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«Avec les robots, nous avons gagné en confort de vie… et nos animaux aussi!»

À la reprise de l’exploitation familiale en 1999, Cindy Rabaey et Christophe Durant n’imaginaient pas que des robots les accompagneraient un jour dans leur travail quotidien. Aujourd’hui, leur étable est pourtant équipée de deux robots de traite et d’un robot d’alimentation. Avec de nombreux avantages, tant pour le couple d’éleveurs que pour leur troupeau.

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La ferme laitière de ses parents à peine reprise, Cindy fait face au durcissement des normes européennes de production tandis que le prix du lait amorce une lente mais inexorable chute. Comme bien d’autres éleveurs, elle voit la crise se profiler à l’horizon. Celle-ci s’abat finalement sur le secteur en 2009…

L’éleveuse ne reste pas les bras croisés. Avec Christophe, son mari, elle participe aux épandages de lait de Ciney. Des actions sont aussi menées à la ferme. « Quelques mois plus tôt, nous avions installé un distributeur de lait cru. Pour sensibiliser les consommateurs à notre situation, nous avons distribué le lait gratuitement », explique-t-elle.

Le distributeur de lait, premier «
robot
» de la ferme, a rapidement connu le succès.
Le distributeur de lait, premier « robot » de la ferme, a rapidement connu le succès. - J.V.

Dans la cour de la ferme, les files de consommateurs s’allongent. Ceux-ci montrent leur volonté de soutenir une agriculture locale et familiale. « Ce soutien nous a permis de voir notre métier autrement. Travailler uniquement avec l’industrie n’était plus concevable. Il fallait trouver autre chose, donner une autre orientation à la ferme. »

La solution à un emploi du temps surchargé

La décision d’ouvrir un magasin à la ferme est prise. En quelques mois, il est aménagé. Ses portes s’ouvrent pour la première fois en mars 2010. « Je vendais déjà du beurre et des œufs, occasionnellement. Mais c’était un tout autre défi qui se présentait à nous. »

Petit à petit, le magasin se développe, de même que la gamme de produits. Aux productions « maison » (beurre, fromage frais et crèmes glacées), s’ajoutent celles de fermiers et artisans locaux (miel, fromages, légumes, bières, jus, confitures…). Cindy crée également une activité de vente de colis cadeaux sur mesure. Si le succès est au rendez-vous, la charge de travail, elle, s’accroît considérablement.

« Robotiser la traite et l’alimentation nous a permis d’être plus souple dans l’organisation du travail. »

« J’avais de moins en moins le temps de travailler à l’étable. Christophe assurait une partie de mes tâches, ce qui lui faisait prendre du retard sur les siennes… », se souvient-elle. Un an et demi après l’ouverture du magasin, décision est prise de robotiser la traite.

Un troupeau moins stressé et plus performant

À la Cense du Mayeur, le troupeau compte 240 Holstein, dont 110 en lactation. Deux robots de traite sont donc acquis. Pour pallier au manque de place consécutif à leur installation, l’étable est agrandie. Ce qui permet aussi de rapprocher les génisses des vaches en production. Par la même occasion, le couple investit dans un système de détection des chaleurs. Les inséminations, réalisées par Christophe, s’en trouvent facilitées.

Les vaches s’habituent en quelques jours à ce nouveau mode de traite. Pour les éleveurs, l’apprentissage est un petit peu plus long. Mais une fois l’outil et son panel de fonctionnalités maîtrisés, les bénéfices sont bien présents. « Tant pour le troupeau que pour nous », insiste Cindy.

Elle observe ainsi un gain de bien-être chez ses bovins. « Les vaches en lactation sont moins stressées. Nous ne devons plus les déranger deux fois par jour pour la traite. Elles passent au robot quand elles le souhaitent et retournent en prairie au gré de leurs envies. » De même, seules les bêtes requérant un soin particulier sont déplacées, sans inquiéter les autres. « Nos vaches sont plus heureuses maintenant qu’auparavant. Nous avons gagné en confort de vie… et nos animaux aussi ! »

« Très rapidement, nous avons constaté que les robots de traite participaient  activement au bien-être de notre troupeau », explique Cindy.
« Très rapidement, nous avons constaté que les robots de traite participaient activement au bien-être de notre troupeau », explique Cindy. - J.V.

Les multiples mesures effectuées (quantité, qualité et composition du lait, surveillance de la rumination…) par les robots guident le couple. Les problèmes de santé sont davantage anticipés, et donc mieux soignés. Il est aussi plus simple de déterminer s’il faut, ou non, modifier la composition de la ration.

« Avant, nous devions parfois attendre le passage de la laiterie pour confirmer une baisse de production et prendre les dispositions qui s’imposaient. Aujourd’hui, nous pouvons suivre la situation en temps réel sur ordinateurs et smartphones. Si un indicateur varie anormalement, nous pouvons procéder en quelques minutes aux ajustements nécessaires. Les robots ne nous ont pas éloignés de notre troupeau. Bien au contraire, car nous le suivons mieux et plus précisément. Nous avons de meilleurs contacts avec nos vaches. Le gain de performance est indéniable ! »

Une ration fraîche et adaptée, en permanence

Quelques années plus tard, la mélangeuse montre des signes avancés de faiblesse. Son remplacement est sérieusement envisagé. Cindy et Christophe se renseignent et pensent acquérir une nouvelle mélangeuse automotrice. Après mûre réflexion, ils investissent finalement dans un robot d’alimentation.

L’installation du robot, en février 2015, s’accompagne de la construction d’un nouveau petit bâtiment lui servant de « cuisine ». Le robot y recharge sa batterie et y compose les différentes rations. Un grappin prélève les aliments (céréales, betteraves fourragères, foin, luzerne…) en quantité précise et les place dans le bol d’alimentation. Divers minéraux peuvent y être ajoutés. « Le grappin sait avec précision quel aliment prélever et en quelle quantité, en fonction de la ration à distribuer et du nombre d’animaux à nourrir. » Sept rations ont été encodées dans le programme de contrôle. Leur composition varie selon l’âge et les besoins des animaux (jeune bétail, génisses, vaches prêtes à vêler, en lactation ou taries).

Le robot d’alimentation gère seul la distribution de la ration aux différents lots d’animaux mais les éleveurs conservent la possibilité de reprendre son contrôle à tout moment.
Le robot d’alimentation gère seul la distribution de la ration aux différents lots d’animaux mais les éleveurs conservent la possibilité de reprendre son contrôle à tout moment. - J.V.

24 heures sur 24, le robot se déplace seul dans la ferme, allant de la « cuisine » aux étables et vice-versa. À l’extérieur, il suit un circuit de rails magnétisés et a la capacité, en hiver, d’ouvrir les portes qu’il rencontre sur son trajet. Dans les étables, il longe le cornadis et repousse les aliments à proximité des vaches. Un capteur laser lui permet de mesurer la quantité de nourriture restante et de déclencher, le cas échéant, une nouvelle distribution.

« Grâce au robot, les vaches reçoivent en permanence une ration fraîche et adaptée. Nous ne pouvions pas atteindre un tel niveau de précision avec notre mélangeuse », explique l’éleveuse. De plus, une distribution fréquente d’aliments stimule la rumination, tout comme la production laitière. C’est d’ailleurs pour cela que le robot a pour priorité de soigner en premier lieu les vaches en lactation.

Grâce au robot d’alimentation, les animaux disposent en permanence  d’une ration fraîche et adaptée à leurs besoins.
Grâce au robot d’alimentation, les animaux disposent en permanence d’une ration fraîche et adaptée à leurs besoins. - J.V.

Des bénéfices sont également observés en matière de santé animale. « Le troupeau présente moins de problèmes, notamment lors des vêlages », constate-t-elle. Par conséquent, les frais vétérinaires de l’exploitation ont diminué.

Gérer le magasin et profiter de la vie

Robotiser la traite et l’alimentation a, en outre, permis d’introduire davantage de souplesse dans l’organisation du travail. « Nous disposons du temps nécessaire à la gestion du magasin qui génère, aujourd’hui, une grande partie de la rentabilité financière de la ferme. Et nous profitons davantage de notre vie sociale ! Nous pouvons nous permettre de partir de temps à autre en week-end ou de profiter, comme tout le monde, d’une soirée de Nouvel An. Les robots gèrent la traite et l’alimentation en toute indépendance. »

Et si un problème venait à survenir en leur absence ? « Nos filles et mes parents sont sur place. Ils peuvent intervenir mais nous pouvons anticiper en surveillant les robots à distance, avec nos smartphones. » Par ailleurs, la « cuisine » offre une capacité d’alimentation de trois jours, ce qui laisse également une certaine latitude.

Dans leur magasin, Cindy et Christophe commercialisent leurs propres productions  auxquelles s’ajoutent celles de fermiers et artisans locaux.
Dans leur magasin, Cindy et Christophe commercialisent leurs propres productions auxquelles s’ajoutent celles de fermiers et artisans locaux. - J.V.

Comme toutes technologies, les robots ont aussi leurs inconvénients. Les éleveurs pointent les alarmes qui peuvent sonner à toute heure du jour ou de la nuit. « Heureusement, c’est relativement rare », précisent-ils.

L’importance de l’investissement peut aussi être un frein pour certains. Cindy relativise : « La production laitière constitue notre seule spéculation. Nous nous devons donc d’être les plus performants possible. Les robots nous y aident ». L’ensemble du matériel dédié aux autres travaux de la ferme est, quant à lui, acheté d’occasion. « Avec 50 ha de prairies et 50 ha de cultures dédiées à l’alimentation du bétail, investir dans du matériel dernier cri et suréquipé n’aurait aucun sens. Nous nous sommes logiquement tournés vers les investissements les plus cohérents par rapport à notre situation. »

Apprécier les nouvelles technologies

« Adopter » des robots ne se fait pas à la légère. « Il faut premièrement s’assurer d’en avoir l’utilité », insiste Cindy. Ce qui était effectivement le cas à la Cense du Mayeur, vu l’essor du magasin. La rigueur est également de mise : les robots doivent être nettoyés et entretenus correctement, afin d’en assurer le bon fonctionnement. De même, une présence humaine est indispensable en cas de souci technique.

Il convient encore d’aimer travailler avec les nouvelles technologies, de vouloir apprendre à en tirer le meilleur parti mais aussi de leur faire confiance. « Les premiers mois, il faut s’habituer à cette nouvelle manière de travailler. Passer de deux traites par jour à la traite robotisée demande une certaine adaptation et de l’anticipation. » En effet, le tank se remplit différemment lorsque la traite s’étend sur une journée. Les opérations de transformation doivent être programmées au moment ad hoc pour disposer d’une quantité de lait suffisante.

« Les vaches s’habituent en quelques jours à ce nouveau mode de traite. Pour les éleveurs, l’apprentissage est un petit peu plus long. »

Quant aux consommateurs, ils ont rapidement compris que les robots n’éloignaient pas le couple de ses animaux. « Nous faisons fréquemment des portes ouvertes. Nous expliquons aux visiteurs le rôle que jouent les robots et ce qu’ils nous apportent au quotidien. Cela ne les a jamais inquiétés. »

Grâce à la confiance des consommateurs

Le développement technologique de la ferme a valu plusieurs prix à ses propriétaires. En 2015, Cindy et Christophe ont été sacrés « Agriculteurs de la valeur » à l’occasion de la Foire de Libramont et ont remporté un Agrafiek Award lors d’Agribex. Plus récemment, un troisième prix leur a été décerné à l’échelle régionale, pour leur magasin.

Leur plus belle récompense reste, toutefois, la présence de nombreux consommateurs au distributeur de lait et au comptoir du magasin. « Si nous en sommes là aujourd’hui, c’est grâce aux consommateurs qui nous font confiance depuis 10 ans déjà. Cela demande du travail bien sûr, mais quoi de plus valorisant que de voir que nos efforts et nos produits sont appréciés. »

J.V.

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