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Du champ de bataille à celui de céréales…

La Russie a décidé de se retirer de l’accord sur les exportations de céréales, signé le 22 juillet à Istanbul sous l’égide de l’Onu. C’était quelques heures après l’audition du vice-ministre ukrainien de l’Agriculture venu détailler la situation du secteur agricole de son pays devant le parlement européen…

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L’objectif de Markian Dmytrasevych était justement de garantir la poursuite dans de bonnes conditions des exportations de céréales et, pour ce faire, de graver dans le marbre l’initiative des « corridors de solidarité » portée par l’UE et mise à mal par Moscou.

20 % de terres arables en moins

Le ministre a débuté son propos par un terrible constat : « 20 % des terres agricoles ukrainiennes sont recouvertes de mines, d’obus quand elles ne sont carrément pas devenues des champs de bataille » a-t-il résumé avant d’ajouter que « nous avons donc été contraints de réduire de 20 % les terres arables pour la campagne d’hiver et nous prévoyons également de réduire de 20 % les surfaces ensemencées au printemps. Au total, ce sont seulement 60 % des terres arables qui seront couvertes soit 7 millions d’hectares ».

Avec la réduction des zones arables, certains agriculteurs se sont lancés dans la culture de produits marginaux ou de céréales rares « car ce sont des produits vendus plus cher à la tonne » explique le vice-ministre ukrainien en précisant que l’on observait de ce fait « une légère réduction des volumes en blé et en maïs et une augmentation des volumes de colza ».

Les « corridors de solidarité » ont permis d’accroître les flux d’exportations. En septembre, l’Ukraine a pu exporter environ 6,9 millions de tonnes de produits agricoles dont 3,9 millions de tonnes ont transité par le corridor céréalier en mer Noire.

Demande d’aide au niveau du fret

Le « corridor de solidarité » est toutefois assez onéreux en termes de logistique. « Alors que les frais d’exportations s’élevaient, avant la guerre, à 40 dollars par tonne au départ de la mer Noire, il en coûte désormais 200 dollars par tonne actuellement » a indiqué M. Dmytrasevych qui a demandé une poursuite du soutien octroyé par l’UE à ce niveau.

Le vice-ministre ukrainien de l’Agriculture a suggéré d’encourager davantage les chauffeurs de poids lourds européens à aider l’Ukraine pour le transport des céréales, ou encore à trouver des solutions pour améliorer leur transit par voie ferroviaire.

Sauf que l’on apprend que l’écartement des rails n’est pas le même en Ukraine qu’en Europe !

M. Dmytrasevych a demandé une subvention exceptionnelle pour le financement de wagons céréaliers qui puissent rouler sur des tronçons européens. « Cette aide financière nous permettrait à la fois de réduire fortement les frais logistiques et d’améliorer le transbordement aux frontières via la construction de terminaux ».

« Nous avons travaillé avec nos collègues polonais pour la construction d’un oléoduc afin d’approvisionner le marché européen en huile de tournesol » a encore détaillé Markian Dmytrasevych.

Les attaques russes affectent les infrastructures électriques ukrainiennes. Le ministre ukrainien a contacté le commissaire Wojciechowski pour lui demander de l’aide afin d’obtenir des générateurs diesel pour approvisionner en énergie les exploitations agricoles.

« C’est un outil indispensable pour cet hiver notamment pour les éleveurs de volailles et aussi pour envisager les récoltes avec une perspective de 66 millions de tonnes de céréales contre 108 millions de tonnes l’année dernière ».

Et si Moscou voulait asphyxier l’Ukraine ?

On le sait désormais, la Russie a annoncé suspendre sa participation à l’accord assurant la poursuite des exportations de céréales ukrainiennes dont les conséquences risquent d’être lourdes pour le monde entier et, bien sûr, pour l’Ukraine qui a « terriblement besoin de cette initiative ».

Moscou a justifié cette suspension par une attaque de drones massive qui a visé des navires militaires et civils de la flotte russe de la mer Noire stationnés dans la baie de Sébastopol, en Crimée et a assuré qu’ils avaient utilisé le corridor sécurisé dévolu au transport de céréales. Selon les autorités ukrainiennes, un navire chargé de 40 tonnes de céréales aurait dû partir le 30 octobre en direction de l’Éthiopie.

En quittant cet accord, le Kremlin vise a priori à asphyxier l’Ukraine, couper le robinet économique avant l’hiver, quitte à fermer le corridor maritime pour ses propres bateaux.

Marie-France Vienne

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