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Réussir sa plantation d’arbres fruitiers: bien acheter, planter et protéger

La période est propice aux plantations mais pour procéder comme il se doit et assurer sa réussite quelques clés sont à retenir et respecter et nous sont livrées par le Centre de développement agroforestier de Chimay (Cdaf asbl).

Temps de lecture : 10 min

Premier point à ne pas négliger : bien acheter ses arbres fruitiers. À l’achat des arbres fruitiers, la qualité et la provenance sont capitales pour la bonne santé et la pérennité des plantations. En Région wallonne, il convient tout particulièrement de se fournir chez un pépiniériste labellisé Certifruit, soit directement chez l’artisan greffeur soit chez l’un des revendeurs adhérents dont les coordonnées sont listées sur le site www.certifruit.be. Véritable gage de qualité, ce label assure le respect du cahier des charges des bonnes pratiques et garantit l’origine et l’authenticité variétale ; un étiquetage durable et officiel ; des variétés adaptées à nos régions, tolérantes aux maladies ; une production locale et artisanale ; une qualité supérieure des arbres.

Aussi, il est préférable de commander ses arbres un an à l’avance. Cela permet d’obtenir des arbres greffés spécialement pour la commande et évite de recevoir des fins de stock, des invendus ou des arbres de moindre qualité retournés par les professionnels. À la commande, il est recommandé de demander au pépiniériste de marquer le nord sur les arbres avec une bombe de peinture ; les arbres seront replantés dans leur direction initiale afin d’éviter les coups de soleil.

Bien planter

La plantation se réalise de la mi-novembre à la fin mars pendant le repos végétatif des arbres (la période de la Sainte-Catherine est à conseiller pour favoriser un pré-enracinement automnal des arbres). Veillez à planter hors période de grand gel et idéalement en terrain suffisamment ressuyé. La plantation des arbres fruitiers nécessite d’être particulièrement méticuleux.

  Réaliser le trou de plantation

La largeur et la profondeur du trou de plantation doivent être d’un tiers supérieures à celles des racines : pour ce faire, on considère généralement un peu moins de 2 fers de bêche. On sépare les mottes d’herbe (A), la terre du dessus riche en humus (B) et la terre du dessous (C). Le fond est ameubli à la bêche sur environ 20 cm pour une pénétration plus facile des racines. Sur sol caillouteux, le fond est pioché sur 30 cm et ce substrat est remplacé par de la terre ameublie (figure 1).

Figure 1
Figure 1

  Installer une cage de protection contre les campagnols

Il s’agit d’un treillis métallique d’une hauteur de 1 m dont les caractéristiques et la conception vous sont expliquées ci-après.

  Placer le tuteur

La longueur du tuteur est de 2,5 m. On l’enfonce du côté des vents dominants du S-O à minimum 80 cm de profondeur. La hauteur finale du tuteur sera inférieure à la hauteur du tronc de l’arbre fruitier haute-tige (figure 2).

Figure 2
Figure 2

 Préparer le substrat

On mélange la terre riche en humus finement émiettée à du terreau, du compost bien décomposé et/ou des engrais organiques complets.

On forme un cône au fond du trou et au centre pour que la base des racines se situe au niveau de la surface du sol (par prévention du tassement du sol (figure 2).

  Positionner l’arbre

L’arbre est posé sur le cône au centre à 10 cm du tuteur, le bourrelet de greffe doit se situer à 5 – 10 cm au-dessus de la surface du sol.

Il est fixé au tuteur à 1 ou 2 endroits avec un lien élastique sans trop serrer (réaliser un 8 en laissant une main d’écart), le lien est fixé au tuteur à l’aide d’un clou (figure 3).

Figure 3
Figure 3

  Recouvrir les racines avec la bonne terre

On rebouche le trou en recouvrant les racines avec le reste de terre riche en humus, en prenant garde de ne pas former de cavités.

  Rabattre le treillis et reboucher le trou

On rabat ensuite le treillis jusqu’à ce qu’il épouse le tronc et le tuteur.

On arrose en fonction de l’humidité du sol et des conditions météorologiques.

Les mottes de gazon sont placées sur les côtés du trou juste avant de refermer complètement celui-ci ; en surface, elles sont des lieux de prédilection pour les campagnols.

On répartit la terre du sous-sol aux endroits plus éloignés et on tasse légèrement (figure 4).

Figure 4
Figure 4

  Apporter de la matière organique et/ou un paillage.

On applique éventuellement du fumier ou du compost bien décomposé et les incorpore légèrement. S’il s’agit de matière organique fraîche, on ne la met jamais en contact avec les racines ou le tronc pour éviter les risques de brûlure.

On paille pour favoriser la vie du sol et limiter le développement des adventices.

  Consignes particulières

Il faut veiller toujours à maintenir le point de greffe hors du sol pour éviter à l’entre-greffe de s’enraciner (marcottage) et d’affranchir le système racinaire originel (issu d’une graine). En effet, leur variété et leur vigueur diffèrent. Enfin, l’enracinement n’est pas identique s’il est issu d’une graine ou d’un marcottage ; cela influe également sur la vigueur générale de l’arbre.

Concevoir une cage anti-campagnols

La problématique des campagnols est à prendre très au sérieux, ils peuvent occasionner de sévères dégâts aux plantations. Il n’est pas conseillé de planter un verger dans une prairie de fauche. La mortalité des arbres est pratiquement assurée. Concernant les prairies pâturées, certes les animaux piétinent les galeries mais ils restent à l’étable presque la moitié de l’année. Pour limiter le risque de perdre des arbres fruitiers, il faut protéger leurs racines.

Le grillage choisi pour la confection des cages doit présenter les caractéristiques suivantes :

– un treillis métallique non plastifié de 1 m de largeur : il rouille après 5 ans et les racines peuvent passer au travers.

– des mailles hexagonales de 13 à 16 mm.

– une épaisseur du fil inférieure à 0,8 mm afin que les racines puissent dilater le treillis par la suite.

  Pour fabriquer un cageot simplement et rapidement, sans ligature :

– On coupe un tronçon de treillis compris entre 2,5 et 3 m (longueur = diamètre du trou x 3,14) et on le plie en deux. (Figure 5)

Figure 5
Figure 5

– On retrousse les deux extrémités avec un pli de 5 cm pour obtenir un cylindre fermé

– On ferme le cylindre sur un de ses deux côtés ouverts avec de nouveau un pli de 5 cm.

– Pour renforcer le cageot, réitérer l’opération aux deux bords précédemment retournés, et ce, dans le même ordre et dans le même sens : au total, 4 plis. (Figure 6)

Figure 6
Figure 6

– Le cageot prend la forme d’un sac ouvert ovalement au-dessus et fermé dans le fond. (Figure 7)

Cage 3
Figure 7

– On arrondit et aplatit le fond du cageot en y introduisant une ou deux jambes pour lui donner une forme évasée et retrousser les coins. (Figure 8)

cage 4
Figure 8

Dispositifs de protection

Pour protéger ses arbres, on peut choisir d’installer un corset métallique à bandes verticales bardées, un harnais d’arbre, un corset en treillis souple ou une nappe métallique grillagée à 3 ou 4 piquets. Chaque dispositif offre une protection contre l’écorçage, le frottis et le rongement (du lapin et du lièvre) et a ses caractéristiques, avantages et inconvénients.

Les plus onéreux sont le corset métallique et le harnais.

 Le corset métallique à bandes verticales bardées

Il offre une protection totale contre le mouton, la vache, le cerf, le chevreuil, le lapin et le lièvre. Par contre, celle-ci est moyenne contre l’âne et le cheval voire insuffisante contre la chèvre.

Pour le poser, on place le(s) piquet(s), on entoure l’arbre et fixe le corset avec des vis (+ rondelles). La protection est surélevée de 7 cm pour faciliter l’entretien au pied de l’arbre.

Attention que deux piquets sont indispensables contre la poussée du gros bétail. La protection est de longue durée (jusqu’à 10 ans) si elle est bien installée et surveillée. Néanmoins, la tenue dans le temps est moyenne avec certains animaux : risques de bandes arrachées ou pliées, notamment par les chèvres qui montent sur les bandes horizontales avec leurs pattes avant.

Le corset métallique à bandes verticales bardées
Le corset métallique à bandes verticales bardées - CDAF asbl

 Le harnais d’arbre

Il offre une protection totale contre la chèvre, le mouton, la vache, le cerf, le chevreuil, le lapin et le lièvre. Par contre, celle-ci est moyenne contre l’âne et le cheval.

On place le(s) piquet(s), on entoure l’arbre et le(s) piquet(s) avec le harnais et on le fixe avec des clous en « U » ou des vis (+ rondelles). La protection est également surélevée de 7 cm pour faciliter l’entretien au pied de l’arbre.

Le dispositif est assez avantageux car il a une bonne résistance face à la poussée, une tenue parfaite dans le temps (plus de 10 ans). Pour une meilleure tenue de la protection, on peut ajouter un deuxième piquet, ou une barre à béton (enfoncée à 70 cm) et la fixer au bas de la protection.

Le harnais d’arbre
Le harnais d’arbre - CDAF asbl

D’une durée de 10 ans, le corset en treillis souple et la nappe métallique grillagée ont des budgets plus raisonnables.

 Le corset en treillis souple

Il offre une protection totale contre la chèvre, le mouton, la vache, le cerf, le chevreuil, le lapin et le lièvre. Par contre, celle-ci est insuffisante contre l’âne et le cheval.

On place le(s) piquet(s), on entoure l’arbre avec le treillis et on le fixe avec des clous en « U » ou des vis (+ rondelles). On enroule ensuite du fil barbelé (en spirale) sur la hauteur de la protection, contre la poussée des bovins et équidés.

Le dispositif a une bonne résistance à la poussée et tient parfaitement dans le temps. Pour une meilleure tenue de la protection, on ajoute un deuxième piquet ou une barre à béton (enfoncé(e) de 70 cm) et on le/la fixer au bas de la protection. Elle est également surélevée de 7 cm pour faciliter l’entretien au pied de l’arbre.

Le corset en treillis souple.
Le corset en treillis souple. - CDAF asbl

 La nappe métallique grillagée 3 ou 4 piquets

Elle offre une protection totale contre la chèvre, le mouton, la vache, le cerf, le chevreuil, le lapin et le lièvre, l’âne et le cheval.

On place les piquets, on entoure l’arbre avec le grillage en le tendant bien et on le fixe avec des clous en « U ».

La protection est optimale mais il faut prévoir une hauteur suffisante pour les chevaux. Elle est surélevée de 10 cm pour faciliter l’entretien au pied de l’arbre.

La nappe métallique grillagée à 3 ou 4 piquets.
La nappe métallique grillagée à 3 ou 4 piquets. - CDAF asbl

Les protections individuelles à 3 ou 4 piquets peuvent se réaliser avec des lattis en bois, du fil barbelé, des nappes grillagées et éventuellement du fil électrique. Le tableau 1 décrit les dimensions, soit la hauteur et la distance entre les piquets, à respecter en fonction des animaux présents sur la parcelle.

La chaux ou l’argile

Dès le jeune âge, pensez à protéger le tronc et la base des charpentières de vos arbres fruitiers avec un badigeon. Celui-ci permet d’assainir l’écorce et de prévenir l’apparition des chancres et des attaques d’insectes. Il permet aussi de protéger le tronc contre le gel et les trop fortes insolations qui sont de plus en plus fréquentes : les brûlures au tronc entraînent un décollement de l’écorce et la nécrose du cambium au niveau de la plaie, engageant souvent la viabilité de l’arbre à court ou moyen terme.

S’il est aisé de se procurer des badigeons arboricoles prêts à l’emploi, vous pouvez aussi le préparer vous-même. Il existe de nombreuses recettes dont voici deux d’entre elles :

  Badigeon à base de chaux  : versez d’abord 3 volumes d’eau dans un seau métallique (un seau en plastique fondrait) et ajouter ensuite 1 volume de chaux vive agricole (procédez bien dans ce sens). Le mélange va entrer en effervescence et dégager une chaleur intense. Couvrez immédiatement le seau d’un couvercle pour contenir le bouillonnement. Laissez reposer une nuit, ajoutez de la cendre de bois tamisée (d’espèces indigènes – à raison de 50 % du volume de chaux) et du savon noir comme liant à raison de 2 % du volume d’eau. Vous pouvez encore rajouter du lait à raison de 10 % du volume d’eau pour rendre le badigeon encore plus collant. Homogénéisez le tout.

Attention, la chaux vive est dangereuse et peut entraîner de sévères brûlures ! Avant d’entreprendre la préparation, protégez tous les membres de votre corps des éventuelles éclaboussures ; des gants et des lunettes de protection sont indispensables.

Après réaction avec l’eau, la chaux est dite « éteinte », elle reste cependant irritante et nécessite toujours de se protéger.

Attention, la chaux vive est dangereuse et peut entraîner de sévères brûlures.
Attention, la chaux vive est dangereuse et peut entraîner de sévères brûlures. - Diversifruits

 Badigeon à base d’argile  : mélangez 2,5 kg d’argile (verte ou blanche) à 1,5 kg de bouse de vache fraîche, 250 g de lithothamne, 250 g de cendre de bois tamisée et ± 5 l d’eau chaude. Mélangez jusqu’à l’obtention d’un mélange onctueux.

Les badigeons s’appliquent par temps sec, hors période de végétation et de gel.

Dès le jeune âge, pensez à protéger le tronc et la base des charpentières de vos arbres fruitiers avec, par exemple, un badigeon d’argile.
Dès le jeune âge, pensez à protéger le tronc et la base des charpentières de vos arbres fruitiers avec, par exemple, un badigeon d’argile. - Diversifruits

D’après Damien Gillain

et Pascal Balleux,

CDAF asbl

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