En colza d’hiver, une nouvelle saison atypique… et des rendements étonnamment solides!

Vue de la plateforme accueillant les essais variétaux, sise à Thynes, le 27 juin dernier.
Vue de la plateforme accueillant les essais variétaux, sise à Thynes, le 27 juin dernier. - Appo

Après une moisson terminée autour du 15 août 2016, l’implantation du colza d’hiver a pu être réalisée dans la dernière décade du mois d’août qui a déjà connu une canicule pendant 5 jours (du 23 au 27 août) avec des températures supérieures à 30ºC.

Le travail du sol qui avait connu un engorgement en eau quelques semaines plus tôt, avec des pluies exceptionnelles en juin avec des inondations, laissait apparaître certaines difficultés accentuées par les températures élevées, de sorte qu’aux endroits où il y avait trop de mottes grossières, la levée a été retardée faute d’un contact suffisant entre la terre et les petites graines de colza.

La rareté des pluies après le semis et un temps bien ensoleillé en septembre (températures très élevées du 12 au 14), ont entraîné quelques difficultés de levée là où les graines étaient déposées dans un sol très sec. Lorsque le colza a pu germer rapidement, sa levée a été correcte. Ce fut tout le contraire dans les plages ou parcelles qui ont dû attendre longtemps l’humectation nécessaire pour la germination. La sécheresse commençait déjà à produire ses effets en septembre. Il s’agit d’une situation rare chez nous, mieux connue en France.

Premières pluies en octobre

Les premières pluies significatives sont arrivées début octobre permettant aux semences de colza non germées jusqu’alors de germer et de démarrer avec un décalage important par rapport aux plantes ayant levé directement après le semis.

Cette sécheresse s’est poursuivie jusqu’à la mi-octobre entraînant d’ailleurs des difficultés d’arrachage en pommes de terre et en betteraves. Le retour de la pluie à partir de mi-octobre a permis aux chantiers de récolte de poursuivre leurs travaux dans de meilleures conditions ; et la culture de colza d’hiver en a également profité pour pousser. De bons pivots racinaires ont ainsi été mis en place.

Côté insectes, il y a eu peu d’altises à l’automne et très peu de larves d’altises, contrairement à l’année précédente. À noter qu’il n’y a plus de désinfection insecticide des semences depuis quelques campagnes, suite au moratoire européen sur trois néonicotinoïdes.

Quelques gelées nocturnes en octobre et novembre ainsi que l’arrivée de la neige dans les Ardennes faisaient craindre l’arrivée d’un hiver précoce qui aurait pu être pénalisant pour les plantes levées tardivement.

Le développement de la végétation du colza à l’automne reflétait bien la disponibilité en azote dans le profil, après une mauvaise récolte 2016 laissant des reliquats azotés importants dans les sols.

L’hiver marqué par le gel et la neige a fait son apparition à plusieurs reprises en janvier. Des températures négatives jusque -10ºC ont été enregistrées, avec ou sans protection neigeuse selon les endroits. Il n’y a pas eu de dégâts de gel en colza d’hiver.

Les insectes jouent la discrétion

À la sortie de l’hiver, les premiers apports de la fumure azotée ont pu être réalisés tôt en février, avec l’arrivée d’une météo printanière. Le colza d’hiver a bien joué son rôle de piège à nitrates car les profils réalisés au printemps révélaient des teneurs faibles comparées aux autres cultures avec des teneurs particulièrement élevées cette année.

L’arrivée précoce des charançons de la tige et des méligèthes début mars faisait craindre une présence abondante de ces insectes au printemps. Finalement, ils sont restés généralement assez discrets. L’observation régulière de leur niveau de présence a permis d’éviter un traitement insecticide avant la floraison du colza qui a débuté tôt, début avril. Après plusieurs journées bien ensoleillées avec un record de chaleur au 9 avril, le rafraîchissement accompagné de vent a contrarié la sortie des insectes, aussi bien ravageurs que pollinisateurs dans le courant du mois d’avril, malgré la floraison du colza.

Ces plantes présentent des siliques jaunes en bas de la hampe, correspondant aux dégâts de gel du 20 avril.
Ces plantes présentent des siliques jaunes en bas de la hampe, correspondant aux dégâts de gel du 20 avril. - Appo

Le gel nocturne intense du 19 et 20 avril, qui a fait tant de dégâts dans les arbres fruitiers en fleurs, a également impacté le colza. L’absence de fécondation des fleurs au moment du gel, s’est traduite par une absence de siliques formées, manque bien visible sur les tiges de colza.

La sécheresse s’installe sur le long terme

La sécheresse déjà très prégnante en avril s’est poursuivie jusqu’en fin de végétation.

La floraison du colza a été particulièrement longue cette année, s’étalant sur près de 6 à 7 semaines à cause du temps très frais en avril. La floraison s’est achevée sous le soleil et avec des températures chaudes à la mi-mai. Les ruches sont restées longtemps cette année dans le colza. D’abord peu actives en avril à cause des températures trop froides, les abeilles ont pu se rattraper en mai, au retour de bonnes températures, assurant une bonne pollinisation.

Les charançons des siliques se sont manifestés par leur grande discrétion pendant la floraison, à l’image des cécidomyies très rarement observées.

Comme toutes les variétés de colza d’hiver utilisées aujourd’hui sont des hybrides restaurés, il n’y a pas eu de problème de fécondation lié au froid. Il en aurait été autrement si les Composites Hybride Lignées (CHL) avaient encore été présents.

La fin mai a connu une première vague de chaleur avec des températures supérieures à 30ºC pendant 3 jours, et la sécheresse était toujours bien présente.

Le printemps sec a également été peu favorable aux maladies du colza d’hiver ; l’oïdium, rare chez nous, a fait son apparition fin juin, favorisé par les conditions chaudes et sèches.

Un peu de verse est apparue dans la culture début juin, suite aux rafales de vent.

L’apport d’eau toujours bénéfique après la floraison pour le remplissage des siliques, aura été un facteur limitant cette année ; la répartition des pluies étant très variable selon les régions.

Le 22 juin dernier, la visite des essais variétaux organisée à Thynes, en Condroz, s’est déroulée sous une chaleur extrême.
Le 22 juin dernier, la visite des essais variétaux organisée à Thynes, en Condroz, s’est déroulée sous une chaleur extrême. - Appo

Maturation et récolte: tempo d’enfer !

Le retour de fortes chaleurs à partir de la mi-juin avec une deuxième canicule du 18 au 22 juin, a accéléré la maturité du colza. Des pluies ont été enregistrées fin juin mais leur importance était d’une grande variabilité au niveau des régions de production, marquant encore davantage les sols à faible réserve hydrique.

La luminosité en juin, très déficitaire en 2016, a été bonne en 2017, assurant une bonne photosynthèse.

La récolte du colza d’hiver a été précoce cette année, avec une avance d’environ 2 semaines. Etalée selon l’état de maturité de la culture, elle a commencé début juillet et s’est poursuivie en juillet toujours sous la menace orageuse. Les tableaux 1 et 2  révèlent les résultats des essais variétaux menés par l’association pour la promotion des protéagineux et olaéagineux, Appo.

Les rendements ont connu une variation liée à la profondeur de sol et à la situation hydrique, variant presque du simple au double. Les moins bons résultats sont proches de 3 tonnes/ha et les meilleurs atteignent presque 6 t de graines/ha. La moyenne se situera autour de 4.500 kg/ha cette année, ce qui représente un bon niveau de rendement, nettement meilleur par rapport à l’année précédente.

D’après Christine Cartrysse,

Appo