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Pour chaque type de biomasse obtenu, une valorisation est possible

Entrepreneur forestier n’est peut-être pas tout à fait la dénomination appropriée pour qualifier la profession de Geert Robijns. En effet, celui-ci livre plutôt des solutions complètes pour tout ce qui a trait au bois et au domaine forestier…

Temps de lecture : 11 min

Pour expliquer son activité, Geert Robijns, habitant de Bierbeek, près de Louvain, préfère évoquer son objectif : fournir un travail de qualité et trouver la meilleure solution pour les diverses matières obtenues. Il serait par exemple regrettable qu’un beau fût soit transformé en copeaux.

Le Sillon Belge : Depuis avez-vous démarré votre activité ?

Geert Robijns  : Après ma scolarité, j’ai commencé ma carrière professionnelle dans les aménagements de jardin mais ce n’était pas tout à fait ce que je voulais. Je suis fils de fermier, j’ai la passion des tracteurs, des grosses machines, des travaux qui demandent beaucoup de puissance… Je me suis donc ensuite orienté vers les activités de terrassement avec un tracteur et un dumper. Mais c’est un domaine que j’ai quasiment abandonné par après au profit du forestier. Un jour de pluie, je suis tombé sur l’annonce d’un broyeur forestier. C’était une occasion, et même s’il m’a coûté beaucoup de sueur et de réparations, c’est vraiment là que mon activité d’aujourd’hui a démarré.

Le terrassement fut l’une des premières activités de Geert Robijns, elle est à présent dévolue à une entreprise amie.
Le terrassement fut l’une des premières activités de Geert Robijns, elle est à présent dévolue à une entreprise amie.

Déchiqueter et broyer les déchets verts, j’y voyais une possibilité de gagner ma vie. De plus, j’arrivais au bon moment sur ce marché. Aujourd’hui, c’est différent, il y a beaucoup de concurrence dans le domaine. Néanmoins, mon expérience, la capacité de faire un travail de qualité, la possibilité d’offrir une solution complète à la clientèle… tout cela me permet d’aller de l’avant.

Au début, je travaillais en sous-traitance pour les entreprises de terrassement. Elles faisaient d’énormes tas de branchages, d’arbres et de racines, et je réduisais tout cela avec mon broyeur. Ensuite, j’ai commencé à structurer mon travail en réfléchissant à la façon de valoriser au mieux ce qui allait rester de toute cette végétation.

SB : Quelle est votre clientèle et quel est votre rayon d’action ?

G.R.: Il s’agit tout d’abord des entreprises de travaux, des entreprises de terrassement, mais aussi des autorités publiques et des privés. Des autorités communales et des parcs à conteneurs nous demandent aussi de venir sur place pour déchiqueter les déchets verts. Nous travaillons aussi pour une scierie, pour qui nous assurons l’exploitation de bois.

Le rayon d’action est assez grand. Il dépend surtout du donneur d’ordres. Il y a des entreprises qui travaillent bien loin de leur siège central. Nous avons tout intérêt à leur être fidèles. Elles savent qu’elles peuvent compter sur un véritable partenariat. Sur le plan géographique, on peut aller de Tournai à Tongres en passant par le port d’Anvers.

Dans notre métier, la clientèle se fait par le bouche-à-oreille. Grâce à la scierie, par exemple, nous nous sommes rendus dans pas mal d’endroits et c’est ainsi que nous avons eu des contacts avec des administrations publiques. Des adjudications publiques ont suivi. Évidemment, pour remporter une adjudication publique, il faut passer du temps au bureau. C’est pour cela que je sélectionne les travaux qui m’intéressent. Nous disposons à présent d’un grand parc de machines, nous avons donc des facilités pour remporter des marchés. Cet été, nous travaillons à un déboisement pour le compte d’une société néerlandaise qui construit une conduite de gaz dans les environs d’Overijse. On vient aussi de terminer le dégagement, puis l’ensemencement du complexe de sorties du centre hospitalier de Louvain.

SB : Comment peut-on valoriser les produits issus d’un déchiquetage, d’un hachage ou d’un broyage ?

G.R.: C’est la force de notre entreprise, nous cherchons une valorisation appropriée pour chaque produit. Nous essayons, autant que possible, d’éviter la « mise en décharge ». Tout d’abord, j’ai un accord avec une centrale énergétique pour laquelle nous assurons hebdomadairement une livraison de 100 à 200 tonnes de biomasse. Environ 80 % du matériel haché prend cette direction. Le reste est destiné à l’aménagement de jardins et à des projets « nature ».

On a aussi des clients occasionnels. L’année dernière, avec toute cette pluie au printemps, les organisateurs du festival Rock Werchter ont sollicité notre aide. Les terrains et les parkings étaient difficilement accessibles. Nous avons pu les aider en couvrant les terrains avec des plaquettes.

« Je structure mon travail en valorisant au mieux la biomasse obtenue. »

Les troncs d’arbres sont également valorisés à part. Les bois blancs, qui sont déchiquetés, peuvent servir dans les laveurs d’air et pour les couvertures de sol. Nous réduisons aussi les bois de taille, ils sont généralement destinés au compostage.

Enfin, nous laissons de côté les bois issus de démolitions. Leur valorisation exige des équipements spéciaux et des machines spécifiques, ce que nous n’avons pas. C’est un domaine où seules quelques entreprises interviennent.

SB : Une telle activité ne se conçoit pas sans personnel…

G.R.: J’ai deux collaborateurs de bonne volonté. Ces hommes sont capables de mettre la main à tout et peuvent travailler en toute autonomie. Ils manient la tronçonneuse, ils chargent les broyeurs et hacheuses avec la grue, ils conduisent les tracteurs et les camions. Il est bien rare qu’ils effectuent le même travail durant trois jours. Chacun fait de son mieux du matin au soir, et pour la fin du mois, on espère avoir gagné sa vie.

Une chose importante, je suis le patron, et je suis presque toujours sur le chantier : de la mise en route du chantier jusqu’à son exécution et son suivi, je suis avec eux. Évidemment, il arrive que je débute un chantier, et qu’après quelques heures, je les laisse poursuivre le travail, car j’ai des rendez-vous ou du travail de bureau. Mais globalement, je sais comment le chantier se déroule. C’est très important quand on s’occupe de faire de la qualité. Et s’il reste encore quelque part un endroit qui doit encore être nettoyé, je n’hésite pas à le signaler à mes hommes.

«Mes employés sont polyvalents. Il est rare qu’il effectue le même travail plus de quelques jours de suite.»

Mon entreprise est également reconnue en tant qu’entreprise forestière, ceci implique le suivi de cours par le personnel et le responsable en vue d’effectuer des travaux dans les domaines forestiers publics.

Il arrive aussi que je sous-traite du travail. Le transport de la biomasse se fait à 90 % en sous-traitance par des firmes de transport spécialisées. Il est également fréquent que je loue un tracteur et son chauffeur auprès d’amis entrepreneurs.

Des relations de confiance à long terme avec les autres entreprises, les sous-traitants, les ouvriers... sont essentielles à la réalisation d’un travail de qualité.
Des relations de confiance à long terme avec les autres entreprises, les sous-traitants, les ouvriers... sont essentielles à la réalisation d’un travail de qualité.

Les machines

SB : Au vu du travail accompli et comme vous le précisiez, votre parc de machines est très important.

G.R.: J’ai un broyeur de branches sur le relevage trois points d’un tracteur. Cet ensemble est nettement plus maniable sur le terrain. Et j’ai également un avantage logistique pour les déplacements sur les chemins par rapport à un engin sur chenilles.

À côté de cela, j’ai un broyeur automoteur sur chenilles et un deuxième gros broyeur à plaquettes pour transformer des troncs en plaquettes. Il est important de faire la distinction entre ces machines. Le broyeur à plaquettes hache des branches et des troncs, sans présence de terre ou d’objets étrangers. Il les réduit en plaquettes qui, par la suite, sont brûlées assez facilement, même dans des petites installations. Le broyeur forestier moud, déchiquette et peut transformer toutes sortes de matières, contenant même de la terre et autres objets étrangers au bois (pierres, etc.). Ce type de broyeur exige une énorme puissance, le moteur développe 700 ch, il peut réduire les racines de grands arbres. Depuis quelques années, nous disposons d’une sorte de ciseaux sur la grue à chenilles. De cette façon, le broyeur est moins sollicité et on diminue nettement la proportion de terre qui entre fatalement dans le broyeur.

Pour transporter tout cela, je dispose d’un camion avec une remorque surbaissée et d’un camion porte-conteneurs et semi-remorque. Je possède trois tracteurs, d’une puissance de 165, 200 et 270 ch. Deux excavatrices et un tamis à étoiles complètent la liste du gros matériel. Dans le hangar, on trouve des machines agricoles, mais également un dumper, une faucheuse pour accotements, un treuil forestier et une fraise.

SB : Sur quels critères achetez-vous ou louez-vous du matériel ?

G.R.: Je loue assez rarement du matériel. Le cas le plus fréquent concerne la location d’un élévateur à nacelle car il s’agit de demandes très spécifiques. Pour un tel travail, on a besoin d’une nacelle montant à 10 m ; pour un autre, il en faut un exemplaire montant à 25 m. Le prix de location est différent. En louant ces machines, on ne doit pas non plus se soucier de l’obligation d’inspection de sécurité, qui a lieu tous les trois mois.

Pour l’instant, j’ai en leasing un tracteur et une excavatrice. L’inconvénient du leasing, c’est l’obligation d’une très forte prime d’assurance tous risques en lien avec le danger d’incendie.

Quand j’achète une machine, je donne la préférence aux sociétés familiales, mais je fais surtout attention au service. Nous sommes pendant de nombreuses heures sur route ou sur chantier et, lorsque le concessionnaire répond au téléphone en dehors des heures de bureau ou même pendant le week-end, c’est un avantage certain.

J’utilise mon matériel le plus longtemps possible mais sans l’user complètement. Le nombre d’heures de travail n’a pas tellement d’importance à mon point de vue ; ce qui m’intéresse le plus, c’est l’état de la machine.

Quand j’achète une machine, je regarde toujours à ses prestations. Elle doit assurer de la productivité et offrir un environnement de travail agréable. Je ne regarde pas au dernier euro lors de l’achat, mais plutôt à ce que la machine peut offrir. Par exemple, pour la facilité de travail, le broyeur à plaquettes et le gros broyeur sont commandés à distance. Le chauffeur qui est sur la grue peut les commander.

Un autre exemple, la machine d’abattage qui est sur notre grue à chenilles n’est pas une simple pince + scie, mais un « forest cutter », parce que cette machine correspond beaucoup mieux à nos exigences d’efficacité dans les grands chantiers.

SB : Travailler en forêt, c’est travailler en fonction des saisons ?

G.R.: Il y a en effet un temps de repos en Belgique, du 1er avril au 30 juin. On le sait, et on en tient compte pour planifier d’autres travaux. On ne peut pas abattre d’arbres dans la majorité des bois durant cette période, pour une question de protection de la nature. C’est le moment de la nidification.

En outre, nous dépendons aussi des conditions climatiques. Des fortes pluies, et l’accès à certains terrains devient difficile à très difficile. Selon le donneur d’ordres, il peut même y avoir des amendes en cas d’orniérage, par cm d’orniérage et en fonction de la longueur des ornières. Une somme qui peut monter assez vite. Finalement, c’est le travail en temps de gel qui est le plus adapté au travail en forêt. S’il fait trop humide pour aller au bois, il est possible d’aller travailler dans les parcs à conteneurs. Là, le sol est dur.

Le futur

SB : Comment voyez-vous l’évolution de votre activité ?

G.R.: Il y a une dizaine années, notre secteur a connu un véritable « boom » avec la promotion de la biomasse. De nombreux acteurs se sont lancés sur ce marché mais ils n’ont pas tous réussi. Il y a 5 ans, c’était un vrai défi que de trouver le matériel suffisant en fonction du débouché. Aujourd’hui, c’est un véritable souci de trouver un marché pour le matériel qui s’est libéré.

Quelques grands projets de centrales à biomasse ont capoté, la biomasse commence à avoir une image négative auprès de l’opinion publique. C’est dommage, et le secteur ne le mérite pas. En effet, nous devons souvent abattre des arbres et nettoyer des espaces boisés pour faire place à des travaux d’infrastructure (aménagement de routes, etc). Le bois dégagé doit être broyé. Au lieu de le laisser sur place, on peut tout aussi bien l’employer comme biomasse. Ainsi, rien n’est perdu, au contraire, on lui donne une deuxième vie.

Dans son activité, Geert Robijns combine sa passion pour la technique et sa T.D et J.F volonté de valorisation optimale de la biomasse obtenue.
Dans son activité, Geert Robijns combine sa passion pour la technique et sa T.D et J.F volonté de valorisation optimale de la biomasse obtenue.

Je trouve dommage que quelques grandes centrales de valorisation de la biomasse le fassent majoritairement au moyen de bois importés. C’est elles qui sont responsables des images négatives véhiculées auprès du public. C’est pourquoi je suis en faveur de centrales de biomasse locales, de petite dimension. Cela ne me pose aucun problème de conscience de réduire en plaquettes le bois de taille dans un parc à conteneur ou de le broyer en vue d’un compostage. Ou encore réduire en plaquettes des branches ou des arbres afin d’alimenter une centrale d’énergie pour chauffer des bâtiments publics ou autres. Il existe aussi des fermiers qui réchauffent leurs bâtiments et leur maison à l’aide de plaquettes. J’essaie d’avoir une large plage de débouchés, ne pas trop miser sur un seul débouché. J’agis comme un fermier qui a plusieurs cultures dans son assolement.

SB : Le secteur de la biomasse a-t-il des difficultés en matière de rentabilité ?

G.R.: Selon moi, la rentabilité de notre activité est comparable à celle de l’agriculture. Le prix est déterminé par un autre, et quand le chantier paraît facile, tout le monde s’y intéresse. Un agriculteur reste sur son champ, mais dans le domaine forestier, on se bat pour chaque arbre.

SB : Comment voyez-vous votre avenir ?

G.R.: J’ai 35 ans, et j’ai encore 30 années de travail devant moi. Je continue à investir dans mon activité. Je m’intéresse à des projets à long terme, avec des partenariats solides, à des petites réalisations en matière de biomasse, mais surtout à travailler de façon correcte, en valorisant au mieux.

T.D et J.F

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