Si la crise persiste en bovin viande, la peur de devoir un jour décapitaliser est présente!

A la reprise, Julien Coheur a poussé son père à réalisé de nous investissements pour une nouvelle organisation du travail.
A la reprise, Julien Coheur a poussé son père à réalisé de nous investissements pour une nouvelle organisation du travail. - P-Y L.

«  Quand j’ai repris la ferme en 2014, à 24 ans, j’étais très motivé ! À tel point que j’ai poussé mon père à investir dans un nouveau bâtiment, de nouvelles mélangeuses et pailleuses… afin que nous puissions nous organiser différemment. Sans mon impulsion, je ne suis pas sûr que mon père aurait investi de la sorte. Au final, j’en suis satisfait car c’est un gain en termes de temps de confort et en organisation de travail », nous confie Julien.

« Se crever à ne pas gagner sa vie »

Si la priorité est au travail dans l’élevage, Julien passe le reste de son temps à travailler dans des appartements à louer. « C’est une diversification nécessaire ! Mais soyons clairs, bien que certaines rénovations fussent nécessaires, si je pouvais gagner ma vie de par mon métier d’éleveur, je ne m’échinerais pas dans le bâtiment. »

La problématique des prix non rémunérateurs tracasse tous les jeunes qui ont repris une ferme. « Nous ne sommes déjà pas nombreux… et c’est un sujet qui revient souvent autour de la table. C’est devenu démoralisant de parler de notre métier. »

Six ans plus tard, le jeune éleveur est toujours passionné par ce qu’il fait mais est dubitatif. « Si rien ne change, je me demande si je pourrai l’exercer toute ma vie. Des bêtes, j’en aurai toujours mais quant à savoir si je ne devrai pas me réorienter… et voir l’élevage devenir mon activité complémentaire… »

C’est d’autant plus dommage que l’exploitation est bien équipée. « Je pourrais me permettre de garder un bâtiment et d’assurer une cinquantaine de vêlages par an avec une autre activité sur le côté. J’ai la chance d’être manuel, peut-être qu’un jour je serai amené à créer mon atelier. C’en est malheureux de devoir évoquer une telle hypothèse quand je vois notre infrastructure et tout le travail de mon père qu’il y a derrière. Mais c’est une réalité ! »

Pour le fils Coheur, le métier d’éleveur est assez dur que pour se crever encore à ne pas gagner sa vie. « Je n’ai pas envie de trimer pour engraisser des créanciers et autres fournisseurs. Car une fois l’année écoulée, que nous reste-t-il ? »

«Avant, quand un agriculteur investissait dans des appartements, on parlait de placement. Aujourd’hui, ceux que je construis sont bien plus que cela. Ils devront être un complément à mon revenu ! Faire un investissement en agriculture, c’est se mettre la corde au cou. Si demain, je devais travailler seul, je ne pourrais pas assumer toute cette charge de travail. Je devrais revendre des bêtes. La peur de devoir décapitaliser est donc bien présente ! »

«Évidemment, j’aurais pu ne pas investir et me reposer sur les lauriers de mon père… J’ai voulu poursuivre son travail et m’approprier l’outil. Je peux encore continuer 10 ans à travailler de la sorte pour rembourser les crédits… Et après ? Si les prix n’augmentent pas, je ne gagnerai jamais ma vie comme mon père a pu la gagner. L’avenir est flou et les perspectives pas très positives », regrette Julien.

P-Y L.