Au fil des délices de Battice: voyage à la Framboisière de Rosmel

Rémi Hogge, le «Maître des framboises»  à Rosmel.
Rémi Hogge, le «Maître des framboises» à Rosmel. - M-F. V.

Agronome de formation, Rémi Hogge revient en 2002, après avoir longtemps travaillé à l’extérieur, sur les terres et l’exploitation familiale de ses arrières grands-parents, auxquelles il est attaché.

Rémi Hogge est revenu sur les terres et l’exploitation familiale  de ses arrières grands-parents, auxquelles il est attaché.
Rémi Hogge est revenu sur les terres et l’exploitation familiale de ses arrières grands-parents, auxquelles il est attaché. - M-F. V.

5.000m² carrés de framboisiers

Ne souhaitant pas poursuivre la spéculation laitière développée par son oncle, il décide de se lancer dans un projet novateur, original et surtout dans lequel il a réellement l’envie d’investir toute son énergie.

Ce sera la culture de framboises non remontantes « Tulameen », dont l’origine canadienne donne à cette variété très rustique une grande résistance au froid.

Elle a en outre l’avantage d’être vigoureuse, drageonnante, et d’offrir en juillet une importante production de gros fruits coniques d’un poids moyen de 6g, sucrés (son taux de sucre moyen est de 12 ºBrix) et fermes.

Le seul inconvénient de cette variété, la plus cultivée en Wallonie, réside dans son entrée en production tardive puisque les premiers fruits ne seront récoltés qu’à la mi-juin.

Rémi Hogge cultive ses plants en pot, un choix qui lui permet d’irriguer les framboisiers de manière constante. Les premiers seront plantés en 2003 pour une récolte l’année suivante.

La « Framboisière de Rosmel » abrite désormais un demi-hectare de framboisiers sous parapluies, soit 5.000m² sur 27 lignes, 7ha de poiriers et une centaine de cerisiers, un peu de groseilles vertes et rouges pour répondre à la demande de sa clientèle.

Une agriculture raisonnée

La framboisière s’ébroue tout doucement au printemps avec une taille après l’hiver, le repalissage des cannes, avant la tonte entre les lignes.

Il faudra ensuite installer les cordes de soutien des branches latérales, « ce qui représente en tout 32 km de ficelle » précise Rémi Hogge.

Les framboisiers ne sont pulvérisés qu’à deux reprises. Une première fois juste avant la floraison pour lutter contre les pucerons et autres acariens, avant l’application d’un traitement fongicide contre la pourriture grise, ou botrytis, qui cause la flétrissure des tiges.

« Je ne suis pas en bio, je n’ai aucun label, mais je pratique une agriculture raisonnée » précise Rémi Hogge qui renouvelle ses plants tous les quatre à cinq ans.

En mai, il plante ainsi ses nouveaux framboisiers, qui passeront d’une dizaine de centimètres à environ deux mètres en l’espace de quatre mois. Ils seront installés dans les lignes de production en hiver.

Les fruits arrivent à maturité début juin, il sera alors temps d’engager des saisonniers car Rémi Hogge est tout seul aux manettes de son exploitation.

D’importants volumes de production

S’il a dépassé les 10 tonnes de framboises lors de ses deux premières années d’activité, Rémi a désormais atteint une vitesse de croisière qui tourne autour de 4 à 5 tonnes de fruits récoltés par an.

De la confiture, de la gelée, du sirop et des jus : Rémi Hogge a développé une gamme de produits autour de ses framboises.
De la confiture, de la gelée, du sirop et des jus : Rémi Hogge a développé une gamme de produits autour de ses framboises. - M-F. V.

Des volumes conséquents qui lui ont dans un premier temps permis de vendre ses fruits à la criée flamande de Borgloon, devenue BelOrta.

Les fruits qu’il y acheminait en fin de journée étaient vendus le lendemain matin aux enchères.

Sauf qu’en pleine période de production, les framboises inondaient littéralement le marché, si bien que Rémi ne touchait qu’entre 0,30€ et 0,60€/barquette de 125g qu’il retrouvait dans les commerces entre… 2€ et 2,50€.

« Un prix que je ne pouvais accepter et qui m’a poussé à renoncer à la criée aux alentours de 2010 pour vendre directement aux commerçants et grandes surfaces ».

De « Promogest » à la vente directe

« L’idée était de produire moins mais de mieux valoriser les fruits au niveau local » déroule Rémi qui commence à travailler avec « Promogest », le Centre Provincial Liégeois de Promotion et Gestion en Agriculture.

C’est cette Asbl qui fait office d’intermédiaire entre les producteurs et la grande distribution et leur permet de fixer leur prix, d’échapper au système des « marges arrière » et de ne pas devoir gérer les invendus.

L’or rouge de Rosmel.
L’or rouge de Rosmel. - M-F. V.

C’est ainsi qu’il a pu livrer des enseignes Carrefour, Delhaize, l’Intermarché de Dison et le Cora de Rocourt.

Depuis peu, il ne vend ses fruits que dans son point de vente à la ferme au prix d’1,90€/barquette.

Il s’est par ailleurs lancé dans la valorisation des « rebus », c’est-à-dire les framboises trop petites ou abîmées, en jus, des confitures, des gelées, des coulis.

Des produits qu’il propose dans des commerces de proximité et des magasins à la ferme ainsi qu’au Delhaize de Barchon.

Des projets plein la tête

Rémi compte arrêter la production de poires pour mieux se lancer dans les fraises sous tunnel, une culture pour laquelle il dispose déjà d’un système d’irrigation et qui répond à la demande de sa clientèle.

Il caresse également l’idée de débuter la culture de myrtilles même si le défi est de taille, car « à moins de les cultiver dans de grands conteneurs, il faut changer la terre, excaver la noire et remettre une terre de bruyère, acide et bien drainée, idoine pour les myrtilliers » explique-t-il.

Rémi Hogge souhaiterait développer sa surface en cerisiers et en planter sous protection pour définitivement dédier l’ensemble de son exploitation sur les petits fruits.
Rémi Hogge souhaiterait développer sa surface en cerisiers et en planter sous protection pour définitivement dédier l’ensemble de son exploitation sur les petits fruits. - M-F. V.

Rémi Hogge, décidément insatiable, souhaiterait enfin développer sa surface en cerisiers et en planter sous protection pour définitivement dédier l’ensemble de son exploitation aux petits fruits. Autant de projets qui le pousseront, à terme, à développer un second magasin à la ferme.

Marie-France Vienne

La culture de framboises en bref

Une culture de framboisiers est mise en place pour une durée de 5 à 10 ans.

C’est dire toute l’importance du choix variétal qui doit en premier lieu se porter sur le type de framboisier que l’on désire cultiver.

Les framboisiers non remontants produiront pendant cinq semaines de début juin à fin juillet en fonction des variétés et les framboisiers remontants donneront des fruits à partir de la fin du mois de juillet jusqu’aux premières gelées.

Souvent, le producteur opte pour les deux types de framboisiers de manière à produire des fruits le plus longtemps possible.

Les variétés non remontantes produisent des fruits dont les qualités gustatives sont le plus souvent supérieures aux fruits produits par les variétés remontantes.

Il faudra également tenir compte de la tenue des fruits après récolte selon le type de commercialisation (vente en criée, vente directe).

Un secteur de niche

Sur base des données en provenance de leurs producteurs membres, le « Groupement des Fraisiéristes Wallons » estime les surfaces de production dédiées à la framboise à 6ha. « Il est toutefois difficile d’avoir des chiffres exacts, vu qu’il s’agit d’une activité de niche » explique Ellen Bullen. Le rendement théorique est de 10 à 12 tonnes/ha pour les framboisiers non remontants, de 12 à 15 tonnes/ha pour les framboisiers remontants. Ces rendements sont valables pour les cultures protégées (tunnel ou parapluie). Des chiffres qui doivent néanmoins être revus à la baisse en extérieur.