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En cas de diarrhée du jeune porcelet, aucune circonstance n’est à négliger!

En porcherie, des cas de diarrhée touchant les tout jeunes porcelets surviennent encore souvent en maternité. Le problème n’est pas nouveau. Ce qui a changé, c’est l’approche que l’on peut en avoir : les moyens de diagnostic ont évolué et les options de traitement aussi. Si des bactéries comme E. coli peuvent expliquer la majorité des cas, il ne faut pas oublier qu’un parasite et des virus peuvent aussi jouer un rôle. Des facteurs favorisants peuvent influencer l’apparition d’un cas ou son intensité. Pour n’en oublier aucun, l’approche « Alarme » nous aide à faire le tour de la question.

Temps de lecture : 9 min

On pourrait se dire « À quoi bon s’intéresser encore aux diarrhées néonatales du porcelet » ? Tout simplement parce que des cas surviennent encore fréquemment de nos jours en maternité et que leur impact économique est lourd, que ce soit en termes de pertes associées aux mortalités, à la baisse du poids moyen des porcelets sevrés mais aussi aux retards de croissance qui marqueront les survivants par la suite, entre le sevrage et la vente. Sans compter le coût des traitements.

À cela, vient s’ajouter le stress vécu par l’éleveur. Qui n’a pas déjà anticipé le prochain cas de diarrhée en entrant dans la maternité ? Quand les épisodes se répètent d’une bande à l’autre ou d’une portée à l’autre, on se met à redouter le prochain.

Des remèdes existent

Bien sûr, des traitements existent et si un premier cas survient dans une portée, vous avez peut-être le réflexe de recourir aux antibiotiques. Est-ce bien justifié ? Est-il possible de les éviter ? Sinon, lequel est le plus adéquat ? Qui dit diarrhée, dit perte de liquides ! Avez-vous prévu de donner un coup de pouce à la truie pour assurer l’hydratation des porcelets ? Chez le porcelet, contrairement au veau, distribuer un réhydratant peut s’avérer compliqué. Pas question de donner le biberon : on gavera parfois les porcelets individuellement mais le plus souvent, on distribuera 2 à 3 fois par jour un réhydratant dans un récipient posé à même le sol. Encore faudra-t-il que les porcelets le consomment, qu’ils ne le souillent de matières fécales et qu’ils ne s’y baignent pas.

Pour améliorer l’immunité des truies de manière à ce qu’elles distribuent un colostrum riche en anticorps à leurs porcelets, il peut être recommandé de vacciner. Dans ce cas, quel vaccin choisir ? Un vaccin n’est pas l’autre : parmi les vaccins disponibles sur le marché, certains protègent contre la colibacillose du nouveau-né, d’autres permettent de prévenir les pertes associées à Clostridium perfringens de type C. Il est donc important de définir le plus exactement possible ce dont souffrent les porcelets pour pouvoir faire le bon choix.

Une approche complète du problème

Quand un cas de diarrhée survient, on a le réflexe de penser « agent pathogène » voire directement « colibacilles ». Cela a du sens. Il est cependant important de prendre en considération les circonstances qui ont pu jouer un rôle déterminant. Pour ce faire, l’approche ALARME, chère au Professeur Guy-Pierre Martineau, permet de faire le tour de la question sans rien oublier.

Avec un A pour l’Animal, un L pour le Logement, un autre A pour l’Alimentation et l’Abreuvement, un R pour la « Régie  » (un terme un peu québécois pour dire « Conduite ou gestion de l’élevage »), un M pour le microbisme et un E pour l’Eleveur, qui joue un rôle bien entendu essentiel dans son exploitation.

Animal

Les truies dont les portées sont atteintes de diarrhée se retrouvent-elles à travers toutes les classes d’âges (et donc toutes les parités) ou sont-elles surtout de parité 1 ou 2 ? Dans le premier cas, il peut s’agir d’un nouvel agent pathogène, introduit tout récemment dans le troupeau : quasi aucune truie n’a eu le temps de préparer une riposte. Il peut aussi s’agir d’un agent qui n’induit pas chez la mère une immunité qu’elle peut efficacement transmettre à ses porcelets. Cystoisospora suis, un parasite, peut ainsi atteindre les portées de truies de toutes parités. Si les porcelets atteints sont quasi tous nés de jeunes truies, il y a un signal : leur immunité n’est pas optimale et l’acclimatation des cochettes doit être revue et corrigée.

L’état des truies à l’entrée en maternité joue aussi un rôle. Pour pouvoir donner du colostrum puis du lait en quantité et en qualité, les truies doivent être dans un bon état d’embonpoint : ni trop maigres, ni trop grasses.

Des truies en bon état d'embonpoint à l'entrée en maternité, c'est un bon début pour  prévenir les cas de diarrhée.
Des truies en bon état d'embonpoint à l'entrée en maternité, c'est un bon début pour prévenir les cas de diarrhée. - Laitat, 2018

Et les porcelets, sont-ils assez vigoureux et costauds à la naissance pour aller téter vite et bien ? Dans les portées des lignées hyperprolifiques, il est temps d’avoir un poids suffisant et assez d’énergie pour rapidement retirer l’indispensable colostrum. Une truie en produit en moyenne 3,6 kg et chaque porcelet devrait en consommer 220 g (par petites prises successives de 15 à 30 ml), idéalement endéans les 6 heures et assurément endéans les 10-12 heures suivant le début de la mise bas.

Logement

Quand les porcelets ont froid, ils passent plus de temps près de leur mère et risquent davantage d’être écrasés. Les risquent d’hypothermie sont grands : les porcelets sont moins actifs et leur chance d’avoir accès à une tétine diminue… Il est nécessaire de garantir un confort thermique aux porcelets, tout en veillant à celui des truies. Si elles ont trop chaud (au-delà de 25ºC), elles consommeront moins d’aliment et leurs performances diminueront. Concrètement, en bâtiment, cela consiste à amener la température ambiante à 22ºC (entre 20 et 24ºC) et à prévoir un nid où la température atteindra 28 à 34ºC. Une lampe à infrarouge, un tapis chauffant feront l’affaire.

Pour minimiser les risques de transmission des agents pathogènes d’une bande de truies vers la suivante, il faut nettoyer et désinfecter rigoureusement chaque compartiment. Cela fait baisser la pression d’infection.

Alimentation et abreuvement

L’alimentation de la truie en maternité doit tout d’abord leur permettre de démarrer l’allaitement sans passer par une phase de constipation. Pour que tout se passe bien, la ration distribuée quelques jours avant et juste après le part doit contenir suffisamment de fibres et être appétante.

Ensuite, l’aliment doit être riche assez pour répondre aux besoins spécifiques de la truie allaitante.

Enfin, la quantité distribuée doit augmenter progressivement, de 500 g en 500 g, sans gaver l’animal. L’idéal, c’est de pouvoir fractionner la ration en 2 voire 3 repas par jour.

Les portées des truies hyperprolifiques nécessitent une attention particulière au moment de la prise du colostrum.
Les portées des truies hyperprolifiques nécessitent une attention particulière au moment de la prise du colostrum. - Laitat, 2018

L’eau de boisson doit être potable et distribuée à volonté : c’est indispensable si l’on veut que la truie produise du lait. On estime qu’une truie allaitante consomme de l’ordre de 20 à 35 litres d’eau par jour. Le débit des abreuvoirs des truies en maternité devrait être de 1,5 litre par minute s’il s’agit d’une sucette et de 3 litres s’il s’agit d’un bol ou d’un bouton-poussoir. Aux moments de grande affluence, c’est-à-dire pendant les repas, toutes les truies doivent pouvoir boire en même temps… sans toutefois être éclaboussées en raison d’une pression trop élevée !

Régie

La conduite de l’élevage devrait s’organiser en bandes : c’est ce qu’il y a de mieux pour organiser le travail et améliorer la santé du troupeau. En tenant compte du nombre de truies que la maternité peut héberger et du nombre de compartiments que compte celle-ci, on peut définir la conduite en bandes qui convient le mieux pour une exploitation donnée.

À l’heure actuelle, on a tendance à privilégier la conduite à intervalle de 4 semaines (avec 5 bandes de truies) ou de 5 semaines (avec 4 bandes de truies). Il est aussi possible de conduire un troupeau de truies à intervalle de 7 semaines : dans ce cas, il y aura seulement 3 bandes.

En pratique, pour y arriver, il faut sevrer le même jour un groupe de truies et avoir synchronisé au préalable les chaleurs des cochettes que l’on veut intégrer dans la bande.

Un cas de diarrhée en maternité.
Un cas de diarrhée en maternité. - Laitat, 2018

Pour synchroniser les chaleurs des cochettes, on peut utiliser l’altrenogest. Cinq à six jours après le sevrage des truies ou l’arrêt du traitement des cochettes, on insémine toute la bande en vue d’obtenir, 114 à 115 jours plus tard, des mises bas regroupées. En pratiquant de la même manière pour les bandes de truies suivantes, on organise désormais le travail et le rythme des interventions.

Du point de vue de la gestion de la diarrhée néonatale du porcelet, l’avantage majeur d’une conduite en bandes stricte, c’est de pouvoir vider complètement la maternité au moment du sevrage, de bien la nettoyer puis la désinfecter. Laisser un vide sanitaire de quelques jours et repeupler la salle à nouveau avec la bande suivante. En termes d’hygiène, c’est idéal.

Microbisme

Les germes responsables de diarrhée en maternité sont des bactéries, des virus et un parasite. Les souches d’E. coli hémolytique entérotoxinogène causant la diarrhée en maternité sont de différents types : F4 (K88), F5 (K99), F6 (987P), F18 et F41.

L’examen bactériologique du contenu de l’intestin grêle de porcelets autopsiés est le meilleur moyen de parvenir à définir la souche qui s’en prend à vos porcelets.

Le plan B, c’est de prélever des matières fécales diarrhéiques « à la sortie », après avoir stimulé la défécation de quelques porcelets atteints.

Si des mortalités soudaines surviennent parmi les porcelets âgés de 1 à 10 jours, il faut aussi penser à Clostridium perfringens de type C. Pour en avoir le cœur net, l’autopsie de quelques porcelets s’impose. Avec cette bactérie, de la diarrhée peut aussi survenir et dans certains cas, elle est hémorragique.

Pour être complets, il faut aussi évoquer d’autres bactéries telles que Clostridium perfringens de type A, Clostridium difficile et des entérocoques…

Parmi les virus, on retrouve des rotavirus et, plus grave, des coronavirus, comme celui de la diarrhée épidémique porcine, qui a été responsable de hauts taux de mortalités en maternité en 2015 et en 2016, dans plusieurs porcheries belges du Nord du pays. Enfin, il ne faut pas oublier Cystoisospora suis, le parasite responsable de la coccidiose du porcelet. Il est associé à de la diarrhée et à des retards de croissance conduisant à un poids des porcelets plus léger de 300 à 500 g au moment du sevrage… un handicap pas simple à surmonter par la suite.

Éleveur

La détection rapide d’un cas de diarrhée par l’éleveur va conditionner la réussite du traitement des porcelets. À ce moment-là, il est essentiel de ne pas jouer le rôle de vecteur de la maladie : avec les bottes et les mains sales, on peut transporter les agents pathogènes et contaminer les porcelets naïfs !

Par la suite, la mise en place de mesures de prévention adéquates (acclimatation des cochettes, vaccination en temps et en heure, respect de la conduite en bandes…) est aussi entre les mains de l’éleveur. Bien conseillé(e), il/elle aura à décider des mesures qu’il/elle accepte de mettre en place.

Pour vous aider à faire le point sur un cas de diarrhée touchant vos porcelets en maternité, votre vétérinaire est la personne ressource. Si, ensemble, vous le souhaitez, nous pouvons vous aider à poser le diagnostic et à trouver des solutions pour prévenir la survenue de nouveaux cas. Vous trouverez les informations utiles en encadré.

Stéphanie Dalle, Martine Laitat

Clinique porcine – Université de Liège

Frédéric Smeets

Arsia

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