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La permaculture ou le jardinier à la recherche de ses racines

Vouloir se rapprocher de la terre, retrouver des gestes Paysans, c’est le souhait de personnes enfermées trop longtemps à la recherche d’eux-mêmes. Le jardin, le potager, joue ce rôle de terrain de ressourcement en plus d’être un lieu d’apprentissage pour les plus jeunes. C’est dans la fonction de nourricière de la famille, au sens très large.

Temps de lecture : 6 min

L orsque nous lisons des revues de jardinage, consultons des sites sur les potagers, visitons des expositions horticoles, cela ne manque pas, la permaculture est mise en avant.

Les techniques qui y sont décrites sont très intéressantes mais laisse parfois perplexe les jardiniers qui ont une longue expérience.

Pourtant, il n’y a pas d’opposition fondamentale entre les techniques classiques et celles de la permaculture. C’est plutôt une évolution, une adaptation aux souhaits nouveaux, une redéfinition des priorités recherchées dans la démarche du travail de la terre.

Un coup d’œil dans le rétro

Au début du XXe s., le potager ouvrier avait une fonction nourricière évidente. Pour les familles ouvrières ou paysannes, le potager est cultivé pour les besoins nourriciers essentiellement. On y retrouvait aussi des fruits, des fleurs, des plantes aromatiques et même du tabac. Les bons gestes étaient appris en accompagnant les adultes et étaient expliqués dans les programmes scolaires de l’école primaire.

De fortes fumures organiques venaient du fumier de cheval disponible en quantité, parfois ramassé au bord des routes. Des abris (couches, cloches, châssis, serres adossées…) permettaient d’allonger la période culture avec de fortes productions étalées sur de nombreux mois. L’absence de congélateur amenait un choix adapté d’espèces et de variétés pour la conservation hivernale.

« Le potager éloigne l’homme du cabaret », pouvait-on lire dans les manuels de jardinages promus par les patrons industriels à l’intention de leurs ouvriers et employés. La fonction sociale du potager n’est pas prioritaire, l’intention est moralisatrice. Quant à l’environnement, il ne fait pas partie des préoccupations principales, à l’ombre des cheminées fumantes.

Le jardin est zoné en fonction des intérêts et finalités poursuivis. Le fond du jardin peut par exemple devenir une zone où la végétaion est laissée en place. Les plantes présentes se développent et restent en place ou ne sont fauchées qu'une fois par an pour produire un paillis destiné à protéger le sol en d'autres zones.
Le jardin est zoné en fonction des intérêts et finalités poursuivis. Le fond du jardin peut par exemple devenir une zone où la végétaion est laissée en place. Les plantes présentes se développent et restent en place ou ne sont fauchées qu'une fois par an pour produire un paillis destiné à protéger le sol en d'autres zones.

Et après ?

Au milieu du XXe s., le potager disparaît de nombreux jardins et est remplacé par une pelouse. Il reste parfois bien présent, mais se retrouve éloigné du regard, au fond du jardin.

La production de légumes pour améliorer l’ordinaire des repas n’est plus aussi indispensable. Lorsque la famille part plusieurs semaines en congés, l’entretien et le suivi du jardin en pâtissent. Le jardinier n’hésite pas à recourir à l’emploi de produits phytos pour faciliter l’entretien et surtout le désherbage.

Dans l’ambiance des Golden Sixties, le potager n’a plus une fonction économique aussi importante. Les relations sociales ne se créent que peu autour des jardins. Quant aux notions environnementales, elles restent bien balbutiantes.

Aujourd’hui

Au début du XXIe s., le potager n’est plus nécessairement la principale source de légumes pour la famille, mais il redevient important dans la réflexion citoyenne. On en installe en ville, sur les toits, on le partage.

Le lien du jardinier avec le paysannat est devenu très ténu, mais cela n’empêche pas les tentatives audacieuses de techniques de culture nouvelles. La réflexion dépasse la simple production de légume, mais inclus le zéro-déchet, l’empreinte environnementale. Le lien à la terre est source de bien-être.

Nous entrons de pleins pieds dans la permaculture.

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« Cultivons notre jardin » écrivait Voltaire dans Candide en 1759. Cette phrase prend un sens bien actuel alors que le citoyen s’interroge sur ce qu’il a dans son assiette. Comme l’écrit Voltaire, l’idée n’est pas égoïste mais partageuse, à la façon du souhait de consommer des produits issus de l’agriculture locale d’abord.

Le même auteur se réfère à sa réflexion sur la Justice en écrivant dans Traité sur la tolérance (1763) « Je sème un grain qui pourra produire un jour une moisson ».

Des réflexions philosophiques rejoignent les gestes des jardiniers modernes et se retrouvent dans les principes de la permaculture. Cela dépasse le jardinage des végétaux en incluant les gestes respectueux de la nature et de la société, une attitude bien paysanne.

Le potager moderne

Le potager moderne inclut des massifs ou des haies multi-espèces qui apportent la diversité végétale capable d’accueillir une biodiversité en général. La mare, parfois jointe à un lagunage, a sa place chaque fois que possible.

Les cultures en bacs ou en conteneurs permettent de s’adapter aux situations aux sols défavorables à la culture ou au manque d’espace.

Les jardins partagés sont lieux de rencontres, les liens sociaux créés apportent une richesse nouvelle. On donne un légume, non pas pour l’équivalent de sa valeur marchande mais pour tout ce qu’il représente. Le geste prend une valeur énorme.

La fonction environnementale du jardin est importante et est intégrée dans les gestes quotidiens.

Le paillage protège le sol et économise l'eau. En se décomposant, il laisse au sol les minéraux qui le composent. Idéalement, le paillage est produit dans son propre terrain, par exemple au départ de feuilles mortes, de broyats et d'herbe fauchées et séchées.
Le paillage protège le sol et économise l'eau. En se décomposant, il laisse au sol les minéraux qui le composent. Idéalement, le paillage est produit dans son propre terrain, par exemple au départ de feuilles mortes, de broyats et d'herbe fauchées et séchées.
La disposition, l’aménagement, la forme du potager, du jardin, ne sont pas déduites d’un plan repris de la littérature mais sont issus des observations attentives sur le terrain. Si le sol est humide, l’aménagement de la mare y aura tout son sens. De même, la culture sur buttes permettra aux légumes de développer mieux les racines. Si le sol contient des pierres, celles-ci ne seront pas évacuées vers un parc de recyclage. Elles seront au contraire groupées pour permettre l’installation d’espèces végétales adaptées, pour accueillir des carabes, des perce-oreilles et autres insectes auxiliaires précieux pour le reste du potager.

En principe, nous évitons de retourner le sol. Nous allons plutôt le décompacter, avec une fourche à bêcher simplement enfoncée dans le sol et légèrement mise sous tension, à l’aide d’un croc ou encore avec des outils achetés dans le commerce. Nous répétons l’opération tous les 20 ou 30 centimètres. Le sol est aussi protégé de la battance, du salissement et du dessèchement par la pose d’un paillis de surface.

Des espèces de légumes sont retrouvées. L’ail des ours, l’arroche, la bourrache, la consoude, l’oseille, l’oxalis, le poireau perpétuel, le raifort, le topinambour reprennent une place de choix dans les potagers et dans la confection de plats aux saveurs appréciées.

Techniquement, elle se base sur l’observation des liens et des mécanismes qui relient et qui sont mis en jeu dans la nature. Les déchets d’un organisme sont valorisés ou utilisés par une autre espèce, un peu comme en forêt. Les arbustes enfoncent leurs racines profondément dans le sol, y prélèvent les éléments minéraux qui constitueront la charpente des branches et les feuilles naissantes au printemps. Ces feuilles seront le siège de la photosynthèse. Le gaz carbonique de l’air apporte le carbone qui sera transformé en sucres durant le printemps et l’été. Les feuilles tombées en automne rendent au sol une partie du carbone prélevé et qui sera la base de la production d’humus. Les éléments minéraux de la feuille seront progressivement libérés en surface du sol et serviront à l’alimentation des jeunes plantes au printemps suivant. Ces jeunes plantes seront protégées de la rudesse des rayons du soleil par l’arbuste voisin.

La prairie est aussi un milieu pouvant inspirer la permaculture, avec un équilibre entre le sol et la végétation herbacée et entre ces deux éléments et les animaux qui paissent.

Il ne faut pas voir trop grand. Nous aurons de meilleurs résultats sur une petite surface très bien entretenue que sur une grande surface mal cultivée. Pour le reste, les règles classiques de jardinage peuvent rester d’application. La rotation est un des fondements agronomiques, elle peut être nuancée avec la possibilité de mélanger les cultures. Les voisinages de plantes d’espèces et de comportements différents donnent de très bons résultats également. Si une plante est choisie pour son étalement couvrant bien le sol, sa voisine aura un port érigé et des racines profondes. Juste à côté, des plantes à croissance rapide seront récoltées après quelques semaines de culture et laisseront aux deux autres un peu plus d’espace. La bonne couverture du sol est en soi une bonne méthode de maîtrise de l’enherbement.

F.

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