Noix, noisettes et châtaignes: sources de biodiversité et diversification

Outre la diversification qu’ils peuvent apporter, les noyers ( comme les noisetiers ou les châtaigniers) peuvent apporter des fonctions écologiques telles que l’accueil de la biodiversité ou la protection des sols.
Outre la diversification qu’ils peuvent apporter, les noyers ( comme les noisetiers ou les châtaigniers) peuvent apporter des fonctions écologiques telles que l’accueil de la biodiversité ou la protection des sols. - D.J.

C’est dans le verger pionnier de noyers de la « Maison Loise », producteur depuis une dizaine d’années, que Camille Dumont de Chassart, chargé de projet, et Olivier Baudry, administrateur de l’Awaf, ont présenté le projet « Vers une filière de production de noix, noisettes et châtaignes en Wallonie » ayant reçu un soutien de 137. 000 euros sur 2 ans de la Ministre de la Nature, Céline Tellier.

« Ce retour des noyers, des noisetiers et des châtaigniers dans nos champs permet de renforcer le maillage écologique propice à la biodiversité et aussi d’ouvrir de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs en lien avec l’alimentation durable et en circuits courts. C’est un projet bénéfique tant pour la biodiversité que pour l’économie agricole », explique Olivier Baudry.

Olivier Baudry le dit: «Nous ne sommes pas là pour vendre du rêve mais pour aider à structurer la filière et voir comment elle peut répondre à la demande du marché».
Olivier Baudry le dit: «Nous ne sommes pas là pour vendre du rêve mais pour aider à structurer la filière et voir comment elle peut répondre à la demande du marché». - D.J.

« En effet, dans notre région, ces produits sont quasi totalement importés alors que leurs cultures peuvent très bien s’y développer, que ces produits sont largement consommés et que la demande est en pleine augmentation. Actuellement, il n’existe en Wallonie que 70 hectares de plantation pour la production de noix ; 4,5 hectares pour les noisettes et aucun en châtaignes, alors que nos terroirs sont adaptés », dit Camille Dumont de Chassart.

Miser sur les ressources wallonnes

Le territoire wallon est occupé par des variétés locales bien adaptées représentant une richesse génétique de premier choix. Certains noyers sont connus pour présenter des qualités remarquables, en termes de goût mais aussi de rendement en huile. Ces arbres isolés dans les anciennes fermes, domaines ou chez des particuliers sont concernés et pourraient être repérés et sélectionnés pour servir de greffons à de nouveaux plants de cultures. Un champ d’essai sera mis en place pour offrir d’ici quelques années un répertoire de choix de variétés locales qui pourront être mieux adaptées au contexte wallon.

Synergies et mutualisation des équipements

La transformation des produits obtenus contribue à une meilleure valorisation et surtout une différenciation par rapport aux marchés extérieurs. Dans le cas des noyers, les producteurs locaux déjà actifs l’ont compris et se sont équipés pour nettoyer, sécher, casser les noix, pour la vente de cerneaux et même pour les presser pour une valorisation en huile de haute qualité. « Il est primordial de susciter le regroupement des producteurs et transformateurs autour d’outils de transformation de pointe, permettant d’assurer une production qualitative et le développement de synergies dans cette filière 100 % wallonne en développement » dit Olivier Baudry.

Profiter de tous les atouts

Les vergers et autres plantations de noyers, de noisetiers et de châtaigniers sont non seulement rentables pour les producteurs mais elles diversifient aussi les paysages, sont favorables à la biodiversité et protègent les sols des aléas climatiques. Le noisetier est une espèce à floraison précoce très utile pour nombre d’insectes pollinisateurs. Le châtaignier est une espèce entomophile reconnue avec une floraison très abondantes et courte durant la saison (juin-juillet). À ce titre, elle est particulièrement bienvenue dans le cadre des projets agroécologiques souhaitant pratiquer la lutte intégrée mais plus généralement pour accroître le potentiel d’accueil de l’entomofaune.

Actuellement, il n’existe en Wallonie  que 70 hectares de plantation pour  la production de noix.
Actuellement, il n’existe en Wallonie que 70 hectares de plantation pour la production de noix. - D.J.

Le projet en tant que tel

Concrètement, les actions de ce projet d’une durée de deux ans visent à susciter la plantation d’arbres en milieu agricole ; identifier des variétés locales particulières (rendement en huile, qualité gustative, débourrement tardif…) pour les reproduire dans un verger expérimental ; et organiser des formations destinées aux professionnels du secteur (et professionnels en devenir) sur des thèmes tels que l’accueil de la biodiversité au sein des vergers, le développement de projet de plantation et la transformation des produits.

Olivier Baudry : « Depuis 10 ans, il y a des précurseurs qui se sont lancés dans la production de noix dont Eric Loise et Guy Lejeune ici présents. Ils ont testé, innové et investi en créant les premiers débouchés. L’idée est de voir comment initier et structurer cette filière noix en Wallonie mais aussi en noisettes et châtaignes tout en intégrant les fonctions écologiques de ces cultures ».

Eric Loise (à gauche) et Guy Lejeune ( à droite) expérimentent depuis plusieurs années  déjà la production de noix et seront d’un soutien précieux pour le projet de structuration de la filière porté par Camille Dumont de Chassart.
Eric Loise (à gauche) et Guy Lejeune ( à droite) expérimentent depuis plusieurs années déjà la production de noix et seront d’un soutien précieux pour le projet de structuration de la filière porté par Camille Dumont de Chassart. - D.J.

Pour le Maison Loise, les noix sont un mode de vie !

Dans la famille Loise, la noix a été choisie comme diversification il y a un peu plus de 20 ans. On a appris à l’aimer et elle est devenue un mode de vie.

Fin des années ‘90, lors de la reprise de l’exploitation familiale, Eric Loise se rend compte qu’il doit modifier son modèle uniquement basé sur les grandes cultures. Il prospecte un moment avant de trouver la spéculation qui répond à ses exigences personnelles. « À l’époque, seul Guy Lejeune exploitait 5 ha de noyers. L’entreprise m’a semblé intéressante et nous nous sommes lancés. Nous avons planté une dizaine d’hectares avec une majorité de franquette, variété française bien connue, et quelques hectares de variétés plus modernes. Les arbres ont été placés en 12 m x 12 m (60 arbres/ha) mais j’aurais dû écouter un conseil qui m’indiquait de les établir en 12x6 (120 arbres/ha) et recouper ce qui était nécessaire une dizaine d’années plus tard ». Attention, néanmoins qu’une surface comportant plus de 100 arbres/ha (en dessous de 10x10) est considérée comme boisée et non plus comme un verger.

Trouver la perle rare

Il faut compter une dizaine d’années pour récolter les premières noix mais, à partir de là, on peut tabler sur une production durant 25 ans, voire 50 ans en franquette, avec un rendement théorique d’1,2 t/ha (qu’Éric Loise estime néanmoins inférieur en Belgique). « La franquette est une variété qu’on peut qualifier « de sécurité ». Elle est résistante aux maladies et aux aléas climatiques contrairement aux variétés modernes plus sensibles. Pour être dans le bon, je dirais qu’il est intéressant de mettre les deux. Mais, il y a clairement des choses à faire au niveau de la recherche variétale. Il serait intéressant d’identifier les variétés belges, adaptées au terroir et au climat mais aussi au besoin du client car le Belge n’aime pas ce qui a du goût comme en France. Il faut être congruent avec le marché », explique Éric Loise.

Concernant les faiblesses de la culture, le producteur avait été mis en garde contre le gel mais c’est plutôt la grêle qui lui pose problème : « On ne peut pas y faire grand-chose mais un seul épisode de grêle peut mettre la moitié de la production en péril. Un autre point à surveiller est le carpocapse, une larve de lépidoptère qui s’attaque aux noix. Il faut bien comprendre le cycle du parasite pour agir au moment adéquat ».

La récolte des noix se fait en octobre par un ramassage au sol. Les noix sont ensuite lavées, triées plusieurs fois et séchées durant plusieurs jours dans un séchoir adapté. « Tout se fait dans un laps de temps assez court et il ne faut pas se louper. Après séchage, les noix sont à nouveau triées et placées en palox. Nous les vendons en coque chez des grossistes en sac de 5 kg ou, depuis peu, en cerneaux. En effet, nous avons récemment acquis une casseuse afin de toucher de nouveaux débouchés tels que la pâtisserie. Le marché du cerneau est en progression et il nous semblait important de ne pas rater le coche, même si nous ne gagnons pas grand-chose sinon rien sur cette étape de valorisation supplémentaire ».

Une logique de production à long terme

Après 10 ans de production, Éric Loise pense être parvenu à stabiliser son outil mais cela ne s’est pas fait en un jour : « On ne plante pas un arbre aujourd’hui en se disant dans 7 à 10 ans, j’aurai des noix ! Il faut être toutes les semaines dans le verger. On est sur une logique de production à long terme très différente du modèle agricole habituel. À partir d’un moment, il faut aussi être conscient des investissements à faire dans l’équipement pour suivre la production, d’où l’intérêt de mutualiser le matériel entre producteurs. Nous avons par exemple commencé la récolte avec une machine type motoculteur et, aujourd’hui, nous avons investi dans une nouvelle ramasseuse qui nous permettra de récolter nos noix – nous avons étendu notre production sur 20 ha – mais également celles d’un voisin. L’équipement permettant de laver et sécher noix a été adapté au fil des années et est aujourd’hui dimensionné pour traiter une trentaine de tonnes de noix. ».

Pour l’Awaf et les producteurs déjà en place, le développement de la filière passera,  notamment, par la mutualisation du matériel et des compétences.  Eric Loise a, par exemple, acquis une ramasseuse qui œuvrera à la récolte  dans une exploitation voisine.
Pour l’Awaf et les producteurs déjà en place, le développement de la filière passera, notamment, par la mutualisation du matériel et des compétences. Eric Loise a, par exemple, acquis une ramasseuse qui œuvrera à la récolte dans une exploitation voisine. - D.J.

Les producteurs en place et l’Awaf l’affirment : « Les noyers, noisetiers ou même châtaigniers sont des éléments agroforestiers qui peuvent être compatibles avec tous les types d’agricultures. Ils peuvent s’adapter à chacune d’entre elles et font partie des solutions d’avenir ».

D. Jaunard