenter. En témoignent les chiffres publiés par Fedagrim – la Fédération belge des fournisseurs de machines, bâtiments et équipements pour l’agriculture et les espaces verts – dans son dernier rapport économique. Alors que 88 robots de ce type ont été vendus en 2018, ce nombre a grimpé à 138 en 2019. La part d’exploitation installant plusieurs robots s’affiche, elle aussi, en hausse.

Le développement accru des troupeaux, couplé à une réduction de la main-d’œuvre agricole, explique cette tendance. Partout, des éleveurs se questionnent quant aux possibilités et intérêts d’installer pareille technologie sur leur exploitation. Leurs motivations en la matière sont diverses, relèvent les experts de l’Institut de l’élevage (Idele, France) et des Chambres d’agriculture françaises qui ont déjà consacré plusieurs publications à ce sujet. Pour certains, il s’agit de se libérer de l’astreinte de la traite, pour d’autres l’installation d’un robot constitue une solution à un problème de santé (troubles musculo-squelettiques, par exemple) ou traduit la volonté de transmettre un outil moderne et attractif à un repreneur.

Des changements dans le travail quotidien

Opter pour un robot présente divers avantages. Outre la réduction de la pénibilité du travail et des problèmes de santé liés à la traite, évoqués ci-dessus, l’éleveur s’épargne les astreintes liées à cette tâche. Il gagne aussi en confort de travail en pilotant son troupeau et en suivant individuellement chacune de ses vaches directement depuis son bureau grâce aux données informatiques collectées lors de leur passage au robot. De quoi identifier rapidement un problème de mammite, de ration ou encore de production.

Au-delà de ces avantages, l’installation d’un robot implique de nombreux changements pour l’éleveur. Avec une salle de traite « classique », la surveillance du troupeau s’effectue principalement lors des traites du matin et du soir. Avec le passage au robot, les experts recommandent de consacrer deux fois par jour un temps important pour observer les animaux mais aussi analyser les données informatiques récoltées. « La conduite des vaches « en échec » au robot représente souvent la principale astreinte », ajoutent-ils. Ce qui demande également de prévoir du temps pour localiser lesdits animaux dans le cheptel.

Robotiser la traite impose  une hygiène très stricte : propreté des vaches, rasage  des mamelles et réglage  adéquat du nettoyage  des trayons.
Robotiser la traite impose une hygiène très stricte : propreté des vaches, rasage des mamelles et réglage adéquat du nettoyage des trayons. - J.V.

L’utilisation d’un robot requiert d’acquérir de nouvelles compétences en matière d’électronique, d’informatique et d’analyse des données. Ce qui nécessite aussi d’avoir une certaine affinité pour ces domaines.

À cela s’ajoute encore la disponibilité dont doit faire preuve l’éleveur, de jour comme de nuit, en vue de consulter les alertes du robot et d’intervenir rapidement en cas de problème majeur. « Cette astreinte, ainsi que dans certains cas la difficulté à résoudre le problème dans un délai court, peut engendrer un fort stress chez l’éleveur, qui peut par ailleurs se répercuter sur sa vie privée », souligne les experts français. La présence d’un opérateur de maintenance à une distance raisonnable de l’exploitation constitue donc un atout de poids. « La période suivant la mise en route du robot est particulièrement délicate et éprouvante », alertent-ils encore.

Aménager judicieusement son bâtiment

Parmi les éléments à prendre en compte lorsqu’un projet tel que celui-ci est envisagé figure l’investissement. Le coût d’un (ou de plusieurs) robot(s) est relativement élevé. Mais l’investissement ne se limite pas à l’achat. Il convient généralement d’ajouter des coûts d’aménagements des bâtiments (maçonnerie, tubulaires, portes de tri…) et, dans certains cas, de prévoir une enveloppe budgétaire dédiée à des aménagements relatifs à l’alimentation (cellules des stockages d’aliments, distributeurs automatiques de concentrés…).

Les charges journalières évoluent elles aussi. Selon les experts de l’Idele et des Chambres d’agriculture, la facture d’électricité serait deux fois plus élevée qu’avec une salle de traite 2x5 postes tandis que la facture d’eau ne varierait pas. Les coûts de l’alimentation augmenteraient eux aussi. Il convient encore d’ajouter le coût de maintenance qui peut atteindre plusieurs milliers d’euros par robot.

L’organisation du bâtiment doit être mûrement réfléchie. Le robot doit être judicieusement placé et le bâtiment aménagé pour une bonne circulation des animaux, avec la prise en compte de l’accès aux parcelles de pâturage si l’exploitation s’inscrit dans cette pratique.

Si le cheptel est amené à passer plus de temps dans l’étable, certains aménagements peuvent être nécessaires pour assurer le confort et la propreté des vaches. Les experts français suggèrent d’apporter davantage de paille et d’installer des ventilateurs ou des racleurs, d’investir dans un repousse-fourrage ou encore de prévoir des brosses et autres brumisateurs.

Des changements aussi du côté du troupeau

Remplacer une salle de traite par un robot implique quelques modifications dans la conduite du troupeau. L’étalement des vêlages est ainsi préconisé afin d’optimiser la fréquentation du robot. « C’est un élément sur lequel les éleveurs doivent se pencher sans oublier qu’il peut modifier la répartition des livraisons de lait et donc le prix payé par la laiterie », notent les experts français. Cela impacte aussi toutes les tâches liées à la reproduction telles que l’observation des chaleurs, les inséminations, les mises bas, l’élevage des jeunes animaux… ; ces tâches perdent leur aspect saisonnier. En outre, tout vide sanitaire est plus difficile à réaliser. Notons qu’il en découle également une moins bonne homogénéité des lots de génisses.

Les experts constatent que les taux de réforme et de renouvellement du troupeau s’accroissent lors du passage au robot de traite à cause, notamment, du taux de cellules, de la morphologie des mamelles et de l’adaptation des animaux au robot. « Globalement, le taux cellulaire augmente, surtout lors de la mise en route du robot. C’est la première préoccupation des éleveurs en « système robot » et cela entraîne un taux de renouvellement supérieur », détaillent-ils.

On peut également observer une hausse de la lipolyse et des spores butyriques. Cela impose une hygiène très stricte  : propreté des vaches, rasage des mamelles, réglage adéquat du nettoyage des trayons et lavage régulier de l’étable.

Si le cheptel est amené à passer plus de temps dans l’étable, certains aménagements peuvent être nécessaires pour assurer le confort et la propreté des vaches. Il est, par exemple, possible d’installer des racleurs.
Si le cheptel est amené à passer plus de temps dans l’étable, certains aménagements peuvent être nécessaires pour assurer le confort et la propreté des vaches. Il est, par exemple, possible d’installer des racleurs. - J.V.

Il est encore vivement conseillé d’augmenter la fréquence du raclage et du parage pour éviter les problèmes de pieds et ce, surtout si les vaches restent plus longtemps que précédemment dans le bâtiment.

« Question alimentation, la consommation de concentrés augmente généralement avec la distribution en robot », ajoutent-ils. Cela se traduit par une augmentation des coûts d’achat du concentré, davantage accentuée si le concentré fermier est remplacé par un aliment issu du commerce. Une consommation accrue de concentré, s’ajoutant à l’augmentation de la fréquence des traites, entraîne souvent une diminution du taux de matière utile du lait.

Maintien ou réduction du pâturage : une question d’organisation

Le robot de traite doit être correctement positionné dans l’étable pour faciliter la circulation des animaux en son sein. Mais qu’en est-il de l’accès aux prairies pâturées ? Selon les experts, l’installation d’un robot s’accompagne souvent d’une réduction du pâturage malgré la motivation des éleveurs à conserver un tel système. Certains arrivent cependant à conserver identique la part de mise à l’herbe.

« Le maintien du pâturage passe par une réelle volonté de l’éleveur car la gestion du troupeau peut être plus compliquée et s’accompagne de diverses conditions. » Le robot doit, en effet, être placé proche de la sortie du bâtiment et des portes de tri doivent être installées. Il est vivement conseillé d’aménager les chemins d’accès aux parcelles pâturées qui, idéalement, sont situées à proximité de l’étable.

Une attention particulière doit être portée à la qualité des prairies. « Il convient, dans la mesure du possible, de viser l’homogénéité. Cela implique une gestion en paddocks (parcelles plus petites avec clôtures mobiles) et une rotation rapide des prairies de façon à offrir en permanence une herbe de qualité, source de motivation pour les vaches. » Dans certains cas, une distribution supplémentaire de fourrage en fin d’après-midi sera toutefois nécessaire.

Dans un tel système, les interventions de l’éleveur sont inévitables, notamment pour ramener au robot les vaches qui s’y présentent trop rarement ou pour déplacer le troupeau sur les parcelles plus isolées. « Globalement, moins le robot est saturé, moins la gestion de la pâture sera contraignante. A contrario, un nombre plus élevé d’animaux imposera des aménagements et davantage d’interventions de l’éleveur. »

Si le pâturage est réduit, les points de vigilance sont tout aussi nombreux. Pratiquer de la sorte impose tout d’abord de stocker davantage de fourrage. « Un bilan fourrager est donc indispensable pour s’assurer que les surfaces récoltables sont suffisantes. Une modification des rations devra éventuellement être envisagée », préviennent les experts.

Ensuite, vient la question de l’utilisation des prairies qui étaient précédemment pâturées par les laitières. Qu’en faire ? Plusieurs possibilités se présentent aux éleveurs : les faucher et stocker les récoltes, les récolter en vert, les labourer et les mettre en culture ou encore les valoriser par d’autres animaux comme des vaches taries, des génisses ou des vaches allaitantes.

Si les prairies sont occupées par d’autres animaux ou converties en grandes cultures, il faudra veiller à ne pas créer un déficit de fourrage sur l’exploitation, auquel cas ceux-ci devront être acquis à l’extérieur de la ferme. Cela peut impacter le bilan financier de celle-ci… « De même, l’augmentation de la surface récoltée (prairies de fauche) au détriment de la surface pâturée entraînera une hausse des charges de mécanisation : carburant, entretien du matériel, travaux effectués par des tiers… ».

Enfin, de nouveaux investissements devront éventuellement être effectués suite à la réduction du pâturage et l’augmentation des fauches. Sont notamment évoqués l’achat d’un nouveau tracteur et/ou de nouveaux engins de récoltes, la construction et/ou l’agrandissement de silos ou de bâtiments de stockage des aliments et l’agrandissement des ouvrages de stockage des effluents d’élevage.

J. Vandegoor

Agir avant et après l’installation du robot

Se renseigner lors d’un salon est un premier pas lorsque l’on envisage d’installer  un robot de traite, mais une telle décision ne se prend pas à la légère  tant les conséquences sont nombreuses pour l’éleveur et son troupeau.
Se renseigner lors d’un salon est un premier pas lorsque l’on envisage d’installer un robot de traite, mais une telle décision ne se prend pas à la légère tant les conséquences sont nombreuses pour l’éleveur et son troupeau. - J.V.

Robotiser la traite est une opération qui ne s’improvise pas. Pour que la transition se passe au mieux, les experts de l’Idele et des Chambres d’agriculture livrent un certain nombre de conseils basés sur l’anticipation.

« Premièrement, la circulation des animaux est un point clé de la bonne fréquentation du robot », expliquent-ils. Le bâtiment doit donc être adapté et éventuellement aménagé avant l’installation du robot.

Les taux cellulaires ayant tendance à augmenter, ils recommandent également de démarrer avec un troupeau sain. Les années précédant l’installation du robot, si celle-ci est longuement anticipée, la génétique et le choix des réformes doivent être davantage orientés sur la conformation des mamelles.

Il convient encore d’anticiper l’élevage des génisses en vue d’un renouvellement plus important les premières années. « Si les vêlages sont groupés, anticiper leur étalement permet d’éviter la surcharge du robot », ajoutent-ils.

Enfin, une bonne capacité d’investissement et une trésorerie saine sécuriseront le projet.

Se montrer disponible

Une fois le robot installé, la transition se poursuit durant quelque temps. En effet, la période d’adaptation des vaches à ce nouveau mode de traite peut durer plusieurs mois. « Cette période est parfois longue et difficile pour l’éleveur. Il est indispensable d’en être conscient. »

Cela signifie aussi qu’il faut se rendre pleinement disponible la première année pour conduire certaines vaches au robot et/ou à la pâture, se familiariser avec le matériel et les données informatiques recueillies, réorganiser la gestion du pâturage et/ou de la distribution des aliments, apprendre à classer les incidents du robot selon leur impact et gagner en autonomie dans la résolution des dysfonctionnements.