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Ferme bio du Petit Sart à Grez-Doiceau : «Ici, c’est une école de découverte et de vie»

Des blocs de paix, un chemin rétréci entre la terre et le jour qui tapisse de soleil les talus ombragés. Au bout le bleu, la tranquillité tellement apaisante qu’on la glisserait presque dans un livre. La Ferme bio du Petit Sart s’y raconte d’un trait. Celui de la vie.

Temps de lecture : 6 min

Aux confins de Piétrebais, dans l’entité de Grez-Doiceau en Brabant wallon, Hubert del Marmol, ingénieur industriel en agronomie devenu agriculteur, artisan-éleveur et Carl Vandoorne, qui se définit lui-même comme un « cultivateur d’idées », font vivre la Ferme du Petit Sart passée en bio voici déjà dix ans où se partagent grandes cultures céréalières et élevage de vaches limousines

Une ferme mixte, des Limousines et un écosystème

Le tandem est aussi atypique qu’original. Avant d’arriver en agriculture, Carl Vandoorne, qui avoue avoir vécu plusieurs vies, a été notamment le père du « Journal des Enfants » et la cheville ouvrière de l’initiative « Journaliste d’un jour ».

Hubert del Marmol, lui, a hérité des 17ha de terres familiales. Il a d’abord travaillé en agriculture conventionnelle pendant cinq ans.

Carl Vandoorne se définit lui-même comme un « cultivateur d’idées ».
Carl Vandoorne se définit lui-même comme un « cultivateur d’idées ». - M-F V.

« Nous avons commencé par cinq bêtes, nous en sommes à plus de trente dont nous assurons l’autosuffisance sur la ferme » précise Carl Vandoorne.

La Ferme est adossée à un bois et bénéficie d’un écosystème « assez exceptionnel » qu’elle a réussi à créer et qu’elle s’attache à entretenir. La réputation de ce cadre à l’atmosphère vertueuse « percole » explique M. Vandoorne puisque ceux qui viennent d’acheter un hectare juste à côté de nos terres ont installé un centre qui souhaite dispenser des formations en permaculture.

Et ce n’est pas fini puisque qu’un peu plus loin, un agriculteur est sur le point de passer complètement en bio et va se lancer dans des vignes.

Au niveau de sa construction, la Ferme du Petit Sart est quasiment autonome au niveau énergétique avec ses panneaux solaires et photovoltaïques et ses triples vitrages.

Un tremplin pour de jeunes maraîchers bio

La Ferme bio du Petit-Sart ne possède qu’une bétaillère et un petit tracteur. Elle a fait le pari de ne pas investir dans de grosses machines et choisit plutôt de faire appel à une entreprise agricole très bien outillée « qui vient nous aider quand nous en avons besoin ».

Cette ferme que l’on peut aisément qualifier de « modèle », accueille régulièrement des étudiants en agronomie, de nombreux visiteurs et des apprentis maraîchers, bio, bien sûr dans le cadre de la Fondation « Genérations Bio », créée par les deux hommes.

Son originalité, c’est d’ailleurs la création d’une « ferme couveuse » qui a permis à de nombreux jeunes de venir s’initier en maraîchage sur de petits lopins de terre.

Il s’agit de culture d’oignons, des tomates, tous les légumes feuilles et racines. Les maraîchers en herbe y travaillaient à leur compte, conseillés par Hubert del Marmol et Carl Vandoorne.

Ils y ont déjà vu passer des dizaines de maraîchers.

L’un d’eux, Gwenaël du Bus, a créé la Ferme du Peuplier qui emploie 35 personnes et distribue ses produits sur le Brabant wallon et à Bruxelles. Mais ils sont nombreux à avoir rencontré le succès après une fructueuse expérience auprès de Carl et Hubert.

Les deux acteurs de la Ferme du Petit Sart ont la volonté de soutenir celles et ceux qui souhaitent faire bouger les choses dans le domaine du développement durable.

En raison d’un cruel manque de terres agricoles et de la spéculation immobilière qui frappe durement le Brabant wallon, les deux partenaires, qui travaillent désormais avec l’Asbl « Terre-en-Vue » veulent sensibiliser les propriétaires pour qu’ils cèdent quelques hectares et passent, comme eux, des contrats de culture avec de jeunes maraîchers.

Pour Carl Vandoorne, il s’agit d’une manière de « réamorcer la pompe » au moment où fermes et agriculteurs sont en déclin dans nos territoires.

Du jardinage qui combine esthétisme et alimentation

La Ferme bio du Petit Sart, c’est aussi des stages de jardinage bio qui explorent le métier depuis la semence jusqu’à la récolte qui suscitent « énormément de vocations » se félicite-t-il. Il s’agit d’une diversification positive pour des gens « qui ont soif de se reconnecter à la terre, au vivant » développe M. Vandoorne.

« On a mis des fonctionnaires européens en relation avec la terre, ils nous disent que nous leur avons ouvert les yeux sur une dimension qu’ils ne connaissaient pas » rembobine Carl Vandoorne.
« On a mis des fonctionnaires européens en relation avec la terre, ils nous disent que nous leur avons ouvert les yeux sur une dimension qu’ils ne connaissaient pas » rembobine Carl Vandoorne. - M-F V.

« Nous avons eu dans un même stage, des grands-mères, des parents, des enfants ». Ce sont autant des citadins qui veulent cultiver des tomates sur leur terrasse que des jardiniers expérimentés, des personnes désireuses de faire des jardins qui soient à la fois esthétiques et nourrissants avant d’ajouter « on leur donne des clefs, des impulsions qui leur permettent de cheminer ».

« Sur notre terrain, nous accueillons des ruches et un apiculteur, nous valorisons les fromages de Wallonie à l’occasion de fêtes, de grands feux ».

« Nous semons, nous suscitons des vocations »

La ferme accueille également des scouts qui viennent donner un coup de main, nourrir les bêtes, aider dans les champs, les vignes chez d’autres agriculteurs, aller travailler dans une brasserie pour découvrir la façon dont on fait de la bière bio.

Elle pratique l’accueil de stagiaires, étudiants et chercheurs venus des quatre coins du monde (des pays baltes jusqu’à la Chine) pour étudier des techniques durables.

Elle organise aussi des séminaires, des événements culturels, des concerts acoustiques et en extérieur, à l’occasion, par exemple, du solstice d’été. Hubert et Carl dispensent des cours de cuisine et accueillent des étudiants en école hôtelière qui viennent récolter des légumes avant de les cuisiner afin de démontrer leur savoir-faire à des professionnels du secteur, des enseignants, un jury.

Quand des fonctionnaires européens se délocalisent à la ferme

Carl Vandoorne n’est pas peu fier d’annoncer que des fonctionnaires européens de la DG Agri viennent pour la troisième année sur la ferme vivre une journée de formation et de cohésion.

Au cours d’une journée animée par des maraîchers, des éleveurs, des agriculteurs, des bioingénieurs, ils s’informent sur l’intérêt des polycultures bio, le bien-être animal au quotidien jusqu’à la fin de vie (projet d’abattage à la ferme), les avantages du circuit court pour la distribution des récoltes, les apports de la permaculture, la course aux terres cultivables ou encore l’indispensable relation de confiance à rétablir entre les consommateurs et les agriculteurs.

Avec son complice Carl Vandoorne, Hubert del Marmol a la volonté de soutenir celles et ceux qui veulent faire bouger les choses dans le domaine du développement durable.
Avec son complice Carl Vandoorne, Hubert del Marmol a la volonté de soutenir celles et ceux qui veulent faire bouger les choses dans le domaine du développement durable. - M-F V.

« On les met en relation avec la terre, ils nous disent que nous leur avons ouvert les yeux sur une dimension qu’ils ne connaissaient pas » synthétise M. Vandoorne en rapportant malicieusement les propos de l’un d’eux : « sachez que nous allons désormais rédiger les directives autrement ».

Un projet menacé par l’aménagement d’un bassin d’orage

Seule (mais importante) ombre au tableau pour les deux partenaires, la volonté de la province d’aménager un bassin d’orage avec la construction d’une digue de 300m de long et d’une hauteur de 6m, et, pour ce faire, de les exproprier de ces terres particulièrement fertiles car situées en bordure d’un petit ruisseau, le Piétrebais, affluent du Train.

« Si nous avons déjà gagné une première fois devant le Conseil d’État, nous redoutons toujours un nouvel ordre d’expulsion qui menacerait la rentabilité de la ferme » déplore Car Vandoorne puisque la province réclame rien moins que la jouissance intégrale de 11ha des 17ha de l’exploitation.

« S’ils nous prennent ces terres, nous serons économiquement par terre » souffle-t-il.

Marie-France Vienne

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