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Rencontre avec Thierry Petit, garde forestier: «La chasse est nécessaire au maintien de l’équilibre des populations»

Thierry Petit, garde forestier sur les Chasses de la Couronne de Saint-Michel Freyr, nous parle avec passion de son métier : la chasse, le suivi des populations, la préservation de la faune et la flore, l’accueil du grand public… Autant de facettes qui gagnent à être connues et qui lui permettent de s’épanouir pleinement au quotidien.

Temps de lecture : 6 min

Cela fait plus de 20 ans que Thierry Petit est en charge du Triage de la Rouge Poncé, près de Tenneville : 835 ha d’arbres appartenant au massif forestier des Chasses de la Couronne de Saint-Michel Freyr s’étendant lui-même sur plus de 4.000 ha.

Hasard et opportunité

Ce poste de garde forestier, il l’occupe grâce aux chauves-souris. Quel rapport me direz-vous ?

Après ses études secondaires de garde forestier à Carlsbourg, Thierry hésite à entreprendre un graduat mais son intérêt pour les chauves-souris lui permet d’entrer en contact avec le responsable belge de la conservation des chauves-souris à l’Institut Royal des Sciences à Bruxelles où on lui propose une place de technicien de recherche. « Ça a été pour moi une chance inouïe, j’étais au bon endroit, au bon moment. Après 4,5 ans de bons et loyaux services et le passage d’un examen de recrutement, cela m’a mené à un poste de garde forestier. Début des années ‘90, j’ai alors la chance de m’installer dans la région dont je provenais et d’occuper une maison forestière à Tenneville. J’y vis encore aujourd’hui avec ma famille », explique-t-il.

Les Chasses de la Couronne

Thierry dépend du cantonnement de Nassogne. Le triage de la Rouge Poncée, dont il a la responsabilité fait partie d’un territoire particulier dit des Chasses de la Couronne. En effet, contrairement à la pratique générale, le droit de chasse n’y est pas lié à la propriété foncière et appartient à la Couronne (en vertu de l’article 13 de la Loi sur la chasse du 28 février 1882). Cependant, en 1982, le Roi Baudouin a décidé de démocratiser ce système afin que le peuple puisse en profiter. Il a ainsi confié l’exercice du droit de chasse à un Conseil de Gestion afin de développer, sur les territoires de Hertogenwald et Saint-Michel Freyr, une gestion exemplaire sur les plans cynégétique, scientifique et socio-pédagogique.

En juillet 1995, le Roi Albert a confirmé cette triple vocation en y impliquant plus explicitement l’Administration régionale, en l’occurrence la Direction générale de l’Agriculture et des Ressources naturelles et de l’Environnement (DGARNE) et, plus spécifiquement, le Département de la Nature et des Forêts (DNF) et le Département de l’Etude du Milieu naturel et agricole (DEMNA).

Aujourd’hui les personnes profitant des chasses sur ce territoire sont les lauréats les plus méritants du permis de chasse. « Chaque année, nous convions les chasseurs francophones et néerlandophones ayant le mieux réussi leur examen à des formations de chasses mais aussi de photographie animalière. Ce sont de beaux cadeaux car ce type de journée peut se révéler onéreuse. Le territoire accueille environ 30 personnes chaque année », dit le garde.

La chasse : une nécessité

À sa prise de fonction, Thierry n’était pas très à l’aise avec la chasse et la mise à mort de certains animaux mais il s’est vite rendu compte de sa nécessité. « On peut être pour ou contre certaines techniques de chasse, mais pas pour ou contre la chasse. C’est une obligation, elle fait partie d’un équilibre et est nécessaire à l’écosystème ». Il continue, « Si on veut continuer à produire du bois de qualité, à faire de l’agriculture et conserver une certaine biodiversité, il faut limiter les populations. Pas celles de la bécasse, de la perdrix ou du faisan qui ont des populations stables, mais bien celles du cerf, du chevreuil et du sanglier. Une autre solution serait d’insérer des prédateurs mais c’est incompatible avec l’humain du fait de la trop forte densité de population de nos régions. On peut aussi envisager le déplacement des animaux mais cela doit se faire dans des milieux cloisonnés artificiels. La chasse au grand gibier est donc nécessaire. Et pour cela, soit on paie des fonctionnaires qui ne font que ça et c’est assez coûteux, soit on passe par des gens qui paient pour le faire et sont tenus de respecter la réglementation ».

Nourrissages et déviances

Le garde forestier pointe aussi les déviances au niveau du nourrissage des animaux : « Il existe deux types de nourrissages, le supplétif et le dissuasif. Le premier consiste en un supplément donné aux cerfs en période hivernale pour qu’ils n’occasionnent pas de dégâts aux plantations Le second à pour objectif d’éviter que les sangliers n’endommagent les cultures agricoles. Mais, si cet apport de nourriture est trop important, les laies font encore plus de petits. Ce que prévoit la loi, c’est que les animaux restent en forêt pas que leur population augmente. Une limitation aurait dû être prévue à cet effet ».

On ne prélève pas comme on veut !

En fonction du gibier et du type de chasse (approche et affût, battue…), des dates précises d’activités doivent être respectées. « En règle générale, cela dure trois mois, d’octobre à décembre. Le prélèvement ne se fait pas au hasard. On fonctionne comme dans la nature, ce sont les plus jeunes et les plus vieux qui sont tués en premier. Il n’est pas recommandé de supprimer un cerf de 6-7 ans au summum de sa forme et qui donc se défend le mieux. Il y a également des quotas à respecter. L'année passée sur le territoire un quota de 65 cervidés devait être prélevé. Par contre, on essaie de prélever un maximum de sangliers ».

La population de cerfs croit naturellement de 33 à 35 % chaque année, il faut donc en prélever un pourcentage équivalent pour la garder stable. Afin de vérifier si la population reste en équilibre, des recensements sont réalisés avant la période de reproduction, au mois de mai. Les déplacements, l’habitat, l’espace vital et la composition des groupes de sangliers, chevreuils et cerfs sont également suivis de près. Pour ce faire certains animaux sont capturés régulièrement et équipés de boucles d’oreilles et collier GPS ou radio émetteur. « On a par exemple remarqué que le cerf pouvait avoir des déplacements importants. La nature a tout prévu puisque les jeunes sont programmés pour être, à un moment ou un autre, en tension avec leurs géniteurs ce qui les obligent à partir. Cela permet un brassage génétique et d’éviter de la consanguinité. On note aussi que les animaux peuvent avoir des comportements très différents les uns des autres et des taux d’occupation d’un territoire tout à fait différente. Ceci montre bien qu’une forêt ne se gère pas par territoire mais bien par massif forestier », explique Thierry Petit.

Une fonction aux tâches multiples

Les gardes forestiers sont armés d’un pistolet, d’une matraque et d’une bombe lacrymogène et peuvent notamment intervenir en ce qui concerne les lois sur la pêche, la chasse, le code forestier, l’aménagement du territoire, la protection de la nature ainsi que le décret incivilité.

Outre les activités ayant attrait à l’encadrement de la chasse et le suivi des animaux, Thierry s’attelle à de nombreuses et diverses tâches fortement liées à la saison. « Dernièrement, nous avons consacré pas mal de temps au martelage. En brigade de 4, nous procédons au marquage des arbres qui seront vendus à l’automne et abattus au cours de l’hiver », explique-t-il. Il s’occupe également de la surveillance d’exploitation forestière c’est-à-dire le bûcheronnage, l’enlèvement du bois… mais aussi de la replantation, de la réception des plants. « J’interviens aussi dans les activités de promenades, le balisage, la prévention des incendies, l’accueil des mouvements de jeunesse… Enfin, nous sommes également impliqués dans l’information et la communication au public. C’est pour moi une tâche essentielle qui me tient beaucoup à cœur », conclut-il.

DJ

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