Les pommes et poires Fairebel font leur entrée dans les supermarchés

«Avec nos pommes et nos poires, une nouvelle voie s’ouvre aux citoyens qui souhaitent soutenir durablement les agriculteurs belges», estiment Erwin Schöpges (à gauche) et Xavier Laduron, respectivement président de Faircoop et responsable de la filière Fairebel fruits.
«Avec nos pommes et nos poires, une nouvelle voie s’ouvre aux citoyens qui souhaitent soutenir durablement les agriculteurs belges», estiment Erwin Schöpges (à gauche) et Xavier Laduron, respectivement président de Faircoop et responsable de la filière Fairebel fruits.

Fondée en 2009, en réponse à la crise du lait qui toucha fortement les éleveurs belges, la coopérative Faircoop s’est progressivement fait une place dans tous les supermarchés du pays grâce à sa marque équitable Fairebel. Au lait, se sont ajoutés la glace, le fromage ou encore le beurre dont les ventes permettent une rémunération équitable des producteurs.

L’expérience engrangée durant une décennie par la coopérative lui permet de s’ouvrir à d’autres secteurs fragilisés de notre agriculture. À l’initiative de son conseil d’administration, trois comités de filière ont donc été créés pour mener à bien cette ouverture. Le premier, sans surprise, est dédié au lait et aux produits laitiers. Le deuxième est tourné vers la filière bovine, avec l’objectif de commercialiser les premiers morceaux de viande étiquetés Fairebel durant le premier semestre 2021 (lire notre édition du 10 septembre). Enfin, le troisième comité se consacre aux fruits.

Ce dernier vient d’ailleurs de franchir un pas important dans sa jeune existence. En effet, des pommes et des poires Fairebel se trouvent depuis ce 19 novembre dans 84 magasins du groupe Carrefour ainsi que dans plusieurs supermarchés locaux indépendants.

Pour vivre de sa production

« Il y a une dizaine d’années, la filière lait vivait une crise sans précédent », se souvient Erwin Schöpges, président de la structure. « En nous associant entre producteurs laitiers, nous avons créé notre propre marque, pour bénéficier enfin d’une rémunération équitable. Mais aujourd’hui, d’autres secteurs souffrent… C’est pourquoi la coopérative s’est ouverte à d’autres spéculations. »

Xavier Laduron, fruiticulteur à Warsage et responsable de la filière Fairebel fruits, détaille : « De grosses pressions pèsent sur le secteur fruitier depuis plusieurs années. L’embargo russe, en vigueur depuis août 2014, nous a fait perdre un marché très important. Pour éviter les faillites, le gouvernement doit intervenir encore et encore avec des mesures de soutien ». Or, ce n’est pas ce que le secteur recherche. « Nous ne pouvons pas – et ne souhaitons pas ! – continuer comme cela sur le long terme. Chaque fruiticulteur doit pouvoir vivre décemment de sa production, grâce à un prix à la consommation juste, et non grâce aux aides et autres subventions. »

Voici quelques mois, des contacts ont donc eu lieu entre des arboriculteurs et la coopérative pour mettre la filière fruits sur pied. Aujourd’hui, 25 producteurs ont rejoint la société, aux côtés des producteurs laitiers et des nouveaux coopérateurs issus de la filière viande.

Aujourd’hui, 25fruiticulteurs ont rejoint la coopérative.
Aujourd’hui, 25fruiticulteurs ont rejoint la coopérative.

La coopérative est ouverte à tous les producteurs de Flandre et de Wallonie qui signent la charte du commerce équitable. En pratique, les fruiticulteurs intéressés peuvent la rejoindre en acquérant des parts d’une valeur maximale de 5.000 €. Faircoop verse ensuite à ses actionnaires 0,25 € par kilo de fruits vendu, sous forme de bonus compensatoire. « Cela les dédommage d’un prix de vente qui est rarement décent et qui ne constitue guère une compensation raisonnable pour leur labeur. »

« L’ensemble du projet est aux mains des fruiticulteurs. Les éleveurs laitiers, coopérateurs de la première heure, n’interviennent pas dans la prise de décision et n’imposent par leur vision à leurs collègues producteurs de fruits », ajoute Erwin Schöpges. « Mais nous sommes solidaires, pour que les pommes et les poires commercialisées sous notre marque soient, elles aussi, une réussite. »

En attente de la grande distribution

« Nous avons maintenant besoin de la grande distribution pour faire connaître ces nouveaux produits aux consommateurs. Mais soyons clairs : nous ne souhaitons pas concurrencer les agriculteurs qui font de la vente directe. Notre objectif est de toucher, à l’échelle nationale, les citoyens qui n’ont par l’opportunité de faire leurs achats à la ferme mais qui souhaitent malgré tout soutenir les agriculteurs belges », poursuit-il.

Actuellement, seule l’enseigne Carrefour s’est montrée intéressée au point d’intégrer les fruits Fairebel à sa gamme. « Négocier avec la grande distribution est plus difficile que l’on croit. Certains acteurs montrent de l’intérêt pour notre projet, mais ferment en même temps leurs portes, prétextant que le moment n’est pas opportun pour proposer nos fruits à la vente », déplore Xavier Laduron. « Quand pourrons-nous discuter concrètement alors ? Nous sommes prêts à les rencontrer et en mesure de les approvisionner ! »

Tous les coopérateurs espèrent donc que d’autres distributeurs proposeront leurs pommes et poires, comme ils l’ont fait pour les produits laitiers.

Propos recueillis par J. Vandegoor