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Les rotations sur petits espaces, pas une vraie solution contre les chenilles défoliatrices!

Plusieurs espèces de Lépidoptères peuvent provoquer des dégâts aux cultures maraîchères, leurs chenilles grignotant les feuilles et laissant leurs traces. C’est le nombre de chenilles qui détermine l’ampleur des dégâts. Le cycle de développement classique comprend les adultes papillons partant en vol nuptial, la ponte des œufs par les femelles, l’éclosion des œufs, le développement des larves consommatrices des tissus végétaux en plusieurs stades larvaires, la pupe et enfin l’éclosion des adultes papillons.

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P lusieurs espèces sont polyphages, mais les gros dégâts en maraîchage proviennent d’espèces liées à une catégorie de plantes. Lors d’étés plutôt chauds comme lors des années 2018 à 2020 et au début de ce printemps, les migrations de noctuelles nous apportent des populations provenant de France.

La noctuelle ipsilon, Agrotis ipsilon

La noctuelle ipsilon peut venir du sud et pondre chez nous au début de l’été. Une deuxième génération est possible, avec migration vers le sud. Très polyphage, nous la rencontrons sur plusieurs grandes cultures (céréales, maïs, betterave, pomme de terre) et sur cultures maraîchères (chicorées, laitues, oignons…). Les vols migrateurs sur de grandes distances se font de nuit. La chenille est de mœurs nocturnes également, elle ronge les feuilles la nuit et se dissimule le jour, dans le sol. Le développement larvaire se déroule sur environ 6 semaines.

La noctuelle gamma, Autographa gamma

La noctuelle gamma est aussi une migratrice venant du sud. Son extension vers le nord dépend de la météo de l’année. Elle peut cibler les champs de pomme de terre, de betterave, mais aussi de légumes. Les pontes se font souvent sur les plantes adventices, comme les chardons ou les repousses de chicorées par exemple. Les chenilles (de couleur verdâtre avec des fines lignes blanches dorsales) s’étendent ensuite sur les plantes voisines. Très sélective, elle choisit les variétés qui lui sont les plus attractives. Les vols peuvent être isolés ou en essaims de quelques centaines voire de milliers d’individus. La larve est surtout active de nuit et se cache en face inférieure des feuilles le jour. Son développement dure environ 1 mois. La pupe se forme sous la feuille et l’adulte en sort deux semaines plus tard. En théorie, une première migration est possible au début de l’été et une seconde au milieu de l’été. Cette année, une petite vague fut repérée début mai (SB du 5 mai 2022). Elle est présente actuellement, notamment sur laitues et chicorées.

La noctuelle du chou, Mamestra brassicae

La noctuelle du chou s’attache aux Crucifères, en particulier les choux et les navets, mais aussi à la betterave, la laitue, les chicorées. Les œufs sont déposés par groupes, les chenilles restent groupées surtout au premier stade larvaire. Le développement lar vaire dure environ deux mois. La larve (de couleur brun-clair à flancs jaunâtres) descend dans le sol pour la nymphose. Nous pouvons observer deux générations par an. Les dégâts sont surtout importants en juin et en septembre (feuillage rongé surtout à l’intérieur de la pomme, excréments souillant l’intérieur des choux).

La piéride de la rave, Pieris rapae

La Piéride de la rave s’attaque aux Crucifères sauvages ou cultivées. Les œufs sont déposés isolément. Les larves sont de couleur verte ; comme les adultes leurs activités sont diurnes. La chrysalide est formée sur la plante hôte. Les adultes qui sortent du sol en juin pondent sur les crucifères. Les larves se développeront en juillet et août. Les chrysalides seront formées en septembre et hiverneront. Les larves rongent d’abord les feuilles extérieures et dégagées des choux. Cette espèce provoque de gros dégâts chez nous.

La piéride de la rave provoque de gros dégâts chez nous.
La piéride de la rave provoque de gros dégâts chez nous.

La piéride du chou, Pieris brassicae

Elle s’attaque aux Crucifères avec une préférence pour le chou-fleur et le navet. Le papillon est surtout actif le jour, par belle journée chaude et ensoleillée. Les œufs sont déposés par groupes de quelques dizaines. Après l’éclosion, les larves restent très groupées durant le premier stade larvaire, puis formeront des groupes de quelques individus lors des stades suivants. Le premier vol est observé en mai, suivi de la ponte et du développement très rapide des chenilles. Les chrysalides sont formées en juin sur les supports les plus divers. Les adultes de seconde générations apparaissent en juin-juillet et donnent une génération provoquant de forts dégâts en été. Les chrysalides formées en septembre hiverneront. Les feuilles extérieures sont attaquées en premier.

La teigne du poireau, Acrolepia assectella

Elle s’attaque aux poireaux et aux oignons et aussi aux autres Alliacées.

L’adulte ou la nymphe hiverne sur les débris végétaux. Ce sont les générations estivales qui provoquent le plus de dégâts, avec la ponte de juillet et août. Nous repérons 2 à 3 générations par an. La jeune chenille se comporte en mineuse entre les deux épidermes lors de ses premiers stades larvaires. En grossissant, elle s’installe sur les feuilles qu’elle dévore.

La teigne des Crucifères, Plutella xylostella

Elle s’attaque aux Crucifères sauvages et cultivées. La femelle pond 150 œufs par groupes de quelques-uns, en face inférieure des feuilles, le long des nervures. La chenille est vert-clair, à tête brune. Dans un premier temps, la larve se comporte en mineuse. Ensuite, elle ronge les feuilles en ne laissant que les nervures.

Nous pouvons constater 3 à 5 générations par an. Les dégâts sont les plus importants en juillet-août, concentrés aux centres des choux. Les cocons d’automne leur permettent de passer l’hiver (feuilles rongées, soies tendues, fils de soie).

Il faut repérer rapidement les attaques avec des observations minutieuses et répétées au travers de la parcelle.
Il faut repérer rapidement les attaques avec des observations minutieuses et répétées au travers de la parcelle.

Un ensemble d’actions

La lutte comprend plusieurs mesures préventives. L’observation attentive des plants permet de repérer les premières attaques précocement. La rotation dans les petites fermes maraîchères n’apporte pas de vraie solution contre les chenilles défoliatrices. L’élimination soigneuse des déchets de cultures permet de réduire les risques de propagation au départ des stades hivernants, mais ce n’est pas simple à mettre en œuvre. Le broyage sur place des restes de culture et leur incorporation en surface ou dans les quelques premiers cm de sol permet aux auxiliaires de jouer leur rôle.

Sur les choux en général, et en particulier sur chou fleur, les dégâts sont considérables,  tant par les tissus dévorés que par la présence des déjections.
Sur les choux en général, et en particulier sur chou fleur, les dégâts sont considérables, tant par les tissus dévorés que par la présence des déjections.

Les filets sont des moyens efficaces de protection, mais coûteux et leur pose et dépose prennent du temps.

Les insecticides peuvent être utilisés avec prudence. Les meilleurs résultats sont obtenus sur les chenilles des premières générations. L’emploi d’adjuvants mouillants améliore l’efficacité sur les cultures à forte épicuticule cireuse (choux, poireaux, etc.). Certains insecticides sont tolérés sur la liste positive des cahiers de charge bio. Les homologations de produits sont réévaluées régulièrement, vérifions les données via https ://fytoweb.be/fr.

Les phéromones sont employées pour les pièges d’observation. Elles sont employées notamment contre les noctuelles gamma (Autographa gamma) et la noctuelle du chou (Mamestra brassicae). Lorsqu’un pic de vol, est repéré, les observations en parcelles redoublent pour repérer les premières éclosions de larves et pouvoir intervenir avant les grands dégâts et sur des stades larvaires plus vulnérables.

Des auxiliaires réduisent les populations de Lépidoptères en mangeant les œufs. Les genres de punaises Mirides et Anthocoris, les chrysopes, des carabes, des microhyménoptères parasitoïdes, les oiseaux insectivores sont des auxiliaires précieux également. Les haies et la diversité floristique sont les zones de maintien de ces auxiliaires, maintenons un maillage de ces espaces dans la ferme maraîchère.

F.

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