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Craintes et opportunités font naviguer les filières végétales bio à vue

Diverses tendances s’opposent actuellement dans les filières végétales bio. Certaines se développent tout en rencontrant la demande des consommateurs tandis que d’autres se caractérisent par une offre excédentaire. À cela s’ajoute la hausse généralisée des coûts de production. Le scepticisme est de mise chez de nombreux producteurs.

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Constatant depuis juillet 2021 un essoufflement de la demande en produits bio, l’asbl Biowallonie s’est lancée comme défi d’établir, deux fois par an, un baromètre des filières bio wallonnes. Avec quel objectif ? Mieux connaître le secteur (équilibre entre l’offre et la demande, opportunités et problématiques rencontrées par les filières…) pour mieux réagir.

Réalisé en février et juillet, ledit baromètre repose sur une enquête réalisée auprès d’une pluralité d’acteurs de la fourche à la fourchette, mais aussi auprès de conseillers techniques, du Collège des producteurs et des centres pilotes. Tant les productions animales que végétales sont ciblées par l’enquête, dont les derniers résultats ont été dévoilés à l’occasion de la Foire de Libramont.

Davantage d’oléo-proétagineux et de « nouvelles » cultures

En productions végétales, le premier volet de l’enquête cible les grandes cultures. Dans ce domaine, Biowallonie constate une hausse généralisée des prix des intrants et consommables, couplée à une augmentation des prix des travaux agricoles de l’ordre de 15 %, selon les résultats de l’enquête.

Les agriculteurs interrogés demandent davantage de reconnaissance pour les mesures agroenvironnementales mises en place sur leurs exploitations. De même, ils souhaitent qu’une communication adaptée aux denrées bio voie le jour, estimant que leurs productions sont noyées dans la masse.

Côté chiffres, les surfaces s’affichent en hausse, tant pour les cultures pures que pour les cultures associées (+ 1.200 ha). Les perspectives de rendements et qualité semblent bonnes, selon les acteurs interrogés.

Un développement important des oléo-protéagineux est observé. L’asbl y voit une opportunité de redévelopper ces filières au niveau local suite aux déséquilibres observés sur les marchés internationaux, tant en matière d’alimentation humaine qu’animale.

En parallèle, les initiatives de relocalisation sont de plus en plus nombreuses en céréales panifiables et orge de brasserie. De nouvelles spéculations (quinoa, lentille…) voient aussi le jour ; cela s’explique par l’allongement des rotations.

Pommes de terre : risques de surproduction

Concernant plus particulièrement les pommes de terre, les emblavements ont augmenté de 198 ha entre 2020 et 2021 (+28 %). 209 producteurs étaient recensés.

L’enquête révèle des craintes de surproduction pour cette saison, et ce, après une année 2020 marquée par les surplus suivie d’une année 2021 caractérisée par de mauvais rendements et d’énormes problèmes de qualité. Point positif : la qualité et les calibres devraient être au rendez-vous.

Les résultats livrent que la rentabilité devient de plus en plus aléatoire et difficile à atteindre. L’offre est supérieure à la demande et les consommateurs, cherchant les produits les moins chers, se détournent quelque peu du bio. Les agriculteurs et certains emballeurs estiment d’ailleurs que les prix pratiqués par la grande distribution sont trop élevés et influencent négativement les ventes de pommes de terre bio.

À cela s’ajoute la hausse des coûts de production, main-d’œuvre y compris, et la compétition des pays voisins.

Les maraîchers accusent le coup

Pour les maraîchers, le tableau n’est pas des plus favorables. Ceux-ci se sentent concurrencés par les productions locales non bio. Ils observent, en outre, un désintérêt des acheteurs pour la vente directe. Il en résulte une offre supérieure à la demande, selon les résultats de Biowallonie.

L’enquête montre que certains légumes sont fort demandés des consommateurs. Il en résulte pas (tomates, aubergines, piments, carottes et légumineuses) ou peu d’invendus (courgettes et courges, laitues et concombres). A contrario, certaines productions sont peu désirées (bettes et betteraves, navets et choux) ; les invendus sont nombreux.

Les maraîchers bio témoignent de leur amertume face à la situation actuelle, malgré leurs efforts quotidiens, et évoquent des perspectives mitigées quant à l’avenir de la consommation bio. Si une réduction des surfaces cultivées est attendue, les risques de « déconversion » semblent minimes.

Des producteurs de légumes sceptiques

En ce qui concerne les légumes de plein champ, l’offre est supérieure à la demande sur le marché de frais. Les producteurs évoquent un marché « très difficile » sur lequel les invendus sont légion et se montrent sceptiques quant à l’avenir.

Certains envisagent sérieusement de retourner vers le conventionnel. Pour éviter cela, la présence d’acheteurs et transformateurs capables de brasser de gros volumes est plus que nécessaire.

Du côté des légumes destinés à l’agro-industrie, Biowallonie relève que l’offre est égale à la demande. Comme leurs collègues du marché du frais, les producteurs se montrent toutefois mitigés quand on les interroge sur l’avenir de la consommation bio. Les « déconversions » ne sont pas à l’ordre du jour mais il en résulte un ralentissement des conversions.

Pommes et poires : intérêt pour la vente directe

Enfin, l’offre et la demande s’équilibrent dans les filières pommes et poires, en circuit long. Néanmoins, quelques gros producteurs du nord du pays, notamment de poires, se sont récemment convertis au bio, ce qui laisse craindre une saturation de l’offre dans les prochaines années. Biowallonie y voit, au contraire, une opportunité d’accroître la part de poires bio belges en magasins.

En vente directe, la demande est supérieure à l’offre, avec un intérêt marqué des clients pour les nouvelles variétés. La tendance est similaire pour les petits fruits, abricots, cerises, raisins de tables et fruits secs.

Propos recueillis par J. Vandegoor

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