Comment faire face à l’augmentation du prix de l’azote?

Comment faire face à l’augmentation du prix de l’azote?

L’azote est principalement un facteur de rendement et de croissance qui peut difficilement être mis de côté si l’on souhaite optimiser ses récoltes. La question est alors : comment assurer ses productions en 2022 et faire face à ces prix qui explosent ? L’azote fourni aux plantes provient de plusieurs sources. En comptant sur chacune d’entre elles, il est dès lors possible d’optimiser les apports azotés sous formes minérales.

La minéralisation

La première source d’azote à prendre en compte est celle fournie par le sol grâce à la minéralisation des matières organiques et de l’humus. Cette minéralisation est réalisée par les micro-organismes présents dans le sol. Les conditions de température et d’humidité ont donc une grande influence sur celle-ci. Un printemps chaud et humide fournira une grande quantité d’azote et à l’inverse, la minéralisation sera ralentie si le printemps est sec et froid. Bien que l’on ne puisse pas jouer sur la quantité de matière organique minéralisée, il est possible de connaître son potentiel grâce à des techniques analytiques d’incubation de sol. En grande culture et en prairie temporaire, il est également possible de réaliser des profils azotés qui donneront une indication sur la quantité d’azote toujours présente dans les horizons superficiels et disponibles pour les plantes. Un profil azoté coûte 83,00€ /échantillon tous frais compris. La maîtrise de l’acidité du sol est également essentielle car un pH du sol correct est important pour assurer une bonne minéralisation des matières organiques.

La présence de légumineuses

Une seconde source d’azote est la fixation par les légumineuses grâce à des bactéries présentes sur leurs racines. La présence de légumineuses en prairie peut en apporter une grande quantité chaque année. On considère que 100 à 300 unités d’azote pourront être fixées par hectare par an, ce qui peut être suffisant pour une prairie de fauche produisant 10 tMS/ha. Lors d’un essai mené par le Centre de Michamps chez un agriculteur (2011-2013), dans une prairie composée de légumineuses (75 % de RGA, 5 % de trèfle blanc et 20 % de trèfle violet) a montré qu’une fertilisation azotée réduite donnait des résultats équivalents à une fertilisation forte (Cf. tableau 1).

En culture de céréales, c’est plus délicat… Il est tout à fait possible d’implanter des mélanges céréales protéagineux de printemps. Ceux-ci ont l’avantage de fournir une partie de l’azote grâce aux légumineuses mais également d’assurer un certain apport en protéines pour la ration du bétail. Toutefois, cette pratique n’est valable que si la récolte est consommée sur l’exploitation. En effet, le commerce de grains mélangés n’est pas impossible mais difficile.

Les engrais de ferme

Privilégiez ensuite les engrais de ferme tels que les fumiers, les composts ou le lisier. Ces engrais apportent de l’azote ainsi que d’autres éléments comme du potassium et du phosphore et fournissent également de la matière organique. Cette matière organique est indispensable à une vie active du sol. Pour optimiser l’efficacité des engrais de ferme et plus particulièrement du lisier, la date d’application aura un rôle très important. Le coefficient réel d’utilisation de l’azote du lisier est croissant de décembre à mai (30 % en janvier, 50 % en février-mars, 70 % en mai). Ainsi, bien que les épandages de lisiers soient autorisés dès le 15 janvier en prairie (max 80 kg d’azote/ha), une application plus tardive aura une efficacité plus élevée. Une application aux alentours du 10 avril en Haute Ardenne est le meilleur compromis entre l’efficacité du lisier et la repousse printanière.

Si le stock d’engrais de ferme disponible n’est pas suffisant pour toutes les parcelles de l’exploitation, réservez-les aux terres qui ont des besoins (exportations) plus importants, notamment les cultures et les prairies de fauche. Une impasse peut être réalisée au printemps sur les prairies pâturées car elles bénéficieront des éléments fertilisants issus des déjections animales. En production de fourrage, il sera préférable d’apporter la fraction d’azote la plus importante au printemps car c’est à cette période que la quantité de matière sèche produite par hectare est la plus élevée.

L’utilisation de produits organiques comme les digestats de biométhanisation ou les boues de station d’épuration peuvent également être une source intéressante et bon marché d’azote.

L’azote minéral

Dans le cas où un engrais minéral devrait être utilisé en complément, celui-ci le sera sur les parcelles avec les besoins les plus importants. L’azote étant un élément lessivable et facilement perdu, il est plus judicieux de fractionner les apports et de les placer aux moments opportuns plutôt qu’en une seule dose importante. Lorsque de l’azote est apporté au sol, les plantes en présence doivent absolument être à un stade de croissance où les besoins en azote sont importants. Dans le cas par exemple où l’engrais azoté est épandu avant la reprise de la végétation, il ne pourra ni être assimilé par la végétation, ni être retenu dans les réserves du sol à cause de sa faible capacité de fixation. Ce cas parmi d’autres, entraînera une perte d’argent non négligeable ainsi que des conséquences sur l’environnement.

Les nouvelles implantations

Pour les nouvelles implantations de prairies et de culture, choisissez stratégiquement les parcelles. Par exemple, une céréale ou un maïs installé derrière une prairie fraîchement retournée bénéficiera d’un reliquat azoté très avantageux (pouvant aller jusqu’à 300 uN/ha/an). L’intégration de prairies temporaires avec légumineuses dans les rotations permet de produire du fourrage avec pas ou peu d’engrais azoté et aussi de diminuer la fertilisation azotée des cultures qui suivent. Pour l’installation d’une nouvelle prairie, pensez aux associations avec des trèfles ou une luzerne. Veillez cependant à ce que le pH et les teneurs en P et K soient corrects pour favoriser la bonne installation des légumineuses. La fertilisation azotée dans ces prairies peut alors être fortement réduite voire supprimée selon la proportion de légumineuses dans la parcelle. La légumineuse choisie devra être réfléchie selon la destination de la prairie. Un trèfle violet ou une luzerne conviendra mieux pour une prairie de fauche et un trèfle blanc sera plus adapté à un régime de pâturage ou mixte.

Nos conseils en prairie

En résumé, en prairie, il sera plus judicieux de réserver ses engrais de ferme pour les prairies de fauches et de laisser les prairies pâturées de côté. Les applications d’engrais se feront en plusieurs fractions, la plus importante étant au printemps (40-60 unités/ha). Si ces besoins d’azote ne peuvent être comblés par les engrais de ferme, les biodigestats ou les boues d’épuration peuvent être une solution si les coûts sont avantageux. La fertilisation minérale viendra en complément si ces apports organiques ne sont pas suffisants pour couvrir toute l’exploitation.

Nos conseils en culture

Selon les observations faites dans des parcelles sur le territoire du Parc Naturel Haute Sûre Forêt d’Anlier, une dose de 120 à 180 uN/ha en céréales d’hiver et 100-120 uN/ha pour les céréales de printemps peuvent être apportées en 2 fractions. Les engrais de ferme (composts et lisiers) peuvent être utilisés et devraient être privilégiés pour autant que les sols soient porteurs. La fertilisation minérale pourra dès lors être réduite entre 60 et 80 uN en céréales d’hiver et entre 30 et 50 uN en céréales de printemps. Un profil azoté au printemps permettra également de tenir compte de l’azote déjà présente et d’estimer la minéralisation en cours d’année. Les prairies temporaires dans les rotations permettent aussi d’économiser sur la fertilisation azotée des cultures qui suivent.

Louise Sevrin,

Sébastien Crémer,

Richard Lambert

asbl Centre de Michamps

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