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Allier l’utile à l’agréable grâce aux variétés ornementales de nos espèces fruitières

Aux côtés des espèces fruitières que nous connaissons, de nombreux frères, cousins et enfants cohabitent et contribuent à la décoration de l’espace naturel. Ramure, feuillage, fleurs ou encore fruits sont autant d’éléments qui embellissent notre quotidien. Découverte !

Temps de lecture : 7 min

Sous notre climat, une trentaine d’espèces fruitières sont cultivées. Pourtant, elles se déclinent en plusieurs milliers de variétés ; rien que pour les pommes, on en compterait plus de dix mille ! Ces variétés sont conservées dans des collections et dans les parcs à bois des pépiniéristes. Constamment, les centres de recherches publics ou privés en proposent de nouvelles qui apportent des avantages à différents points de vue. À côté des critères habituels, la résistance aux bio-agresseurs fait partie des objectifs prioritaires de ces programmes.

Outre les variétés cultivées pour la production de fruits comestibles, il existe chez certaines de ces espèces des arbres et des arbustes qui présentent un intérêt pour l’ornement des jardins, que leurs fruits soient ou non comestibles. Et il existe aussi, dans un même genre, des espèces proches et des variétés qui peuvent contribuer par leur ramure, leur feuillage, leurs fleurs et leurs fruits à la décoration de l’espace naturel.

C’est à la découverte du vaste monde de ces frères, cousins et enfants que nous vous invitons ici, en nous limitant à ce que les pépiniéristes de notre pays proposent aux jardiniers, un monde qui pourrait encore s’élargir dans le contexte d’une évolution du climat.

Distinguer espèces, variétés et cultivars

Depuis le 18ème  siècle, les botanistes ont classé le monde végétal selon une hiérarchie très ordonnée qui est détaillée dans le Code international de la nomenclature botanique et dans celui des plantes cultivées. Pour les praticiens, les principaux niveaux utilisés sont les familles, les genres et les espèces. À un niveau inférieur on distinguera encore les variétés et les cultivars, puis les races, formes, lignées, clones…

Les variétés sont des groupes homogènes de plantes qui se distinguent par des caractères différents, tandis que les cultivars résultent d’un travail humain de création ou de sélection.

Quasiment toutes les plantes qui seront citées ici sont donc des cultivars, mais l’usage du terme « variété » est bien ancré dans le monde horticole pour désigner une plante qui se distingue de l’espèce par tel ou tel caractère.

Les caractères distinctifs

Plusieurs caractères permettent de distinguer les variétés et cultivars les uns des autres.

Une ramure différente

Il existe des couronnes de forme pleureuse, ou étroite (= fastigiée = colonnaire = élancée), ou encore constituée de branches tortueuses, ou de branches fasciées (= accolées). Une vigueur inférieure à la normale est qualifiée de nanisme.

Certains arbres (ici, des pommiers) présentent des couronnes étroites dites «colonnaires».
Certains arbres (ici, des pommiers) présentent des couronnes étroites dites «colonnaires».

L’aspect ou la couleur de l’écorce peuvent être un autre caractère distinctif.

Un feuillage remarquable

On distinguera des plantes dont le feuillage prend une teinte colorée au printemps, en automne ou toute l’année, des plantes dont le feuillage présente une panachure jaune-dorée ou blanche-argentée ou encore dont les feuilles ont une forme différente, par exemple laciniée (= très finement découpée) ou lobée.

Quand la saison se termine, les poiriers se drapent de leurs couleurs automnales, pour le plus grand plaisir des yeux.
Quand la saison se termine, les poiriers se drapent de leurs couleurs automnales, pour le plus grand plaisir des yeux.

Une floraison remarquable

Une floribondité plus importante est évidemment un caractère des plus recherché ; on retient aussi les floraisons de teinte différente par rapport au type original et les variétés à fleurs doubles qui présentent une duplicature des étamines (= étamines pétaloïdes).

Ainsi, les Prunus fruitiers se distinguent des autres genres par une floraison abondante blanche ou rose qui apparaît en tout début de saison. Elle se remarque d’autant mieux qu’elle précède l’apparition du feuillage, alors que chez les pommiers et les poiriers, une rosette de feuilles se développe avant l’ouverture des bouquets floraux blancs ou roses.

Une fructification décorative et utile

Même s’ils ne sont pas comestibles à l’état frais, certains fruits peuvent être utilisés après transformation par exemple en gelées, ou intervenir en art floral. Les fruits laissés sur les arbres peuvent être une nourriture appréciée par différents animaux : oiseaux, insectes, et petits mammifères…

Une fructification plus colorée

Chez de nombreuses variétés fruitières, on a pu repérer des rameaux porteurs de fruits plus colorés que sur le reste du même arbre. Cette coloration rouge plus intense disposée en lavis et/ou en stries est un atout commercial pour les arboriculteurs professionnels. Il existe aussi des mutations concernant le calibre (plus gros !) des fruits ou une rugosité plus (ou moins !) importante de leur épiderme.

Espèces fruitières ou espèces « proches » ?

Chez les espèces qui produisent des fruits comestibles, l’origine de ces plantes « différentes » est liée à une mutation spontanée ou à une infection par une virose ou une maladie proche (V.L.O.). Elles ont été remarquées puis conservées par multiplication végétative : bouturage, marcottage ou greffage. Quelques caractères sont parfois transmis aussi par semis, s’il y a eu production de fruits contenant des graines ; c’est par exemple le cas chez les pommiers colonnaires.

L’induction artificielle de mutations par irradiation de rameaux et de bourgeons n’a donné à ce jour que peu de résultats alors que, paradoxalement, les arbres fruitiers ont une tendance naturelle à produire des mutations.

À côté des individus issus de mutations, il peut exister aussi au sein d’un même genre botanique d’autres espèces spontanées ou créées par hybridation artificielle entre deux espèces spontanées. Leur multiplication par semis n’est possible que si ces hybrides sont fertiles ; sinon on devra recourir à une technique de multiplication végétative.

Plus de cent pommiers ornementaux et hybrides interspécifiques

Chez les pommiers (Malus spp.), on recense environ 30 espèces. Deux caractéristiques sont à épingler.

Mutations à fruits plus colorés en lavis et/ou en stries :

Dans les vergers, il est aisé de remarquer lors de la récolte des branches porteuses de fruits plus colorés. Il convient de les marquer afin de vérifier par la suite que ce caractère s’est maintenu et qu’il s’agit bien d’une mutation. Ce phénomène est très fréquent sur des variétés modernes comme ’Elstar’, ‘Gala’ ou ’Jonagold’, mais aussi chez d’autres variétés plus anciennes : par exemple ‘Moulin rouge’ mutant de ‘Melrose’, ‘Professeur A. Lecrenier’ mutant de ‘Reinette de France’, ‘Erich Neumann’ mutant de ‘James Grieve’…

Espèces ornementales et hybrides interspécifiques :

Leur nombre dépasse la centaine ; ils sont distincts par leur feuillage vert ou pourpre en été ou en automne, par leur floraison simple ou double de teinte blanche, rose ou rouge abondante ou par leurs fruits cérasiformes jaunes ou rouge vif. Par exemple Malus baccata , Malus floribunda , Malus pumila

Certaines d’entre elles associent plusieurs caractères : Malus sargentii porte des feuilles trilobées qui prennent en automne une teinte rouge, des fleurs blanches, des fruits rouge-orange.

Plusieurs de ces variétés, à fleurs simples, peuvent jouer le rôle de pollinisatrices pour les pommiers : par exemple ‘Aldenhamensis’ à fleurs roses et fruits rouge-brun,’Evereste’ à fleurs blanches et fruits rouges, ‘Golden Hornet’ à fleurs rose clair et fruits jaunes, ‘Hillieri’ à fleurs roses et fruits jaune-orange, ‘Liset’ à fleurs rouges et fruits rouge vif, ’Professeur Sprenger’ à fleurs rose clair et fruits orange. En associant plusieurs de ces variétés, on couvrira toute la période de floraison des pommiers.

Le panachage des poiriers

Du côté des poiriers (Pyrus spp.  ; plus ou moins 20 espèces), on retiendra ce qui suit.

Mutations à fruits panachés :

Dans le passé, la présence de stries plus claires ou plus foncées avait été observée chez diverses variétés de poires ; ces mutations étaient rassemblées dans la défunte collection de la Faculté d’agronomie de Gembloux.

Espèces proches :

Pyrus calleryana ‘Chanticleer’ : couronne fusiforme, feuillage luisant jaune en automne, fleurs blanches, nombreux petits fruits, résiste au feu bactérien.

Pyrus salicifolia ‘pendula’ : couronne pleureuse, feuillage blanchâtre-argenté, petits fruits verdâtres.

Reconnaître les cognassiers vrais et ornementaux

Les cognassiers vrais ou cognassiers à fruits (= Cydonia oblonga) sont des arbustes de 5 à 6 m de haut, à grandes fleurs solitaires blanc-rosé qui évoluent en un gros fruit velu, verdâtre ou jaune vif.

Les cognassiers ornementaux appartiennent au genre Chaenomeles qui compte deux espèces principales : le cognassier du Japon (Chaenomeles japonica = Ch. maulei) qui est un arbuste de 1 à 2 m de haut à fleurs rouge vif en fin d’hiver et à fruits jaunes en fin d’été ; et le cognassier de Chine (Chaenomeles lagenaria = Ch. speciosa) qui est plus grand (2 à 3 m de haut) à fleurs rouges et fruits verdâtres. Tous deux portent des fruits utilisables pour la production de gelées, seuls ou en mélange avec des coings ou des pommes.

Les grandes fleurs blanches des néfliers produisent un effet décoratif sans pareil en se détachant du feuillage vert foncé du fruitier.
Les grandes fleurs blanches des néfliers produisent un effet décoratif sans pareil en se détachant du feuillage vert foncé du fruitier.

De nombreuses variétés ornementales sont des hybrides entre ces deux espèces ; il en existe à fleurs blanches, roses ou rouges.

Un hybride interspécifique naturel entre poirier (Pyrus communis) et cognassier (Cydonia oblonga) qui a été dénommé X Pyronia veitchii est un arbre à feuilles elliptiques pubescentes et à fruits oblongs.

Les néfliers : fleurs blanches et feuillages vert foncé

Nos néfliers fruitiers (Mespilus germanica) sont des arbustes dont l’effet décoratif est dû à leurs grandes fleurs blanches qui se détachent bien du feuillage vert foncé. Il existe des variétés à feuillage gris-argenté, ainsi que des hybrides avec les aubépines dénommées X Crataegomespilus.

À suivre.

Ir André Sansdrap

Wépion

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