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Un belge sur deux accorde de l’importance aux circuits courts pour s’alimenter!

Dans le cadre de la Foire de Libramont, la banque CBC, par le biais de Bernard Kepenne et Caroline Devillers, respectivement chief economist et responsable du segment agri-business, s’est intéressée aux circuits courts comme moyen de lutte contre la volatilité des prix. L’occasion de dévoiler les résultats de son Observatoire « Les Belges et les circuits courts ».

Temps de lecture : 7 min

Alors que l’on parle déjà de 2017 comme une année record en termes de chaleur et d’absence de précipitations, les conséquences sur les cultures et sur les prix des matières premières agricoles se font déjà durement ressentir. « À l’heure actuelle, les perspectives d’évolution des prix des matières premières agricoles, qu’il s’agisse du blé, du sucre, de la viande ou du lait, sont interpellantes. L’agriculteur belge va devoir évoluer dans un environnement marqué par la fluctuation des prix des matières premières agricoles à cause des conditions climatiques, de la hausse de la production, de l’impact du change et des mesures protectionnistes. Une façon d’échapper en partie à cette tendance sur les prix et d’améliorer leur rentabilité est, pour les producteurs dont le business le permet, de recourir aux circuits courts. », estime Bernard Kepenne, chief economist de la CBC

La banque s’est donc penchée sur la perception et les attitudes des Belges face à ce mode de commercialisation de produits – qui rapproche producteurs et consommateurs par l’intervention d’un intermédiaire maximum – qui semble être ancré dans les comportements de consommation des Belges.

Éviter la confusion avec le bio

Mais avant d’en venir aux résultats de l’observatoire CBC, Bernard Kepenne a tenu à préciser ce que revête la définition desdits circuits afin d’éviter toute confusion, et notamment avec le bio. Selon lui, la définition n’inclut pas de notion de distance. Il est donc possible qu’un producteur brésilien puisse être en circuit court avec un consommateur belge, s’ils sont en interaction directe. La notion implique par contre une proximité relationnelle entre les deux intervenants, même si dans ce cas, elle peut être toute relative.

L’économiste : « La définition des circuits courts ne fait pas mention du bio. Si les deux notions peuvent évidemment être très complémentaires, elles ne sont pas forcément liées. »

Pour Bernard Kepenne, les circuits courts représentent clairement un moyen de lutte contre la volatilité des prix.
Pour Bernard Kepenne, les circuits courts représentent clairement un moyen de lutte contre la volatilité des prix. - P-Y L.

Un large éventail de possibilités

Les circuits courts revêtent un large éventail de possibilités en termes de canaux de vente : à la ferme (magasin et distributeurs de produits…), en dehors (les paniers, les marchés, les tournées, vente par correspondance…), et les initiatives qui ne sont pas directement en lien avec la ferme (restauration collective, groupements d’achats, commerces…). Une telle diversité peut représenter bien des contraintes. « La première ? Les normes sanitaires à respecter, surtout pour les produits transformés, sont un élément relativement lourd. Par ailleurs, il faut avoir du temps à consacrer à la clientèle, il faut créer la structure et bien souvent investir lourdement. »

Toutefois, M. Kepenne voit positivement le contact direct avec le consommateur et surtout la rentabilité plus importante pour l’agriculteur. C’est aussi une façon de valoriser la main-d’œuvre familiale et de promouvoir les produits de façon directe.

Le circuit court est donc une opportunité pour les producteurs qui ont la possibilité d’utiliser plusieurs types de circuits courts afin d’optimiser les échanges. Mais travailler en circuits courts ne signifie pas se couper des circuits longs. « Il faut pouvoir les faire coopérer afin d’optimiser la satisfaction des consommateurs et des producteurs. Ils sont également l’occasion pour les producteurs de répondre à des préoccupations économiques, écologiques et sociales. Dans les faits, il y a encore du travail, et c’est peut-être la bonne nouvelle », estime l’économiste.

Pour étayer son propos il se base sur le dernier recensement agricole (mai 2013) : « Si la tendance a dû s’accentuer depuis, les circuits courts étaient alors faiblement représentés en Belgique. Pour les deux Régions, la vente à la ferme ne représentait que 8 à 10 % des ventes. »

En ce qui concerne les provinces, celle du Hainaut est peut-être davantage dans une logique de circuits courts. Par contre, on ne voit pas de différences significatives entre les autres provinces.

Il prend ensuite le cas de la France : en 2010, la part vendue en circuit court atteint les 45 % pour les légumes, les 30 % pour la production de fruits, les 10 % pour la viande et une autre dizaine de pourcents pour la volaille. « Il y a donc clairement une demande pour ce type de circuits quand on voit ce qui se fait en France. » Et de se demander ce qui pourrait se faire en Belgique.

Minimiser les intermédiaires et les distances parcourues

Depuis quelques années, la vente de produits alimentaires en circuits courts a le vent en poupe. En effet, si l’on en croit l’étude réalisée en juin 2017 (sur demande de la CBC) par le bureau d’étude Ipsos auprès d’un échantillon de 2003 Belges, plus d’1 personne sur 2 (54 %) y accorde de l’importance dans le choix de son alimentation. « Quelque 4 % assurent que ce mode leur est essentiel. C’est donc un signal positif pour le secteur, d’autant que chez les 18-24 ans, 16 % de ce panel ne consomment uniquement qu’en circuits courts », estime Caroline Devillers, responsable du segment agri-business chez CBC.

La tendance est donc à un engouement plus important des consommateurs souhaitant acheter des produits de qualité fabriqués et vendus près de chez eux. Selon l’étude, les marchés (65 %) arrivent en haut du classement des endroits où les Belges achètent le plus souvent leurs produits alimentaires, suivis par les fermes (38 %), les magasins de proximité (28 %) et les supermarchés (25 %). En ce qui concerne la distance parcourue pour leurs achats, la plupart des consommateurs opte pour la proximité, 63 % d’entre eux parcourant moins de 5 kilomètres. De plus, les trois quarts préfèrent acheter en un seul lieu les produits de différents producteurs.

«  Il apparaît très clairement que c’est au producteur d’aller directement à la rencontre des consommateurs, et non l’inverse. Face aux habitudes de consommation des Belges, nous ne pouvons qu’encourager les producteurs, qui le peuvent, à intensifier leur présence sur les marchés locaux tout en n’hésitant pas à prendre contact avec la grande distribution du coin pour collaborer », poursuit-elle.

Les produits les plus recherchés par les consommateurs belges en circuits courts sont les légumes (84 %) et les fruits (83 %). Ils n’en délaissent pas pour autant les autres produits comme les pommes de terre (47 %), les produits laitiers (41 %), les œufs (38 %), la viande (30 %)… Notons toutefois que le fromage et le pain font l’objet d’une forte demande en circuits courts.

Pour Caroline Devillers, il est capital pour le producteur d’aller vers le consommateur pour répondre au mieux à ses besoins.
Pour Caroline Devillers, il est capital pour le producteur d’aller vers le consommateur pour répondre au mieux à ses besoins. - P-Y L.

Prendre soin de soi, au juste prix

L’envie de prendre soin de soi et de sa santé semble être la raison principale qui pousse les Belges à consommer en circuits courts (45 %), suivie par le respect de l’environnement (31 %) et la solidarité avec les producteurs (12 %). Les Belges consommant en circuits courts placent par ailleurs le prix (65 %) en tête des critères pouvant les inciter à acheter davantage via ces filières. « Notre enquête indique qu’il n’y a pas de profil type de consommateurs en circuits courts. Cette façon de s’alimenter parle à toutes les générations et toutes les classes sociales. C’est d’ailleurs ce qui en fait sa force et une belle opportunité pour les producteurs », ajoute Mme Devillers.

5 recommandations aux producteurs

« Confortés par l’appétit des Belges pour une consommation en circuits courts dont témoigne notre étude, nous encourageons les producteurs belges à commencer ou à intensifier leurs ventes via ce biais, dans la mesure de leurs possibilités. Les agriculteurs peuvent être fiers de leurs produits et doivent le faire savoir. Tout comme il paraît essentiel d’unir leurs forces pour atteindre une taille critique et mieux valoriser leurs produits », conclut Caroline Devillers.

Concrètement, la CBC propose 5 recommandations aux producteurs belges pour une bonne utilisation des circuits courts si le business de chacun s’y prête :

– développez vos ventes en circuits courts ;

– allez à la rencontre des consommateurs ;

– privilégiez les marchés locaux mais ne boudez pas pour autant la grande distribution et les magasins de proximité, il y a un débouché à aller chercher.

– unissez vos forces pour atteindre les tailles critiques afin de pouvoir faire face à la demande des consommateurs, mais aussi pour mieux valoriser ses produits ;

– soyez fiers de vos produits, valorisez-les et capitalisez sur les aspects santé, environnement, solidarité, auxquels le consommateur est sensible.

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