Comment accueillir aux mieux les auxiliaires du verger?

Dans une haie ou un massif, le lierre a un rôle particulièrement important comme abri et, grâce à sa floraison automnale, il offre une nourriture alternative aux insectes butineurs.
Dans une haie ou un massif, le lierre a un rôle particulièrement important comme abri et, grâce à sa floraison automnale, il offre une nourriture alternative aux insectes butineurs.

La première partie de cet article (lire notre édition de la semaine dernière) a permis de définir les notions de prédateur et de parasitoïde qui sont utiles dans la lutte contre certains ravageurs des arbres et arbustes fruitiers. Ensuite, les principaux auxiliaires ont été présentés. Puis a été abordée la difficile question de la prise de décision : intervenir ou non contre un bio-agresseur dans un nouveau verger, avant qu’un équilibre naturel se soit créé.

Dans cet article seront présentés les moyens et les aménagements qui permettent d’attirer des auxiliaires et de favoriser leur installation et leur multiplication.

Accueillir des auxiliaires

On comprendra que la très grande diversité des auxiliaires à héberger dans un verger amène une très grande diversité d’aménagements à y réaliser. Ils peuvent dépendre aussi de l’environnement immédiat et des autres parties qui composent le jardin. L’analyse de la situation permettra aussi de définir des ordres de priorité dans les initiatives à prendre.

Un jardin nouveau dans un environnement « stérile »

Un environnement stérile à notre point de vue se compose, par exemple, de cultures agricoles. Jusqu’il y a quelques années, la tendance était de clôturer la parcelle d’une haie homogène de conifères (Thuyas, Chamaecyparis ou Cupressocyparis) qui marquera les limites et protégera, pensait-on, du vent. Ce genre de plantation est très peu accueillant pour des organismes auxiliaires, et il est démontré que son effet coupe-vent est moins bon que celui d’une haie mixte dont la perméabilité au vent est de 50 %.

Au départ, pour autant que la surface soit suffisante, il est préférable d’établir une haie mixte à un ou deux rangs comportant un tiers d’arbustes à feuillage persistant ou marcescent et deux tiers à feuillage caduc, de hauteur variable. C’est une solution intéressante à la fois pour le microclimat et la création d’un bon équilibre biologique puisque l’on part de zéro.

Un jardin existant, de surface importante, isolé en zone agricole

Pour une surface de 15 à 25 ares au moins, selon son aménagement et la manière dont il a été géré, on peut trouver dans ce type de jardin un certain équilibre biologique. La surface et la diversité sont des facteurs favorables, ainsi que l’âge des composants les plus anciens et, par exemple, la présence d’une pièce d’eau. L’analyse de la situation permettra de décider des améliorations à apporter.

Un jardin existant bordé d’autres jardins

C’est la situation la plus fréquente dans une zone résidentielle. Elle est très favorable à un équilibre biologique grâce à la diversité de plantes que l’on y trouve aussi bien pour l’ornementation que la production de fruits et de légumes. Avec les jardins voisins s’est créé un véritable réseau d’espaces naturels, et comme dans le cas précédent, il faudra analyser la situation afin de décider des améliorations à apporter.

Un jardin bordant une zone forestière

S’il s’agit d’un boisement composé majoritairement de feuillus, la situation est comparable au cas précédent, avec peut-être une réserve en ce qui concerne l’éclairement. S’il s’agit d’une plantation de résineux, sans un sous-étage d’autres plantes, la situation est quasiment aussi peu favorable à un équilibre naturel que dans le premier cas.

Quels aménagements sont favorables aux auxiliaires ?

Les aménagements proposés ici ont pour but de favoriser l’installation, la multiplication et la persistance d’auxiliaires dans le verger. Certes la liste n’est pas close ; les médias ont abondamment exploité ce filon « nature », et le jardinier peut mettre son imagination à profit pour en créer différents autres. Des stages de construction d’abris sont organisés en différents lieux pour les adultes et les enfants. Ils permettent de sensibiliser ces derniers à la préservation des milieux naturels.

Plantes ligneuses en haies ou en massifs

Il existe à propos de la création de haies composites une documentation très abondante : leurs effets favorables sur le microclimat et la faune, le choix des espèces selon le climat et le sol du site, les techniques d’entretien ont été souvent évoqués.

En Région wallonne, une série de mesures ont été prises dans le cadre des Maec : mesures MB1a et MB1b, afin d’encourager la plantation de haies. L’asbl Natagriwal (010/47.37.71 ou www.natagriwal.be) peut fournir tous les renseignements techniques et administratifs concernant les plantations de haies.

Idéalement, une haie mixte se compose d’une dizaine d’espèces différentes.  Elles offriront à la fois le gîte et le couvert à une grande diversité d’auxiliaires.
Idéalement, une haie mixte se compose d’une dizaine d’espèces différentes. Elles offriront à la fois le gîte et le couvert à une grande diversité d’auxiliaires.

Les plantes arbustives formant une haie ou un massif peuvent héberger et nourrir directement ou indirectement une grande diversité d’auxiliaires ; le feuillage persistant ou marcescent offre des abris pour l’hiver ; les floraisons à différentes périodes de l’année peuvent procurer une nourriture alternative. Idéalement, on choisira une dizaine d’espèces différentes dont un tiers à feuillage persistant. La densité de plantation doit permettre le passage du vent en le ralentissant, et non l’empêcher totalement. La zone influencée du côté sous le vent s’étend jusqu’à 10 à 20 fois la hauteur de la haie.

Dans une haie ou un massif, le lierre, plante grimpante semi-ligneuse à feuillage persistant, a un rôle particulièrement utile comme abri et, grâce à sa floraison automnale, il offre une nourriture alternative aux insectes butineurs. Il en va de même avec différentes plantes qui fleurissent en été et en automne, tels les Polygonum aubertii et baldshuanicum.

Le rôle des plantes ligneuses peut être soit direct, soit indirect. On les qualifie alors de « plantes-relais » : sur ces plantes se développeront des parasites inoffensifs pour les fruitiers qui vont attirer et permettre la multiplication d’auxiliaires. C’est, par exemple, le cas du sureau noir sur lequel se développent dès le début de la saison de nombreuses colonies d’un puceron gris foncé parfaitement inoffensif pour les fruitiers. Le lierre et le sureau noir doivent être présents dans toutes les haies et massifs.

Plantes herbacées en bandes ou en massifs

Il existe dans le commerce différents mélanges de graines de plantes herbacées annuelles, bisannuelles ou vivaces dont la floraison exerce un effet attractif direct sur différents insectes en leur offrant du nectar ou du pollen, ou qui ont un rôle de plantes-relais. Certaines plantes ont aussi un effet répulsif, comme l’œillet d’Inde ou le basilic. Leur rôle mellifère est aussi à prendre en compte.

L’entretien des zones fleuries vivaces se limite à un fauchage à 8 cm de haut une fois par an, soit de toute la surface en fin septembre, soit d’un tiers en juin et des deux autres tiers en octobre. Au fil des années, on peut observer une modification de la flore présente : raréfaction de certaines plantes au profit d’autres espèces qui prennent le dessus.

La documentation technique à ce sujet est nombreuse, émanant soit d’organismes publics de vulgarisation soit de firmes qui commercialisent ces semences. Dans certaines conditions, les bandes fleuries peuvent être subsidiées par les Maec.

Amas de branchages ou de pierres

Ils jouent un rôle favorable à la protection de différents animaux prédateurs : des reptiles (lézards, orvets, couleuvres…), des amphibiens (salamandres, crapauds…), des petits mammifères (hérissons, belettes, hermines, putois…).

Mares et zones humides

La création d’une mare et d’une zone humide favorisera une diversification de la flore et de la faune, notamment des batraciens. Les oiseaux et beaucoup d’autres animaux, y compris des insectes, pourront s’y abreuver pendant la belle saison. On a pu constater en 2020 qu’une longue période chaude et sèche pose des problèmes à un grand nombre d’animaux. Dans ce cas, il est possible de constater des dégâts à des fruits charnus occasionnés par des oiseaux ou des insectes en recherche d’eau.

Le lecteur intéressé pourra consulter la brochure (170 pages) publiée par la Région wallonne (DG 03) « La vie des mares de nos campagnes » (Collection Agrinature, nº4). Leur création peut être subsidiée par les Maec (mesure MB1c).

Nichoirs, perchoirs et abris

L’installation de dispositifs qui permettent à des auxiliaires de s’abriter ou de réaliser leur cycle de reproduction est une initiative très utile et efficace. Par leur souci d’avoir un milieu naturel bien « net » dont ils éliminent, par exemple, les flaques d’eau, les arbres morts sur pied et le bois mort jonchant le sol, les humains suppriment sans le vouloir différents sites qui pourraient héberger une faune utile.

Il en va de même avec nos habitations trop bien finies, alors que par exemple une planche côtière mal jointe sous la corniche permettait aux martinets et aux chauves-souris de nicher. Un autre souvenir : les nombreux nids d’hirondelles sous les voussettes dans des étables dont on laissait ouverte la partie supérieure de la porte, et où on pouvait assister aux entrées et sorties continuelles des adultes occupés à nourrir leurs oisillons.

Les hôtels à insectes associent différents types d’abris. Dans un jardin, on peut leur donner un aspect esthétique qui joint l’utile à l’agréable.
Les hôtels à insectes associent différents types d’abris. Dans un jardin, on peut leur donner un aspect esthétique qui joint l’utile à l’agréable.

Pour les différents insectes auxiliaires, des « hôtels à insectes » qui associent différents types d’abris sont proposés dans le commerce. Ils peuvent aussi aisément être construits par soi-même si on dispose des informations techniques nécessaires, ou en s’inscrivant à un stage organisé par une association de naturalistes. Un article paru dans Le Sillon Belge du 25 mars 2021 leur a été consacré. Dans un jardin ou un espace vert public, on pourra leur donner un aspect esthétique qui joint l’utile à l’agréable.

Pour les oiseaux, le modèle des nichoirs, leur nombre et l’endroit où on les installe dépendent très étroitement de l’espèce souhaitée. Pour certaines espèces, un territoire important est exigé, et il est inutile d’installer plusieurs nichoirs trop proches. Parfois, l’occupation n’interviendra qu’après plusieurs années. Des nichoirs peuvent aussi être construits pour les chauves-souris ou des petits mammifères (belettes ou hermines, qui sont d’excellents prédateurs de campagnols). Et la liste n’est pas close !

Après l’hiver, il convient de les nettoyer. On aura parfois la surprise d’y trouver un squatter qui y a hiberné, par exemple un lérot !

Certains oiseaux rapaces, par exemple les buses, apprécieront un perchoir d’où ils surveilleront un espace étendu. Il va de soi que ces perchoirs doivent être plus hauts que les arbres fruitiers.

Importer des auxiliaires

Les aménagements qui viennent d’être évoqués visent à favoriser l’installation spontanée et la multiplication des auxiliaires dans le verger. Il est aussi possible de « booster » quelque peu la nature en introduisant des auxiliaires prélevés dans un autre verger, ou élevés par des entreprises spécialisées et vendus dans le commerce. C’est aussi le cas pour des pollinisateurs.

La réussite d’une introduction d’auxiliaires prédateurs suppose la présence à ce moment de proies en nombre suffisant, et une bonne mobilité de l’auxiliaire. Les punaises par exemple ont une grande mobilité et elles coloniseront un vaste espace, tandis que les perce-oreilles restent groupés dans une zone restreinte, comme des touristes débarquant en terrain inconnu ! Il faudra donc en placer à de plus nombreux endroits que des punaises.

Pour réussir l’introduction de certains auxiliaires, il est possible de recourir à la stratégie des plantes-relais, sur lesquelles a été développée une proie inoffensive pour nos cultures, puis un prédateur polyphage. Le système est utilisé pour combattre les pucerons des fraisiers cultivés en serre : orge porteur de pucerons des céréales et de prédateurs Aphidoletes ou de parasitoïdes Aphidius.

En pratique

Voici quelques exemples d’aménagements permettant d’accueillir les auxiliaires.

L’introduction de forficules dans le verger se fait de la manière suivante : on commence par en capturer dans un autre terrain en posant à l’envers sur le sol des pots de fleurs de 10 cm remplis de foin. Après quelques jours, les pots sont transférés dans le verger et posés à l’envers près du tronc de chaque arbre.

Pour l’introduction d’acariens prédateurs dans un jeune verger, on agira fin juillet ou début août en prélevant dans un verger adulte qui n’a pas été traité des rameaux feuillés de l’année de 30 à 40 cm de long. On les suspend ensuite aux branches des arbres de la même espèce. Il faut éviter le dessèchement du feuillage en transportant rapidement les rameaux prélevés dans un sac plastique bien fermé contenant un linge humide.

Enfin, il est possible de transférer dans le verger des coccinelles trouvées fortuitement.

Le commerce propose aussi différents auxiliaires issus d’élevages. De manière générale, leur installation réussit mieux dans un milieu fermé comme une culture de fraisiers, de framboisiers et de ronces ou de groseilliers en serre que dans un milieu ouvert comme un verger. Il va de soi que l’introduction des auxiliaires ne se fera que lorsque le ravageur est présent.

Il existe plusieurs prédateurs de pucerons : larves et adultes de coccinelles à deux points ; pupes du diptère Aphidoletes aphidimyza, larves de chrysopes, ainsi que des parasitoïdes de pucerons : adultes de punaises Aphidius colemani, larves d’hyménoptères Aphelinus abdominalis, mélanges de plusieurs microhyménoptères.

Pour les acariens des vergers de pommiers, on propose notamment des acariens prédateurs Phytoseiulus persimilis, Amblyseius andersoni et Amblyseius californicus ou encore la cécidomyie Feltiella acarisuga.

Le nombre d’auxiliaires prédateurs ou parasitoïdes proposés dans le commerce augmente constamment.

Ir. André Sansdrap

Wépion

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