Moisson 2021: sans surprise, la qualité des grains a fortement été affectée par les conditions météorologiques

Fegra confirme une tendance déjà observée dans les campagnes : les rendements sont très hétérogènes cette année,  tant sur le plan géographique qu’au niveau des céréales.
Fegra confirme une tendance déjà observée dans les campagnes : les rendements sont très hétérogènes cette année, tant sur le plan géographique qu’au niveau des céréales. - J.V.

En ce début septembre, la Fédération belge des négociants en céréales (Fegra) livre les résultats de l’évaluation quantitative et qualitative qu’elle a menée sur la récolte belge 2021 des céréales à paille (à l’exclusion du maïs). Cette analyse se base sur les chiffres provisoires des déclarations de superficies dans les régions flamandes et wallonnes et sur un sondage réalisé auprès de ses membres.

Des rendements moyens à faibles…

La dernière récolte a été largement affectée par des conditions climatiques exceptionnelles qui ont entraîné des retards importants dans les moissons, interrompues à plusieurs reprises. Au fil des semaines, la qualité des céréales récoltées s’est dégradée.

Les pluies intenses et persistantes de juin et juillet sont encore dans nos mémoires. Des vents violents ont entraîné la verse dans de nombreuses parcelles. L’hiver a été aussi humide et maussade que l’été et, à l’exception de quelques journées estivales fin mars et début avril, le printemps n’a pas apporté de grands changements.

Par rapport à 2020, la superficie céréalière totale a augmenté de 3 % (313.509 ha), ce qui compense la légère baisse de superficie de 2,5 % enregistrée l’année dernière. Les céréales ont été privilégiées cette année au détriment des betteraves, des graines de lin et du colza. La forte augmentation des emblavements en épeautre (19.079 ha ; +26 %) s’explique par des prix plus attractifs que ceux du froment.

Les rendements sont très hétérogènes, tant sur le plan géographique qu’au niveau des céréales. En général, on peut parler de rendements moyens à faibles. Le blé a été le plus durement touché, avec une baisse moyenne du rendement de 10,3 %. Ceci est dû, entre autres, au froid durant les mois de juin, juillet et août, et aux moissons interrompues par la pluie à plusieurs reprises.

Pour l’épeautre et l’escourgeon, Fegra constate de fortes différences régionales. Au niveau national, une légère augmentation du rendement peut être observée pour ces deux cultures, mais les baisses de rendement constatées au niveau local (jusqu’à 20 %) ne sont pas une exception. Les précipitations locales jouent certainement un rôle important.

Avec quelles tendances régionales ?

La Flandre connaît une augmentation de 4,8 % de la superficie céréalière (+5.898,18 ha), avec une hausse des emblavements en blé d’hiver (+10 %). L’épeautre, culture encore marginale au Nord du pays, gagne également du terrain : +33,6 % pour la superficie et 29,9 % pour la production. La surface consacrée au triticale connaît une augmentation de 15 % en Flandre et reste pratiquement inchangée en Wallonie.

Une forte baisse des rendements pour le blé d’hiver est constatée au Nord du pays (-14,7 %). Les rendements de l’escourgeon sont meilleurs : le rendement moyen a même augmenté de 2 %.

En ce qui concerne le blé d’hiver et l’escourgeon, la tendance en Wallonie est la même qu’en Flandre : une augmentation des surfaces cultivées, toutes deux d’environ 7,5 %, mais des rendements inférieurs d’environ 4,5 %.

Qualité affectée… et déclassement

Les conditions climatiques humides ont fortement affecté la qualité des céréales : tant le poids spécifique que l’indice de chute de Hagberg (utilisé pour évaluer la qualité du blé panifiable) ont considérablement varié entre le début et la fin de la récolte. Les premières récoltes étaient prometteuses, mais avec la persistance de la pluie et du vent cet été, nous avons constaté de plus en plus de verse, ce qui a provoqué la germination des grains, avec des effets néfastes sur leur qualité.

Les poids spécifiques moyens sont sensiblement les mêmes en Flandre et en Wallonie, et bien inférieurs à ceux de l’an passé. Pour le froment d’hiver, la moyenne s’élève à 70,8 kg/hl, 60/61 kg/hl pour l’escourgeon, 65/66 kg/hl pour le triticale, 45/46 kg/hl pour l’avoine et, enfin, 32/35 kg/hl pour l’épeautre.

La teneur moyenne en protéines du blé est, cette année, de 11,5 %, ce qui est correct. Une teneur supérieure à 12 % est l’un des critères pour pouvoir être qualifié comme blé panifiable. En raison du poids spécifique ou de l’indice de chute de Hagberg trop faible, la plupart des blés panifiables potentiels ont été déclassés.

Partout dans le monde, la météo joue les trouble-fête

La situation n’est pas idéale à l’échelle mondiale. Les précipitations exceptionnellement élevées dans une grande partie de la France, de l’Allemagne, du Benelux et de la Roumanie ont un impact négatif sur la qualité des céréales. Et ailleurs dans le monde, la météo joue souvent les trouble-fête.

La production mondiale de blé a diminué de 2 % pour atteindre 776,91 millions de tonnes (mt). La consommation a, quant à elle, augmenté de 1 % et atteint 786,67 mt.

La Russie et l’Amérique du Nord, deux grands producteurs mondiaux, jouent un rôle clé. Aux États-Unis, la production s’élève à 46,18 mt, soit une diminution de 3 % ; en Russie, la prévision est de 72,5 mt, soit une baisse de 17 %. Ceci est dû aux résultats décevants de la récolte, mais également à une réduction en Russie de la superficie de blé d’hiver au profit du blé de printemps, dont le rendement est à son tour plus faible. Au Canada, des précipitations limitées et des températures extrêmement élevées en juillet ont détérioré l’état du blé.

D’autres pays producteurs de blé sont heureusement en mesure de présenter de meilleurs chiffres. L’Ukraine a bénéficié d’une excellente saison de croissance (prévision de +10 %, à 33 mt) et les perspectives sont également bonnes en Australie (prévision de +5 %, à 30 mt).

En ce qui concerne le maïs, la production mondiale diminue de 8,68 mt pour atteindre 1.186,12 mt. La consommation a baissé de 1,23 mt pour atteindre 1.182,24 mt. La situation aux États-Unis est hétérogène, avec des rendements records dans le Midwest et des chiffres spectaculaires dans le Dakota du Nord et du Sud et dans le Minnesota. La production sur place a néanmoins diminué de 3 % pour atteindre 374,67 mt.

Dans notre région, nous pouvons parler de conditions de culture favorables pour le maïs, mais la production en Europe du Sud-Est est ravagée par la chaleur et la sécheresse, ce qui entraîne un recul des récoltes.

Pour l’orge, une tendance similaire à celle du blé est observée. Globalement, les chiffres sont inférieurs à ceux de l’année dernière, mais avec de grandes différences régionales. La récolte mondiale diminue de 2,7 % pour atteindre 149,43 mt.

Le colza, une nouvelle fois entre deux eaux

La récolte de colza a été meilleure que l’année dernière (augmentation de la production estimée de 7 %), mais connaît une nouvelle fois une baisse de la superficie (-2,5 % par rapport à 2020). Depuis 2018, la superficie dédiée à cette culture a reculé de 35 %.

Le colza est une culture complexe, où le contrôle des mauvaises herbes et des insectes au bon moment est crucial. « Cette difficulté, associée à des rendements très variables, a conduit à un enthousiasme décroissant », note Fegra.