La «Student Run Farm»: intégrer les étudiants vétérinaires en tant que gestionnaires d’élevage à la Ferme pédagogique et expérimentale de Liège

Les étudiants prennent une part active dans le suivi de reproduction des troupeaux  et sont concertés pour les décisions de mise à la reproduction et de réforme.
Les étudiants prennent une part active dans le suivi de reproduction des troupeaux et sont concertés pour les décisions de mise à la reproduction et de réforme.

L a Fepex (Ferme Pédagogique et Expérimentale), qui dépend de la Faculté de Médecine vétérinaire de Liège, se veut un outil pédagogique de premier plan dans le cursus vétérinaire. Le cheptel bovin se compose d’une cinquantaine de vaches laitières Pie-Noires Holstein traites avec un robot mobile, et d’une trentaine de mères Blanc-Bleu Belges. Avec la Fepex, la Faculté de Médecine Vétérinaire dispose d’un atout unique pour mieux préparer les étudiant(e)s à la prise en charge de problèmes complexes et multifactoriels associé à des conseils crédibles et raisonnables.

Le rôle de celle-ci a pris un nouvel essor depuis la rentrée 2018-2019, sous l’impulsion de Philippe Bossaert, professeur de Thériogénologie au département des productions animales et de Ludovic Martinelle, directeur de la Fepex. L’idée ? Encadrés par le personnel technique et enseignant, les étudiants sont amenés à être davantage impliqués non seulement dans les soins et les activités médicales, mais également dans les tâches plus techniques de gestion et de suivi de la production et de la reproduction, de distribution des rations, de l’hygiène et de la propreté des étables et du matériel.

En outre, et c’est là que réside l’originalité de la démarche, il leur est demandé non plus d’exécuter des consignes mais de proposer des options de gestion et de traitement sur base des données globales de la ferme expérimentale et compte tenu des contraintes matérielles et techniques qui sont propres à l’exploitation. Il s’agit de faire comprendre aux étudiants autant que possible la réalité d’une exploitation. Forts de cette expérience, les futurs vétérinaires seront en mesure de proposer conseils et accompagnement en connaissance de cause.

Une participation active aux travaux et à la gestion de la ferme

Dans le secteur agricole où la charge de travail reste particulièrement lourde et chronophage, toute modification de la routine de travail se heurte frontalement et rapidement aux exigences du terrain. Le vétérinaire, s’il veut se définir comme un interlocuteur et un conseiller crédible, doit avoir à l’esprit ce contexte pour pouvoir proposer des options réalistes, pertinentes en termes pratiques autant qu’économiques.

En effet, devenir vétérinaire reste encore souvent une vocation et les étudiants peuvent être tentés de justement laisser les critères économiques au second plan. Comme la profession évolue clairement dans le sens de la prévention, le vétérinaire de demain doit surtout savoir aider l’éleveur à prendre des décisions stratégiques. Le travail à la Fepex permet aux étudiants d’acquérir des ordres de grandeur pour les coûts alimentaires, le prix du bétail et du fourrage ainsi que les coûts de production.

Concrètement, ce sont à l’heure actuelle les étudiants de dernière année, ayant choisi l’option « animaux de production » qui sont les plus directement concernés. Au cours de leur rotation clinique, ils passent une semaine complète, du lundi matin au lundi suivant, dans les murs de la ferme expérimentale.

Été comme hiver, la journée commence au robot de traite, suivie par les soins aux veaux. Toute l’équipe – étudiants, ouvriers agricoles et encadrants vétérinaires – se réunit ensuite pour le briefing de la journée. Là, les étudiants discutent de leurs observations dans le troupeau, commentent les données du jour fournies par le robot, proposent leurs options de traitement et reviennent le cas échéant sur les difficultés de la veille ou du matin. Dans cet environnement encadré, toutes les questions sont encouragées. En face d’eux les étudiants peuvent compter sur l’équipe des ouvriers de la structure, toujours disposés à accompagner et conseiller. Les enseignants vétérinaires du département s’assurent quant à eux que les traitements mis en place s’inscrivent dans les enseignements dispensés et correspondent aux objectifs de l’«  Evidence Based Medicine  », la médecine factuelle c’est-à-dire basée sur les preuves scientifiques. Les étudiants vétérinaires proviennent aujourd’hui de tous les horizons et parfois il peut manquer à certains ce qui pourrait être considéré comme une « culture paysanne » de base. La «  Student Run Farm  » est également là pour combler ces lacunes.

Une implication encore appelée à s’élargir

À moyen terme l’objectif est d’inclure dans le projet les étudiants moins avancés dans le cursus et de favoriser ainsi l’échange d’informations entre étudiants d’années différentes. Par opposition aux cas reçus en clinique, les animaux vus à la Fepex sont soit des animaux en production et en bonne santé, soit des vaches qui présentent un problème de première ligne. Le projet «  Student Run Farm  » s’inscrit véritablement dans une démarche de responsabilisation des étudiants, en leur accordant une certaine autonomie essentielle pour bien développer leurs compétences. Le fait d’évoluer dans une véritable ferme aux objectifs de production qu’il convient clairement de rencontrer invite l’étudiant à réellement prendre la mesure des conséquences de ses propositions. Le but final est bien celui-ci : former de futurs vétérinaires responsables, compétents et bien conscients des réalités de l’élevage.