Le renouvellement des générations en agriculture est un enjeu de société!

S’installer en agriculture ou en viticulture est un enjeu de société et d’aménagement du territoire. Selon le Centre d’Economie Rural (CERFRANCE), d’ici à 2030, la filière agricole et viticole devrait assister à un phénomène de «multipolarité»: grandes surfaces,  avec faible coût de production et économie d’échelle, contractualisation, développement de marchés de niche,  commercialisation en circuit-court, pluriactivité… Aucun modèle, ni aucun profil n’est donc à rejeter.
S’installer en agriculture ou en viticulture est un enjeu de société et d’aménagement du territoire. Selon le Centre d’Economie Rural (CERFRANCE), d’ici à 2030, la filière agricole et viticole devrait assister à un phénomène de «multipolarité»: grandes surfaces, avec faible coût de production et économie d’échelle, contractualisation, développement de marchés de niche, commercialisation en circuit-court, pluriactivité… Aucun modèle, ni aucun profil n’est donc à rejeter. - bugarskipavle3 - stock.adobe.com

L a crise sanitaire de la Covid-19 a renforcé les enjeux liés à la souveraineté alimentaire et à l’accès à une alimentation saine, locale et de qualité. Le maintien d’une population agricole constitue donc un défi majeur.

Or, « depuis les années 60, la baisse du nombre d’agriculteurs est constante et contrairement aux idées reçues, la France n’est pas un cas isolé. L’Union européenne connaît en effet un fort changement structurel. Dans ces conditions, l’installation de jeunes agriculteurs européens est un véritable défi ! », précise Benoît Léchenault, Directeur d’Agrifrance. « En France, la situation est moins négative qu’il n’y paraît, car le foncier est souvent moins cher qu’à l’étranger et les productions sont extrêmement diversifiées.

Des solutions à l’installation de jeunes agriculteurs ou viticulteurs, existent. Le monde rural doit tout simplement évoluer et continuer de s’adapter. »

Les grandes tendances de l’étude au niveau européen

L’installation des jeunes en agriculture est une préoccupation qui ne date pas d’hier. À l’échelle européenne, le nombre d’agriculteurs a diminué de 2,5 à 3 % par an (10 millions d’agriculteurs), entre 2005 et 2016. Cette baisse devrait se poursuivre dans la quasi-totalité des pays européens.

Près de 70 % des agriculteurs européens ont plus de 40 ans. « C’est aussi le cas en France. Si on continue sur cette lancée, en 2025, on devrait compter juste un peu plus de 345.000 exploitations sur le territoire français contre un peu plus de 400.000 aujourd’hui. Cette diminution est commune à tous les pays d’Europe et est un réel défi au niveau mondial car, d’ici 2050, il faudra nourrir un peu plus de 9 milliards d’individus, avec une contrainte environnementale plus prégnante, en faisant mieux et plus. N’oublions pas non plus les enjeux d’aménagement du territoire et économiques liés à la disparition des exploitations. Elles façonnent le paysage et génèrent beaucoup d’emplois ».

La taille moyenne des exploitations agricoles européennes était de 16,6 ha en 2016. Cette superficie est en constante augmentation depuis et devrait continuer sur cette lancée puisque 1 agriculteur qui part à la retraite sur 3 n’est pas remplacé. Le système traditionnel basé sur la polyculture-élevage est progressivement remplacé par des systèmes de production hyper-spécialisés (monoproduction). Aujourd’hui, en Europe, plus de la moitié des exploitations agricoles produisent uniquement des céréales.

La France suit ses tendances, mais le foncier y est souvent plus important et moins cher qu’à l’étranger et les productions sont plus diversifiées que chez les voisins.

Des solutions pour s’adapter

« Néanmoins, je suis d’avis qu’il faut positiver et se dire qu’il existe des solutions. Je crois beaucoup en la faculté d’adaptation du milieu agricole », précise Benoît Léchenault.

Il continue : « Il faudra, à un moment ou un autre, sanctuariser le revenu des jeunes agriculteurs. On ne peut pas vouloir donner des perspectives aux jeunes et les inciter à s’installer sans leur garantir des revenus. Les matières premières ne sont pas classiques, la pandémie l’a montré. Aujourd’hui, il faut les motiver en instaurant une rémunération garantie du produit ».

Pour lui, la politique de soutien en faveur des jeunes doit être plus ambitieuse : « En Europe, on revoit nos ambitions à la baise alors qu’aux Pays-Bas ou en Chine, ils ont une logique de soutien plus ambitieuse ».

« On s’aperçoit aussi qu’il faut revoir le modèle. Il y a clairement une inadéquation entre l’offre des fermes à remettre et la demande. Ceux qui veulent s’installer sont davantage dans une démarche de valorisation du produit et ne sont pas dans la même optique que les cédants ».

Pour Benoît Léchenault, il est également important de simplifier les démarches et rassembler les points de contact des jeunes.

Sans surprise, il aborde également le problème du foncier : « Il faut déverrouiller l’accès au foncier à destination de la jeune population. On pourrait favoriser les jeunes via, par exemple, des investisseurs qui viendraient supporter le foncier de projets agricoles en donnant un bail aux jeunes agriculteurs ».

Enfin, « il faut accueillir et encourager tous les projets et tous les profils de candidats. Le monde rural ne doit pas se renfermer sur lui-même. Les non issus ont aussi de très bonnes idées, une expérience professionnelle intéressante et viennent parfois avec des financements extérieurs non négligeables. Nous en aurons besoin dans les années à venir ».

En bref, il faut réorienter les projets agricoles vers les jeunes.

Propos recueillis par D. Jaunard