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Retour sur Hortifolies : des fruits, des légumes, des arbres et un lopin d’éternité

Dans les yeux elles flambent et les murmures de leur parfum diffusent dans la lumière sèche. Les fleurs. Ils dansent, rient, tissent le fil du temps leurs formes dessinent les saisons et de ce lien surgit quelque chose de musical où l’on est à la fois ensemble et séparé. Fruits, plantes, arbres. Du 15 au 18 septembre dernier, en banlieue de l’été, l’horticulture avait mis de la folie dans nos âmes.

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Dans la prairie, sous le chapiteau, professionnels, directeurs, ministre, experts, bourgmestre s’étaient relayés pour évoquer un secteur vaste, divers et d’une richesse inouïe.

Un secteur riche mais gourmand en main-d’œuvre

Mais aussi terriblement fragile, à la merci des caprices météorologiques et du dérèglement climatique (pics de chaleur, sécheresse, valses des précipitations) qui le font souffrir.

L’horticulture est un secteur qui compte dans le paysage de notre région, que ce soit en superficies, 23.600 hectares, soit 3,2 % de la SAU wallonne qu’en main-d’œuvre, domaine dans lequel elle est particulièrement gourmande. C’est bien simple, une exploitation horticole emploie en moyenne trois fois plus de travailleurs réguliers qu’une exploitation agricole.

L’homme s’est toujours ingénié à innover en produisant une immense diversité de cultivars, appelés communément « variétés », qui doivent constamment s’adapter aux évolutions actuelles et futures.
L’homme s’est toujours ingénié à innover en produisant une immense diversité de cultivars, appelés communément « variétés », qui doivent constamment s’adapter aux évolutions actuelles et futures. - M-F V.

Il faut dire que les productions horticoles sont peu ou pas mécanisables et les évolutions vers des pratiques toujours plus respectueuses de l’environnement, par exemple le désherbage mécanique, entraînent encore une hausse des besoins.

Les travailleurs saisonniers, une denrée devenue rare…

« L’horticulture est donc une source d’emplois, répartis entre des postes qui requièrent un certain niveau de qualification et des activités saisonnières ou ponctuelles pour de la main-d’œuvre non qualifiée » a précisé, lors de l’inauguration de la manifestation, le président de la fédération wallonne horticole (Fwh), Serge Fallon.

85 % des saisonniers sont engagés pour la récolte des légumes ou la cueillette des fruits. Des travaux pour lesquels les producteurs recherchent des personnes « motivées et fiables, qui n’ont pas peur de travailler dans des conditions parfois difficiles, dehors au froid ou sous tunnels en pleine chaleur, tout en maintenant un bon rythme et en manipulant soigneusement les produits pour ne pas les abîmer » a développé M. Fallon.

Sans compter qu’il a également fallu composer avec la crise sanitaire. Mais pas que. Les saisonniers résidant en Belgique sont devenus une denrée rare, poussant les producteurs à aller chercher des bras à l’Est de l’Europe. Une option devenue hasardeuse en raison du niveau de vie croissant dans ces pays rendant le déplacement pour venir travailler chez nous de moins en moins attractif.

À cela s’ajoutent les nouvelles règles administratives qui compliquent encore la situation, notamment l’obligation de devoir payer les salaires par virement sur un compte et non plus en liquide.

Le plein de fleurs pour les 150 ans du Cra-w

Organisé sur le site gembloutois du Bordia, cet événement majeur s’est inscrit dans le cadre des 150 du Cra-w dont les collections, a rappelé le ministre Willy Borsus, contiennent « plus de 1.535 introductions de variétés et sous-types de variétés anciennes de pommes, 1.333 de poires, 363 de prunes, 265 de cerises, 70 de pêches et 83 de raisins ».

La manifestation, le centre de recherche a voulu en ce jour la décliner autour de quelques substantifs illustrant ses travaux : efficacité, rentabilité conjugués au respect de l’environnement, sélection en vue d’une amélioration continue des productions, sauvegarde des variétés anciennes et conseil.

Hortifolies, c’est aussi l’occasion de croiser en un seul lieu  les principaux acteurs du secteur horticole wallon.
Hortifolies, c’est aussi l’occasion de croiser en un seul lieu les principaux acteurs du secteur horticole wallon. - M-F V.

Des actions qui doivent permettre aux citoyens et consommateurs de connaître et comprendre les réalités du secteur et au Cra-w « de communiquer sur les efforts réalisés par les producteurs pour rendre leurs pratiques plus durables » a indiqué son directeur Georges Sinnaeve.

Lequel a cité l’un de ses illustres prédécesseurs, Arthur Petermann, premier directeur de la Station Agricole de Gembloux qui avait écrit, en 1877, dans son rapport quinquennal, que « c’est dans ce jardin que nous avons construit une serre dans le but d’abriter des plantes soumises aux expériences physiologiques contre les influences météorologiques ».

Avec les épisodes de sécheresse et les inondations, on aurait pu dire qu’il était devin. C’est en tout cas la preuve que le secteur horticole faisait déjà partie des priorités de recherche « dès la création du Cra-w » a également soutenu M. Sinnaeve.

L’horticulture, cette branche colorée de l’agriculture

Chef du département des sciences du vivant, Marc Lateur a d’ailleurs évoqué quelques faits marquants qui ont jalonné les travaux du centre de recherche, précurseur mondial dans la mise au point de techniques de multiplication in vitro de variétés indemnes de virus de fraisiers, d’arbres fruitiers, porte-greffes dans les années 70 et 80.

Mais c’est aussi la création, dans les années 70, d’une série de huit nouvelles variétés de fraises, les travaux de sauvegarde et de valorisation, par Charles Populer, des anciennes variétés fruitières afin d’aller y découvrir des trésors de robustesse, de tolérance aux maladies, de qualités et de défauts.

L’horticulture, a-t-il, embrayé est « l’une des branches qui est à la fois une des plus vastes de l’agriculture et en même temps, qui est au plus proche des citoyens et des consommateurs » puisque l’on y retrouve « tous les fruits, les légumes, les fleurs, les plantes médicinales et aromatiques, l’art des jardins, des parcs, les arbustes, les pépinières, la viticulture, les sapins de Noël et même le houblon ».

L’horticulteur, champion de l’innovation

Dans toutes les cultures horticoles, l’homme s’ingénia à continuellement innover en produisant une immense diversité de cultivars, appelés communément « variétés », qui doivent constamment s’adapter aux évolutions actuelles et futures. « Nouvelles variétés qui deviennent un jour des anciennes variétés, puis progressivement sont oubliées et enfin, le plus souvent, sans l’action d’hommes et de femmes hors du commun, disparaissent » a déroulé M. Lateur avant d’aborder l’inévitable défi que nous oppose le climat.

« C’est encore l’horticulteur en tant qu’habile homme de la terre qui est le champion de l’innovation pour maîtriser le climat afin d’étaler les périodes de vente de ses cultures » a encore développé le chef du département des sciences du vivant en citant les cultures hâtives « forcées », de plein air et semis protégées, cultures retardées.

« Toutes les techniques sont bonnes : abris, couches, serres, lumière, substrats, irrigation, filets de protection, ombrage, fumure, chauffage et même, il fut une époque où on injectait du CO2 dans les serres pour en augmenter le rendement » a-t-il ponctué.

Marie-France Vienne

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