«Automatisez ce que vous pouvez et faites appel à un entrepreneur si vous y gagnez en rentabilité»

Jan Cobbaert est un producteur laitier passionné qui accorde une grande importance aux chiffres. « Il faut si l’on veut assurer la rentabilité de son exploitation », assure-t-il.
Jan Cobbaert est un producteur laitier passionné qui accorde une grande importance aux chiffres. « Il faut si l’on veut assurer la rentabilité de son exploitation », assure-t-il. - LV

À Oedelem, la ferme qu’exploitent Jan Cobbaert et sa femme Katrien est calme. Trop calme ! En raison de la pandémie de coronavirus, le couple a en effet été contraint de suspendre ses activités de Bed & Breakfeast et location de gîte de vacances connues sous le nom « De Bergvallei ». C’est pourtant l’effervescence qui règne généralement sur la ferme, par la présence des visiteurs, qui les a incités à automatiser un certain nombre de tâches.

Répondre à la croissance de l’activité touristique

Katrien, la maîtresse de maison, s’occupe avec enthousiasme de l’accueil des visiteurs depuis plusieurs années. En prenant de l’ampleur, cette activité l’a toutefois conduite à se mettre en retrait de l’exploitation laitière où Jan trayait encore deux fois par jour dans une ancienne salle de traite tandem 2x3. Une solution devait être trouvée pour répondre à ce problématique car il n’était pas question de se séparer du troupeau.

« Les investissements consentis nous ont permis de nous adapter à cette situation. La croissance n’était pas l’objectif premier mais il fallait assurer la rentabilité de nos activités dans un contexte de baisse du prix du lait », explique Jan. L’étable a donc été agrandie, et des robots de traite Lely y ont pris place. « Nous étions face à un dilemme : l’étable pour le jeune bétail avait besoin d’une sérieuse rénovation mais il nous semblait tout aussi important d’assurer davantage de confort aux laitières. »

L’étable a finalement été prolongée de pas moins de 42 m. Tous les jeunes animaux sont regroupés d’un côté du couloir d’alimentation, tandis que les vaches en production et taries se trouvent de l’autre côté.

Gain de temps et d’info grâce aux robots

« Cette intervention a permis d’alléger la charge de travail tout en facilitant la circulation dans le bâtiment. Les vaches y ont gagné en confort. Deux zones dédiées à la nurserie ont également été aménagées pour les jeunes veaux. Elles sont entièrement cloisonnées et disposent d’une ventilation mais peuvent aussi être ouvertes sur l’extérieur. »

Un grenier multifonctionnel a été aménagé au-dessus de l’espace dédié aux veaux. Il est accessible par une échelle sécurisée. L’éleveur précise : « La sécurité et l’hygiène sont deux choses très importantes. De nombreux accidents ont lieu en raison d’objets mal fixés ou par inattention. Pour certains, c’est un détail. Mais pour moi, c’est très important pour travailler correctement. ».

La mise en service des deux robots de traite permet de réaliser de considérables économies de main-d’œuvre. « Nous gagnons au moins deux fois 2,5 heures par jour pendant la traite. Et les vaches se rendent seules au robot, jusqu’à trois fois par jour. Cela se traduit par une hausse de la production ! La santé mammaire est également améliorée. »

« Il est faux de dire que les robots font tout le travail », insiste Jan. « Il faut les surveiller de près, surtout dans les premières semaines qui suivent leur installation. Heureusement, nous n’avons connu que peu de problème durant la période de transition. »

Recourir aux robots de traite était nécessaire suite au développement des activités touristiques de la ferme.
Recourir aux robots de traite était nécessaire suite au développement des activités touristiques de la ferme. - LV

Le robot fournit, en outre, une foule d’informations permettant à l’éleveur d’assurer le suivi quotidien de son cheptel. « Les chiffres constituent une bonne base, mais il faut savoir les interpréter correctement et, surtout, agir en conséquence. Je ne suis pas un grand spécialiste de l’informatique mais je sais pertinemment bien quels sont les chiffres à surveiller (production de lait, détection des chaleurs, pression parasitaire…). Grâce aux deux robots, je peux élever 120 têtes. »

Le principal inconvénient de la traite robotisée est bien connu de l’éleveur : les alertes peuvent survenir à toute heure du jour et de la nuit. « Heureusement, cela n’arrive que très rarement. Les gains viennent nettement contrebalancer ce risque », rassure-t-il. Automatiser la traite lui permet de gérer l’élevage laitier seul, ou presque.

Le robot racleur, un ovni pour le troupeau

Outre les robots de traite, un robot racleur a fait son apparition dans l’étable. Le bétail ne s’est pas adapté facilement à ce nouveau venu. « Rénovation et agrandissement de l’étable, robotisation de la traite et, pour finir, apparition d’un ovni dans le bâtiment ! Il a fallu un certain temps pour que le troupeau s’habitue à la présence du robot racleur. Je suis d’ailleurs très content de ses performances : les logettes sont plus propres et le raclage systématique des excréments accroît la propreté des onglons. »

Que faudrait-il encore améliorer ? De petites choses. L’intervalle entre deux vêlages par exemple. « Chaque vache donne naissance à un veau par an et l’insémination a lieu 60 jours après la mise-bas. Nous devrions peut-être améliorer cela. C’est à réfléchir. »

Après avoir été quelque peu perturbé, le troupeau s’est finalement habitué  à la présence du robot racleur.
Après avoir été quelque peu perturbé, le troupeau s’est finalement habitué à la présence du robot racleur. - LV

Et automatiser l’alimentation ? « Non, j’ai déjà suffisamment investi ces dernières années », répond Jan en souriant. « Je comprends le principe mais compte tenu de la somme engagée, quels profits puis-je tirer d’un robot d’alimentation ? Les vaches seront-elles plus productives ? Mélanger et distribuer les aliments automatiquement sera-t-il plus intéressant que travailler avec une mélangeuse ? Je pense à tout cela. Je me dois d’être raisonné et réfléchi, d’être un homme de chiffres. Il faut l’être si l’on veut assurer la rentabilité de son exploitation. »

Le télescopique, un allié polyvalent

« J’estime qu’il est préférable d’externaliser certaines tâches en faisant appel à un entrepreneur de travaux agricoles si c’est plus rentable pour la ferme. On sait ce que gagne un producteur laitier… Pour moi, un bon chargeur télescopique et une mélangeuse-distributrice sont les outils les plus importants. Un bon tracteur également, mais il n’est pas nécessaire que ce soit le dernier modèle mis sur le marché. Admettons que les engins agricoles sont coûteux et qu’il est difficile de récupérer son investissement. C’est en tout cas ma vision, et chacun doit faire ce qu’il estime être le mieux pour sa ferme. »

Revenons à ce télescopique. « C’est en quelque sorte la brouette de la ferme. Aucun autre outil n’est plus utilisé que celui-là dans un élevage laitier. Je l’utilise pour charger la mélangeuse-distributrice au moment de nourrir les veaux et les laitières. Cela représente trois chargements d’un bon 2.000 kg par jour. » L’engin est également utilisé pour diverses autres tâches. Sa polyvalence en fait le meilleur allié du fermier.

Une alimentation fraîche et de qualité

De marque Keenan, la mélangeuse-distributrice a été achetée d’occasion. « Ce modèle, avec rotor à pales, me convenait parfaitement. Je pense qu’il est important que mon troupeau reçoive une alimentation fraîche et de qualité. En réalisant plusieurs passages par jour, plutôt qu’un seul avec une mélangeuse trop remplie, la ration présente une meilleure composition et est plus fraîche. En outre, les vaches se pressent au cornadis à chaque passage. L’ingestion de nourriture est donc supérieure. »

La famille Cobbaert : Jan et Katrien, accompagnés de leurs trois enfants.
La famille Cobbaert : Jan et Katrien, accompagnés de leurs trois enfants. - Vier

Le rotor à pales est un système très intéressant pour l’éleveur. « La ration est mélangée, mixée, sans être compactée. La ration reste aérée et fraîche, prête à être distribuée. » Si Jan s’est tourné vers cette marque, qui lui correspond, bien d’autres existent sur le marché.

Une ferme entièrement automatisée ?

Serait-il possible de faire fonctionner une exploitation laitière de manière entièrement automatisée ? « Non, l’agriculteur est et reste le personnage clé d’une ferme. Lorsque l’on travaille avec des animaux, la présence d’un éleveur est plus que nécessaire. Les outils sont là pour faciliter le travail, optimiser les processus et gagner en rentabilité. Mais l’œil de l’agriculteur et son instinct restent importants pour veiller aux détails et s’assurer que les différents engrenages du mécanisme s’emboîtent bien les uns dans les autres », assure Jan.

D’après Lieven Vancoillie

Une ferme mêlant vaches laitières et porcs

Lui est responsable de l’élevage, elle s’occupe du B&B et du gîte. Jan Cobbaert et sa femme Katrien forment un bon duo. Ils sont d’ailleurs les représentants de la troisième génération à la tête de la ferme. Bien qu’il ait étudié la mécanique automobile, Jan n’a jamais travaillé dans un garage. Il a préféré succéder à son père et se consacrer à l’élevage.

L’exploitation compte 900 porcs d’engraissement. Le troupeau laitier s’est étendu ces dernières années et compte aujourd’hui 120 Holstein, auxquelles s’ajoutent 70 jeunes bovins. Plus d’un million de litres de lait sont livrés chaque année à Friesland Campina, avec des teneurs en matières grasses et protéines respectivement comprises entre 45 et 46 et entre 35 et 36. Côté culture, on retrouve 35 ha de maïs, 20 ha de prairies permanentes et 5 ha de ray-grass italien.

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