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Les défis d’aujourd’hui et de demain au cœur des 90 ans de l’Irbab

L’Institut royal belge pour l’amélioration de la betterave, ou Irbab, célèbre ses 90 ans cette année. L’occasion de faire le point sur les défis actuels et futurs de la culture betteravière en Belgique avec Heidi Pittomvils et André Wauters, respectivement directrice générale et chef de projet.

Temps de lecture : 8 min

Créé en 1932 sous le nom d’Ibab (Institut belge pour l’amélioration de la betterave) à l’initiative de 37 sucreries, celui qui est devenu « royal » en 1982, lors de son cinquantième anniversaire, fête ses 90 ans cette année. Et ce, alors que le nombre de sucreries a largement fondu depuis son installation à Tirlemont, cité sucrière qu’il n’a jamais quittée.

Ce cap, les équipes de l’Irbab n’ont pas souhaité le passer en organisant une grande réception ou un événement solennel, mais bien en mettant l’accent sur le savoir et la transmission de celui-ci aux agriculteurs. « En effet, bien que les prix du sucre soient désormais plus élevés, nous estimons que la situation que vit le monde agricole n’est pas compatible avec l’organisation de grandes festivités. Nous avons préféré revenir à nos missions de base, grâce à une plateforme de démonstration installée à Marbais (Villers-la-Ville), sur laquelle nous avons accueilli des planteurs du sud et du nord du pays », expliquent de concert Heidi Pittomvils et André Wauters.

Sur le terrain, les visites se sont articulées autour de divers thèmes, parmi lesquels la protection des cultures occupait une place prépondérante. L’occasion pour les visiteurs de bénéficier d’un point « phytolicence » supplémentaire.

Réduire l’utilisation des herbicides

Un premier atelier ciblait la lutte contre les adventices et abordait la question suivante : « comment remplacer certaines étapes réalisées à l’aide du pulvérisateur par un désherbage mécanique ? ». En parallèle, les potentielles disparitions d’herbicides ont été évoquées, de même que les systèmes de cultures bio.

« Parmi les préoccupations de l’industrie figure, notamment, la quantité de produits phytosanitaires utilisée durant le cycle cultural. Les herbicides représentent une part importante de ce volume, c’est pourquoi nous nous efforçons de réduire leur utilisation, en travaillant avec une herse ou une bineuse, par exemple. Malheureusement, cela ne peut se généraliser à tous les stades de la betterave, ni à toutes les saisons », éclaire André Wauters.

Lutter durablement contre les pucerons et la jaunisse

La gestion des ravageurs constituait un autre sujet de première importance, notamment en ce qui concerne la lutte contre les pucerons et virus. Les visiteurs ont été sensibilisés aux seuils de traitement, mais aussi à l’influence que peuvent avoir les plantes hôtes et le climat sur ces problématiques. En outre, une parcelle démonstrative était consacrée à la résistance variétale à la jaunisse de la betterave.

« En effet, l’Irbab mène actuellement deux projets sur le sujet : Virobett en Wallonie et Virbicon en Flandre », détaille-t-il. Et d’ajouter : « L’objectif est d’identifier des méthodes de lutte durable contre la jaunisse et les pucerons qui en sont les vecteurs ». À cette fin, l’institut betteravier travaille notamment sur divers aspects de biocontrôle, comme la sélection variétale ou l’introduction de « plantes compagnes » favorisant les auxiliaires bénéfiques à la culture.

Pour André Wauters et Heidi Pittomvils, les pucerons et la jaunisse constituent  un défi majeur pour le futur des betteraviers, bien que cette problématique  ne soit pas exclusivement belge.
Pour André Wauters et Heidi Pittomvils, les pucerons et la jaunisse constituent un défi majeur pour le futur des betteraviers, bien que cette problématique ne soit pas exclusivement belge. - TD

Trois virus peuvent causer le jaunissement des betteraves : le Beet Chlorosis Virus (BChV), le Beet Mild Yellowing Virus (BMYV) et le Beet Yellow Virus (BYV). « Une variété peut se montrer tolérante à ceux-ci, mais il est peu probable qu’elle soit résistante aux trois. Cependant, le rendement des variétés tolérantes est généralement inférieur à celui des autres variétés commerciales… C’est une chose que nous avons déjà observée dans le passé avec les maladies touchant la betterave. »

Au niveau foliaire, surveiller la cercosporiose

Enfin, les maladies foliaires de la betterave ont également été abordées au cours de la visite. L’accent a, entre autres, été mis sur la cercosporiose. Pour rappel, pour surveiller la propagation de ce champignon, il convient de prélever 50 feuilles et d’observer la présence de tâches caractéristiques. Si le seuil de traitement est atteint, une intervention phytosanitaire peut être envisagée.

Ce travail n’est pas toujours évident, ni agréable… C’est pourquoi, dans le cadre du projet Betaprotech, l’Irbab s’attelle à développer un modèle informatique permettant d’estimer si une intervention phytosanitaire est nécessaire ou non. Basée sur un relevé des conditions météorologiques, cette technique peut être comparée à ce qui existe déjà en matière de lutte contre le mildiou de la pomme de terre. « L’objectif, a termes, est de mettre en place un modèle qui indique quand traiter. Actuellement, il est encore en cours de perfectionnement. »

Toujours en matière de cercosporiose, la question de la résistance du champignon à certaines familles de fongicides a également été abordée. En effet, presque toutes les souches présentent une résistance aux strobilurines. En optant pour des variétés tolérantes et une stratégie de traitement efficace, ce problème peut toutefois être contourné. « Gardons à l’esprit que la tolérance ne garantit pas l’absence de traitement. Mais elle peut permettre de faire l’impasse sur le dernier traitement », nuance André Wauters.

Sur la plateforme, toutes les variétés semées ont suivi un itinéraire technique sans traitement fongicide afin de mettre en évidence les points forts de chacune d’entre elles. Pour l’oïdium, on peut facilement passer d’un extrême à l’autre : une forte sensibilité ou une forte tolérance. M. Wauters ajoute que les changements climatiques ont conduit au remplacement de la problématique « ramulariose » des années 1990 par la problématique « cercosporiose » que nous connaissons actuellement. Son conseil, dans ce contexte : « Choisissez les variétés adéquates ».

La lutte intégrée… face à la disparition des néonicotinoïdes

Au regard de ces différents éléments, on comprend que la lutte intégrée contre les parasites, introduite en 2014, joue un rôle important dans l’itinéraire cultural. Ce que confirme André Wauters : « Avant l’arrivée de la lutte intégrée, nous mettions déjà l’accent sur l’utilisation de variétés tolérantes, sur l’importance d’effectuer un suivi correct des ravageurs et sur l’évaluation des seuils de pulvérisation. En réalité, le secteur betteravier travaillait déjà selon de nombreux principes de la lutte intégrée avant 2014 ».

Sur le terrain, l’Irbab a constaté que les agriculteurs qui travaillaient essentiellement sur base d’un calendrier ont également changé leurs pratiques. D’une certaine manière, ils n’ont pas eu le choix : en intervenant trop tôt ou trop tard, le traitement appliqué n’était pas rentable.

Les planteurs sont désormais confrontés à la disparition des néonicotinoïdes. « Cette situation a eu une conséquence malheureuse : les agriculteurs sont à nouveau obligés de pratiquer des traitements insecticides à l’aide de leur pulvérisateur. Malgré la lutte intégrée, c’est une nouveauté que l’on peut qualifier d’indésirable à laquelle ils sont confrontés… Et avec laquelle ils doivent composer ! » Sur le terrain, l le recours aux pyréthrinoïdes est parfois trop rapide, ce que l’Irbab déconseille.

« En 2012, les chiffres montraient une production de sucre de 12 à 13 t/ha. L’année dernière, le seuil de 16 t/ha a presque été atteint.  Certains agriculteurs atteindront 20 t/ha cette année », constatent Heidi Pittomvils et André Wauters.
« En 2012, les chiffres montraient une production de sucre de 12 à 13 t/ha. L’année dernière, le seuil de 16 t/ha a presque été atteint. Certains agriculteurs atteindront 20 t/ha cette année », constatent Heidi Pittomvils et André Wauters. - J.V.

Appliquer au mieux les principes de la lutte intégrée requiert de reconnaître convenablement les ravageurs et maladies de la betterave. Une tâche pas toujours évidente… « Certains agriculteurs maîtrisent la chose mieux que d’autres. C’est notamment le cas de ceux qui intègrent notre réseau d’observation. Des formations sont nécessaires, mais même après les avoir suivies, des difficultés demeurent. »

L’observation des maladies est parfois moins problématique, mais la présence de pucerons est plus difficile à observer. « Ils sont à peine visibles… Il faut être patient, avoir de bons yeux et se mettre vraiment à genoux dans le champ pour trouver et compter deux pucerons verts non ailés pour dix plantes. » Heureusement, l’Irbab réalise des observations dont les résultats peuvent être facilement consultés sur des cartes.

Vers une gestion plus globale des sols

Ces dernières années, l’Irbab s’est moins concentré sur la mécanisation dans ses projets de recherche. La volonté est d’à nouveau s’inscrire dans cette direction. « En ce qui concerne les techniques de semis et récolte, comme pour ce qui est couverture des silos et nettoyage des racines, nous sommes très avancés. Nous souhaitons maintenant élargir notre vision de la situation et réfléchissons, entre autres, à une gestion plus globale des sols. Cela va des couverts végétaux à la préparation du lit de semence, en passant par une réflexion sur les conditions sèches ou humides. On pense aussi au piégeage du carbone, à la gestion de l’azote… Sans oublier les stratégies européennes que sont le Green Deal et Farm to fork », éclaire Heidi Pittomvils.

Cet abandon relatif de la mécanisation s’explique également par la volonté de répondre à certains problèmes cruciaux observés sur le terrain. L’institut a, ainsi, dû quelque peu revoir sa trajectoire et se consacrer davantage à la jaunisse. Des questions de personnel et de budget entrent également en compte.

Les défis de demain

Pour André Wauters et Heidi Pittomvils, les pucerons et la jaunisse constituent un défi majeur pour les betteraviers, bien qu’il ne soit pas exclusivement belge. En effet, nos voisins sont également aux prises avec ce problème. « Le défi est de trouver rapidement – et non dans les 10 ans ! – une solution au retrait des néonicotinoïdes. Il faut également que cette alternative soit pratique et efficace. Mais on peut supposer qu’elle ne sera pas aussi simple que précédemment… », détaillent-ils.

« Les défis pour les planteurs seront également importants. Même si les prix sont meilleurs aujourd’hui, la culture doit rester rentable. »

Et de conclure : « La Belgique demeure une des meilleures régions d’Europe pour la culture de betteraves sucrières. Cette année, nous avons eu la chance que nos betteraves aient bénéficié d’épisodes pluvieux avant la sécheresse estivale, ce qui n’a pas été le cas partout en Europe. Cela nous montre que la gestion de l’eau constituera plus que probablement un défi supplémentaire auquel nous serons confrontés dans le futur ».

D’après T.D.

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