Comment expliquer la hausse de prix des engrais azotés?

Actuellement, la demande en fertilisants azotés est supérieure à l’offre,  et cela pourrait perdurer jusqu’au printemps 2022.
Actuellement, la demande en fertilisants azotés est supérieure à l’offre, et cela pourrait perdurer jusqu’au printemps 2022. - J.V.

La production des engrais azotés utilisés en agriculture repose sur le procédé Haber-Bosch. Mis au point par le chimiste allemand Fritz Haber en 1909 et industrialisé en 1913 par Carl Bosch, chercheur chez Basf, il permet de synthétiser de l’ammoniac NH3 à partir de l’azote présent dans l’air et d’hydrogène issu du gaz naturel. Cet ammoniac sert ensuite de base à la production de divers engrais simples (nitrate d’ammonium ou urée) ou complexe (engrais NPK, en combinant un engrais simple avec d’autres éléments que sont le phosphore et le potassium, notamment).

Gaz, transport, demande… en hausse

« Une partie du problème réside dans l’utilisation de gaz naturel », affirme Adrian Urban, responsable du développement commercial chez Yara Allemagne. Et d’expliquer : « Les prix du gaz s’affichent en très nette hausse depuis plusieurs semaines, voire mois. Inévitablement, cela se ressent sur les coûts de production et, par conséquent, sur le prix de vente des engrais azoté ».

En parallèle, les prix du blé sont élevés. Cette situation est propice aux investissements pour les agriculteurs. « Notamment en engrais destinés à assurer les rendements pour la campagne céréalière 2021-2022 », précise-t-il.

Ce vent favorable, poussant les céréaliculteurs à semer davantage et à stocker des engrais azotés en quantité, a également une influence sur les prix. « C’est la loi de l’offre et de la demande… Si les acheteurs acquièrent davantage de fertilisants, les prix ne peuvent qu’augmenter… »

Les engrais azotés sont-ils en passe de devenir le nouvel « or blanc »  des exploitations agricoles ?
Les engrais azotés sont-ils en passe de devenir le nouvel « or blanc » des exploitations agricoles ? - J.V.

La hausse des prix s’explique encore par la géopolitique mondiale. « La production européenne est relativement limitée. Les agriculteurs sont donc dépendants du marché mondial, très volatil. Certains pays comme la Russie, la Chine ou encore la Turquie limitent en effet leurs exportations. Encore une fois, cela contribue à maintenir l’offre sous la demande et tire les prix à la hausse. ».

Enfin, à ces différents paramètres s’ajoute encore la composante « transport ». « Les coûts du transport, tant maritime que routier, ont véritablement explosé. Sans surprise, cela joue sur l’augmentation des prix des matières premières, dont les engrais. »

Un futur difficile à prédire

Adrian Urban est formel : « La demande, davantage que les coûts de production, définit le prix de vente des engrais ». Mais comment ceux-ci évolueront-ils dans les semaines à venir ?

« C’est très difficile à prédire », répond-il. « Les informations disponibles actuellement laissent à penser que la demande restera supérieure à l’offre au moins durant le premier trimestre 2022. La situation pourrait s’équilibrer vers avril, mais cette affirmation est à prendre au conditionnel. » D’autant que la demande est telle que même un recul des prix du gaz ne suffirait pas à faire baisser les prix des fertilisants azotés.

Quelle stratégie adopter ?

Vu les prix des céréales sur les marchés internationaux, fertiliser ses parcelles demeure important. Encore faut-il pouvoir acheter ses engrais ! « On constate que certains négociants peinent à reconstituer leurs stocks, bien que ce ne soit pas généralisé. »

Dès lors, quelle stratégie d’achat développer ? « Tout un chacun se doit de réfléchir à sa propre situation. Pour ma part, je recommande d’acheter ses engrais minéraux en 3 ou 4 fois. La première tranche devrait idéalement être commandée avant la récolte, donc en juin ou juillet 2021 dans le cas présent, et être stockées jusqu’au printemps suivant. Les prix sont généralement plus intéressants à ce moment-là. Le solde peut ensuite être acheté en plusieurs fois, plus tard dans la saison. Adopter une telle stratégie permet également de réduire les risques. » Cette tactique est, bien entendu, plus facilement applicable en année « normale ».

Adrian Urban recommande aussi d’être attentif aux délais de livraison. « Il peut être intéressant de passer commande en décembre, même si les prix sont élevés, et d’être livré en janvier plutôt que de prendre le risque de retarder sa commande et d’être fourni après la reprise de végétation. »

Enfin, en cette saison particulière, il est conseillé de jeter un œil à sa comptabilité. « Selon les prix des engrais et des céréales, il peut être intéressant de réduire la dose de fertilisant appliquée. Sur ce point, c’est à chaque agriculteur de faire ses calculs et de prendre la décision qui correspond à sa situation personnelle. »

J. Vandegoor