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Aux portes de Niamey, capitale du Niger, la filière du lait local entend aussi se faire une place au soleil

De passage en Belgique, il y a quelques semaines, Ousseini Ganda Ide, spécialiste de la filière lait au Niger et partenaire de l’ONG Vétérinaires sans Frontières, a été accueilli à Braine-le-Comte chez Yvon Deknudt, membre de Faircoop. Les deux personnalités prônent la solidarité entre éleveurs du nord et du sud et affichent une même volonté en matière de production laitière: allier quantité et qualité et en dégager un revenu équitable dans une filière à dimension humaine.

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Certes, ce n’était pas son premier séjour dans notre pays, mais le coordinateur de l’ONG nigérienne Karkara – soutien aux petits producteurs laitiers de la communauté urbaine de Niamey – est toujours aussi impressionné par l’abondance alimentaire dont bénéficie le bétail dans nos fermes ! « En Afrique, les animaux manquent cruellement de réserves fourragères, alors qu’ici c’est l’opulence. Quel bonheur pour les éleveurs ! Et que dire de la dimension des pis des vaches laitières et de leur production quotidienne ! C’est extraordinaire ! Au Niger, il faut 10 vaches pour obtenir la production d’une seule vache d’ici », ne peut s’empêcher de clamer Ousseini Ganda Ide.

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Le lait, vital pour les familles au Niger

La très faible production laitière par vache, l’aridité du climat, le manque d’aliments pour le bétail… sont de fortes contraintes à la production. Or, pour les familles des très nombreux petits producteurs qui peuplent le Niger – vaste pays enclavé de l’Afrique de l’Ouest –, ce lait est une source précieuse de revenu à condition de lui trouver un débouché.

En zone sahélienne, les éleveurs sont confrontés à des défis immmenses que le réchauffement climatique amplifie encore. La sécheresse, la carence en eau, en fourrages et en soins vétérinaires accentuent la mortalité des animaux dont la productivité est déjà très faible. Avec des conséquences dramatiques pour les populations, souvent peu soutenues par les pouvoirs publics locaux.
En zone sahélienne, les éleveurs sont confrontés à des défis immmenses que le réchauffement climatique amplifie encore. La sécheresse, la carence en eau, en fourrages et en soins vétérinaires accentuent la mortalité des animaux dont la productivité est déjà très faible. Avec des conséquences dramatiques pour les populations, souvent peu soutenues par les pouvoirs publics locaux. - M. de N.

« Concrètement, de la production laitière de 1 à 3 l par vache et par jour, une partie est consommée par la famille, et seul le solde, valorisé en lait caillé par les femmes qui le vendent au marché, permet de dégager un petit revenu. Celui-ci représente environ 25 % des ressources financières des ménages, avec lesquelles il faut acheter à manger, payer les soins de santé et assurer la scolarité des enfants», explique Ousseini.

Au Niger, les femmes assurent la traite et la transformation du lait, tandis que les hommes mènent et surveillent les troupeaux.

Hygiène, de la traite jusqu’à la laiterie…

« Dans notre zone d’action, la ville de Niamey – capitale située à l’êxtrême ouest du pays, au bord du fleuve Niger – et sa périphérie, les producteurs sont aujourd’hui organisés en coopératives qui veillent à la collecte du lait et à sa livraison vers les centres de réception, d’où le précieux liquide prend la direction des laiteries », poursuit le coordinateur de Karkara, partenaire de l’ONG Vétérinaires sans frontières Belgique. Grâce à l’appui de ces deux organisations et la participation active des éleveurs, la collecte est désormais assurée dans un délai de 2h qui permet la préservation de la qualité du lait malgré les fortes chaleurs de la région et la carence en infrastructures. Cette forme de commercialisation contribue à l’amélioration du niveau de vie des familles concernées. »

Les éleveurs s’étaient déjà mobilisés auparavant pour livrer leur lait aux laiteries, mais celels-ci le refusaient systématiquement, sans plus de précision. « C’est dans ce contexte que les petits producteurs ont sollicité notre aide. La première action des deux ONG a consisté à conscientiser la population aux mesures d’hygiène indispensables pour assurer et préserver au maximum la bonne qualité du lait. Des ateliers ont été animés pour échanger avec les éleveurs sur les contaminants de cet or blanc, et les moyens de prévenir ceux-ci.

L’amélioration des conditions de vie des agro-éleveurs passe aussi par un meilleur suivi sanitaire de leurs animaux car la production laitière leur est vitale. Au Niger, comme au Rwanda (prévention contre les tiques), VSF Belgique soutient l’installation de services vétérinaires privés en pleine campagne auprès des éleveurs, parfois très isolés.
L’amélioration des conditions de vie des agro-éleveurs passe aussi par un meilleur suivi sanitaire de leurs animaux car la production laitière leur est vitale. Au Niger, comme au Rwanda (prévention contre les tiques), VSF Belgique soutient l’installation de services vétérinaires privés en pleine campagne auprès des éleveurs, parfois très isolés. - M. de N.

… et la santé des animaux

Pour améliorer la qualité et la quantité du lait produit et commercialisé par les petits producteurs de la ville de Niamey, un autre levier a été actionné, toujours en concertation avec ceux-ci : la santé animale, à travers la mise en place de services vétérinaires privés de proximité. VSF est particulièrement expert dans ce domaine. À la tête de chaque service de ce type, l’ONG facilite l’installation d’un vétérinaire privé entouré d’assistants aptes à réaliser des tâches simples au contact direct et immédiat des éleveurs ; en cas de problème sévère, le vétérinaire est prévenu et assure le suivi. C’est très positif pour les éleveurs et la santé du bétail, dont l’existence et la production sont d’une importance tout simplement vitales pour les familles. Il y a en effet une vraie carence en vétérinaires de brousse où la clientèle n’est composée que de petits éleveurs. Les diplômés préfèrent travailler dans les villes.

Une filière pour le lait local

« Forts de l’expérience réussie de collecte et livraison de lait sur deux bassins de production, les deux ONG ont obtenu un financement pour accompagner la concrétisation d’un petit projet de livraison d’au moins 3.000 litres de lait par jour à une laiterie qui se dit prête à s’engager vers un projet 100% de lait local », poursuit Ousseini ganda Ide. Aujourd’hui, l’industriel concerné utilise de la poudre pour 95% de sa production, et il ajoute 5% de lait local pour donner ce goût local à ses produits. Il est prêt à tenter l’aventure du lait 100% local s’il a la garantie d’approvisionnement et de qualité.

L’organisation de la collecte du lait auprès d’innombrables petits produceurs et sa livraison rapide aux laiteries, sans dégradation qualitative, sont le premier objectif qu’ont atteint les petits éleveurs de la région de Niamey, avec l’appui des ONG. Le vrai grand défi à venir est le développement d’une filière du lait local, aux côtés de la poudre de lait, importée qui, à court et moyen terme, demeure indispensable.
L’organisation de la collecte du lait auprès d’innombrables petits produceurs et sa livraison rapide aux laiteries, sans dégradation qualitative, sont le premier objectif qu’ont atteint les petits éleveurs de la région de Niamey, avec l’appui des ONG. Le vrai grand défi à venir est le développement d’une filière du lait local, aux côtés de la poudre de lait, importée qui, à court et moyen terme, demeure indispensable. - M. de N.

Dans cette même optique de sensibilisation aux enjeux de la petite production laitière en Afrique, VSF invite les laiteries européennes implantées en Afrique à s’investir davantage dans la collecte du lait local et à incorporer davantage celui-ci dans leurs productions, ne fut-ce que dans une démarche de responsabilité sociétale d’entreprise.

Cette poudre importée

Sur les marchés de Niamey, on trouve le lait sous la forme de poudre de lait, de provenances diverses, mais aussi sous la forme de yaourts et de caillé. Les produits frais sont vendus chez des distributeurs disposant de frigos, de même que dans les rares supermarchés. En ville, on trouve des petits distributeurs de produits laitiers à tous les coins de rue.

Les nigériens apprécient énormément le lait local, mais seuls les consommateurs bien informés ont accès à ce marché de niche. Et donc, aujourd’hui le marché est alimenté à 90-95% par du lait en poudre importé, pas toujours de bonne qualité et sous des étiquettages souvent trompeurs en termes de composition, que l’on trouve partout, sous tous les conditionnements imaginables, pour que quiconque, même avec des moyens minimes, puisse s’approvisionner.

Plutôt qu’opposer poudre de lait importée et lait produit localement, les ONG invitent les laiteries européennes implantées en Afrique à incorporer davantage de lait local dans leurs productions.
Plutôt qu’opposer poudre de lait importée et lait produit localement, les ONG invitent les laiteries européennes implantées en Afrique à incorporer davantage de lait local dans leurs productions. - M. de N.

«Soyons clairs. A court terme, la poudre de lait importée est indispensable pour répondre aux besoins de la population. L’approvisionnement local demeure largement insuffisant, faute de protection commerciale (la taxation prélevée par les Etats d’Afrique de l’Ouest sur le lait en poudre en vrac importé est dérisoire: 5 %) et d’investissements majeurs publics pour améliorer la production locale, la collete, la conservation, la transformation et l’accès au marché. Mais si ces deux leviers étaient actionnés, alors la situation pourrait changer», assure Ousseini.

M. de N.

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