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La Wallonie, nouvel eldorado de l’abricot?

« Un oranger sur le sol irlandais, on ne le verra jamais » fredonnait le regretté Bourvil en 1958. Mais qu’en est-il des abricotiers sur le sol wallon ? Pour avoir des éléments de réponse, nous sommes allés à la rencontre d’Olivier Warnier, directeur du Centre fruitier wallon (Cef).

Temps de lecture : 6 min

Au même titre que le Gawi (Groupement d’Arboriculteurs pratiquant en Wallonie les techniques Intégrées), le Cef (Centre fruitier wallon) fait partie de Cepifruit.

Le Cef, un acteur au service des fruiticulteurs

Le centre fruitier wallon met en place des essais démonstratifs au sein de ses vergers expérimentaux pour le secteur de la culture fruitière, l’objectif principal étant de fournir aux producteurs des informations qui leur permettent d’optimiser les méthodes de conduite de leurs vergers afin d’assurer la rentabilité des exploitations.

L’idée d’une filière abricot est née il y a environ huit ans, quand Olivier Warnier  décide de profiter de ses vacances dans la vallée du Rhône et le sud de la France  pour envisager, sur le terrain, cette culture sous nos latitudes.
L’idée d’une filière abricot est née il y a environ huit ans, quand Olivier Warnier décide de profiter de ses vacances dans la vallée du Rhône et le sud de la France pour envisager, sur le terrain, cette culture sous nos latitudes. - Olivier Warnier.

Pour ce faire, son directeur travaille avec un important réseau d’arboriculteurs. Son rôle de conseiller s’applique à tous les aspects de conduite d’un verger allant des techniques culturales (taille, conduite des arbres) aux méthodes de désherbage, en passant par les méthodes de lutte contre les ravageurs (insectes, maladies, acariens, bactéries).

Le sol wallon très différent du celui du sud de l’Europe

Cultivé autour du Bassin méditerranéen dont le climat lui convient parfaitement, l’abricot est très prisé des consommateurs wallons.

L’idée de se lancer dans une filière abricots est née il y a environ huit ans, quand Olivier Warnier décide de profiter de ses vacances dans la vallée du Rhône et le sud de la France pour envisager, sur le terrain, cette culture sous nos latitudes.

Après plusieurs échanges avec des chercheurs locaux, il se rend compte qu’il lui faudra résoudre à la fois la problématique du gel (l’abricotier est l'un des premiers arbres fruitiers à fleurir, mais cette floraison précoce le rend particulièrement sensible à la météo), et celle de certaines maladies, dont la bactériose, une bactérie qui entraîne une nécrose des feuilles, des fleurs puis des fruits pouvant conduire à une mortalité des branches ou carrément de l’arbre.

« Il faut démarrer avec des porte-greffes adaptés à notre sol, très différent de ceux que l’on retrouve dans le sud de l’Europe qui ont l’avantage de posséder des taux en calcaire beaucoup plus élevés que chez nous ».

Il faut savoir que l’abricotier ne supporte pas les excès d’humidité et se plaît dans un substrat bien drainé. Les sols ordinaires, neutres ou calcaires, lui conviennent, avec une nette préférence pour les sols légers et sablonneux. Ses racines sont très sensibles à l’humidité excessive. Les sols argileux ne sont pas pour lui, ni les terres froides.

Essais de porte-greffes

Olivier Warnier a lancé des essais avec quatre porte-greffes différents sur sept variétés. Les premiers arbres ont été plantés il y a six ans, laps de temps à l’issue duquel un porte-greffe trop faible a engendré un souci de blocage de croissance au niveau des arbres qui produisent de trop petits fruits.

« Il en reste donc trois dont l’un est trop vigoureux pour notre type de sol surtout si l’on souhaite y ajouter une protection au-dessus » précise Olivier Warnier en indiquant qu’il poursuivra « avec les deux porte-greffe restant ».

Des abricots entre mi-juin et début septembre

À côté de l’aspect porte-greffe, le Cef a développé la dimension variétale. « Nous menons des essais avec une trentaine de variétés afin de déterminer la période idoine pour la production d’abricots chez nous » rembobine Olivier.

Car avant de lancer une filière, il faut être à même d’en produire en permanence (et non pendant 10 à 15 jours) et donc d’avoir un étalement en termes de culture afin de pouvoir cueillir de l’abricot au moins pendant un mois et demi.

Chez nos voisins français, la recherche et l’innovation variétale sont, par exemple, particulièrement dynamiques. Le succès de l’abricot auprès des consommateurs a incité les chercheurs à obtenir des fruits plus précoces ou plus tardifs avec l’objectif d’avoir des abricots plus longtemps disponibles sur les étals.

Si cela n’est pas encore le cas chez nous, le directeur du Cef précise qu’au jour d’aujourd’hui « nous avons fait le tri sur les porte-greffes avant de le faire au niveau des variétés en prenant en compte les aspects de taille du fruit, qualité gustative, couleur, texture ou encore sensibilité au gel pour chaque période entre le 15 juin et début septembre ».

Le gel, ennemi des abricotiers

Olivier Warnier réfléchit aux types de vergers à développer, à la densité de plantation, aux problèmes susceptibles de survenir, que ce soient des maladies, des insectes mais surtout celui du gel.

Le coup de gel du printemps est sans pitié pour l’abricotier ... «Pas de culture d’abricots sans protection» prévient d’ailleurs  M. Warnier.
Le coup de gel du printemps est sans pitié pour l’abricotier ... «Pas de culture d’abricots sans protection» prévient d’ailleurs M. Warnier. - Olivier Warnier.

Au printemps, l’abricotier se couvre de délicates et gracieuses petites fleurs blanches, légèrement teintées de rose. À la moindre gelée, celles-ci sont détruites, et avec elles les futurs fruits. « On ne peut descendre en dessous de -1,5 degrés » alerte le directeur du Cef.

Il faut donc composer avec le climat qui nous joue des tours, surtout ces dernières années où la notion d’hiver s’estompe, poussant la végétation à redémarrer plus tôt, tandis que les gelées printanières restent d’actualité.

Les températures les plus froides ne sont plus l’apanage des mois de décembre à fin février, elles surviennent en mars et en avril.

« Il faut voir s’il est économiquement possible de se prémunir de ces épisodes de gel tardifs » avance Olivier Warnier en citant les bâches en plastique, les filets anti-grêle, voire un système de bougies antigel déjà utilisé en France par les viticulteurs. Cette méthode consiste à disposer de grosses bougies dans des boîtes métalliques avec des blocs de paraffine ou des braseros au milieu des vignes.

Pour se prémunir du froid, les producteurs peuvent s’orienter vers un système de bougies antigel déjà utilisé en France dans les vignes  et les vergers. Mais cela a un prix ... Une nuit de chauffe peut coûter jusqu’à 2.000€ par hectare.
Pour se prémunir du froid, les producteurs peuvent s’orienter vers un système de bougies antigel déjà utilisé en France dans les vignes et les vergers. Mais cela a un prix ... Une nuit de chauffe peut coûter jusqu’à 2.000€ par hectare. - Olivier Warnier.

« Il faut toutefois savoir qu’une nuit de chauffe peut coûter jusqu’à 2.000 € par hectare » souffle-t-il.

Pas de culture d’abricots sans protection

Pour le directeur du Cef, c’est donc la dimension climatique qui constitue la grande inconnue pour le lancement d’une filière abricots digne de ce nom. D’ailleurs, « faire une telle culture sans protection n’est pas imaginable » ajoute-t-il, prudent

Dans un premier temps, cette filière doit se concevoir dans le cadre d’une vente directe en circuit court. Il faut en outre prendre en compte la période de la production qui se fait majoritairement en juillet… mois durant lequel de nombreux Belges sont partis en vacances et « on peut considérer que la clientèle potentielle chute de 30 % à 40 % à ce moment-là ».

La production wallonne se démarque de ses concurrentes étrangères par sa qualité. Les abricots produits chez nous sont cueillis à maturité, directement triés avant d’être mis en vente dans le commerce dès le lendemain.

Tout le contraire des abricots vendus en grande surface, qui sont cueillis « beaucoup trop tôt de façon à être calibrés et pouvoir voyager pendant plusieurs jours avant d’atteindre les rayons des supermarchés ».

Suivi des petits producteurs wallons

En Wallonie, la surface dédiée à la culture d’abricots ne dépasse par 3 hectares plantés. Il faut dire qu’il s’agit d’un investissement assez lourd.

Il faut compter les arbres auxquels il faut ajouter le prix des différentes structures, que ce soient les filets anti-grêle, les bâches plastique, une combinaison des deux, « ce sont des couvertures qui coûtent plus de 70.000€ par hectare ». Le tout sans savoir si la culture sera rentable.

Pour Olivier Warnier, il s’agit d’une culture « spéciale, qui est amenée à se développer encore un peu sur le territoire wallon mais qui reste à risques ». Il l’envisage comme une niche, comme celle de melons, toutefois moins gourmande en investissements puisqu’elle peut se développer sous tunnel en plastique.

Chaque année, les producteurs d’abricots sont invités au Cef pour voir les essais, participer à des réunions de tailles et recevoir un rapport sur les résultats des différentes variétés. Ils peuvent aussi faire des commandes groupées d’arbres.

Marie-France Vienne

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