La préparation des agnelages

Il va de soi que les brebis doivent être en bonne santé et en excellente condition physique au moment de l’agnelage, afin que les agneaux puissent traverser sans souci les premières semaines de leur vie. Ce sont les semaines les plus délicates de cet élevage. Comment préparer les brebis à la naissance ? Trois aspects importants sont à prendre en compte pour que les brebis arrivent en bonne condition à la fin de la gestation. Tout d’abord, il faut examiner leur condition et adapter leur alimentation. Deuxièmement, il faut considérer l’intérêt d’une possible vaccination. Enfin, on tond l’arrière-train, autour du pis, et le ventre.

Condition et alimentation

Les besoins alimentaires d’une brebis gestante dépendent de son poids, du stade de gestation et de la portée espérée. On peut scanner les brebis pour s’assurer du nombre d’agneaux attendus avec un bon degré de précision. De cette façon, on peut créer des groupes, a fortiori lorsque le troupeau est imposant. Les brebis qui portent des triplés ou des quadruplés doivent évidemment recevoir un complément alimentaire au cours des 6 dernières semaines de la gestation, pour éviter un amaigrissement trop rapide.

Si on ne scanne pas les brebis, on surveille leur condition à partir de 4 à 6 semaines avant l’agnelage. Cela se fait en tâtant le dos de la brebis avec les doigts. Les brebis au dos « rond », dont on sent à peine les vertèbres, ne doivent pas recevoir de supplément. À celles qui s’amaigrissent (dans ce cas, on sent bien les os de la colonne vertébrale), on distribuera 200 à 400 g de concentrés dans les dernières semaines de la gestation. On veillera toutefois à une certaine transition : pas question de donner d’un seul coup une telle quantité à un animal qui n’y est pas habitué : cela pourrait lui être fatal.

Les brebis qui ont été généreusement nourries au cours de la gestation, et qui sont (trop) grasses, pourraient développer de l’acétonémie si on les rationne trop durant la dernière phase de la gestation. La mobilisation des réserves lipidiques peut se transformer en une forme d’intoxication. Les brebis languissent, mangent moins et on peut même sentir une odeur typique d’acétone à leur haleine. À un stade précoce, on peut redresser la situation en essayant de les alimenter un peu plus généreusement. Si ce n’est pas le cas, le vétérinaire interviendra, et il peut donner un supplément d’énergie. À un stade trop avancé, on perd généralement la brebis et les agneaux. Si l’agnelage est tout proche, l’animal peut se rétablir après la mise bas.

La solution de la vaccination

Faut-il vacciner ou non les brebis contre l’entérotoxémie trois à quatre semaines avant l’agnelage ? La question est posée, mais cela reste un point de discussions parmi les éleveurs de moutons. D’autres vaccinations sont moins fréquentes, mais elles sont toujours possibles. Il s’agit de la lutte contre l’ecthyma (formation de papules, de vésicopustules sur les lèvres, les muqueuses buccales), très dangereux chez les petits ruminants, et contre la pasteurellose.

L’entérotoxémie survient chez les agneaux qui sont bien nourris. Un développement bactérien surabondant a lieu dans le système digestif et provoque une intoxication. Les agneaux présentent des symptômes nerveux et la mort survient assez rapidement. Il n’existe aucune médication. Seule la vaccination des mères protège les jeunes agneaux durant les premières semaines via les anticorps présents dans le colostrum. Par la suite, les agneaux peuvent être vaccinés par le vétérinaire.

La décision de vacciner ou de ne pas vacciner résulte d’une analyse des coûts par rapport aux risques. Il est évident que l’éleveur échaudé par plusieurs expériences défavorables au cours des années antérieures ne se pose plus la question.

Tondre beaucoup ou tondre un peu ?

Les brebis qui sont tondues à la rentrée en bergerie ont un arrière-train propre et le pis bien accessible. Cette façon de procéder a un avantage supplémentaire : il faut un peu moins de place pour l’accès à la crèche. Les brebis ont un accès plus facile et la consommation alimentaire augmente, de sorte qu’on va avoir des agneaux plus lourds à la naissance. Évidemment, dans le cas d’une telle tonte, les animaux restent à l’intérieur de la bergerie.

L’hygiène est un facteur important lors de la naissance. Un arrière-train propre limite les risques d’infections utérines, il est donc utile de tondre l’arrière-train et d’éliminer ainsi la crasse autour de la vulve. Ce faisant, on se facilite également la surveillance de l’approche de l’agnelage : gonflements des lèvres peu avant l’agnelage, développement du pis.

La suppression de la laine autour du pis facilite en outre l’accessibilité du pis pour les agneaux. Certaines races ont beaucoup de laine ventrale. On fera cependant très attention lors de la tonte : pas question de blesser le pis ou les mamelles.

La brebis et sa progéniture

Les brebis gestantes restent en groupe jusqu’à la naissance. Il faut leur éviter du stress, toujours préjudiciable.

Dès l’agnelage accompli, la brebis est isolée avec sa progéniture dans une petite loge, un box (1,5 m x 2 m) pour faciliter la relation mère-agneau. On les laisse au moins un jour pour une brebis avec un unique agneau ; 2 à 3 jours pour une mère avec plusieurs agneaux.

Selon les dispositions, on a des boxes fixes ou des boxes mobiles, facilement déplaçables ou à enlèvement facile. L’important dans ce cas est que tout soit prêt juste avant la période d’agnelage, que les loges soient propres et à nouveau bien paillées pour chaque naissance. Il est important aussi que la brebis n’y reçoive pas trop de fourrages ou d’aliments concentrés. L’apport constant d’eau fraîche est important pour elle, mais il faut faire attention aux agneaux afin qu’ils ne viennent pas se noyer dedans. Prévoir des lampes chauffantes pour chauffer les agneaux fragiles durant les premières heures de leur vie, spécialement par temps froid. Il faut évidemment faire attention aux risques d’incendie avec ces lampes électriques.

Les accessoires pour la naissance

Deux choses doivent être prêtes pour chaque naissance. Tout d’abord, un seau, lavé et propre, avec de l’eau tiède et un produit désinfectant non mordant, comme du Dettol Medical, du Vetac ou de l’Hibitane. On peut désinfecter la vulve, ainsi que les mains et les bras, en cas d’aide à la naissance. L’idéal consiste à utiliser un seau destiné exclusivement pour la naissance, qui n’est jamais utilisé pour d’autres tâches.

À côté de cela, on aura non loin un bac ou un seau propre dans lequel on aura placé une substance lubrifiante, de la teinture d’iode, un spray destiné à stimuler la respiration et des cordelettes propres. On n’utilise jamais de savon lors d’une naissance, car le savon nettoie et dégraisse, alors que les voies génitales doivent rester « glissantes ».

Éviter le stress de l’animal... et de l’éleveur!

Une observation régulière est nécessaire pour éviter les difficultés durant la période d’agnelage. Comment les brebis se comportent-elles ? N’y a-t-il pas un risque de toxémie de gestation ? Les risques sont d’autant plus grands pour les brebis ayant de gros besoins énergétiques car elles sont porteuses de plusieurs fœtus, trop grasses ou trop maigres.

Tout doit être prêt, à sa place, de sorte que dès la première naissance, on puisse travailler dans le calme, sans énervement. Le stress, de l’éleveur ou des animaux, ne peut avoir que des impacts négatifs. Il est donc à éviter à tout prix.

Du colostrum en réserve

Un agneau ne survit pas longtemps s’il n’a pas consommé de colostrum (ou trop peu de colostrum) durant ses premières 24 heures. En 24 heures, il doit pouvoir téter 0,4 l de colostrum. Avant la période d’agnelage, il est bon de constituer une réserve de colostrum pour pouvoir alimenter les agneaux faibles dans les premières heures de leur vie, ou les agneaux que la mère ne peut nourrir correctement car cette brebis en a beaucoup ou a un problème mammaire.

Quel colostrum ? On peut congeler du colostrum venant d’autres brebis ayant « trop » de colostrum, ou d’un brebis à l’agneau mort-né. Il est néanmoins plus simple de demander du colostrum dans une ferme laitière. Généralement, on y conserve du colostrum de vache au congélateur pour les mêmes raisons : la survie d’un nouveau-né.

Il existe encore une autre possibilité : du colostrum lyophilisé. Il se présente sous forme de poudre, à mettre en solution avant emploi.

Le direct

Le direct