Les femmes sont bien là!

Les femmes sont bien là!

Vous l’avez montré vous-même : aucune cohérence ne relie les propos tenus promettant une amélioration de la situation et les mesures qui sont prises (si déjà elles sont prises) pour lutter contre ces traitements partiaux et dégradants. Mais ce manque de cohérence entre les paroles et les actes est également ce qui caractérise pour moi l’une des personnes en qui s’incarne le mieux le combat féministe. Ce mot, elle ne le prononce jamais ; elle ne l’aime pas. Pourquoi donner un mot à ce qui n’existe même pas ? Le féminisme ? Elle ne l’a jamais vraiment vu.

Voilà encore quelques mois, je me targuais moi-même d’être féministe, d’être pour cette égalité homme-femme. Je me disais qu’en me définissant de la sorte, j’allais apporter ma pierre à l’édifice et construire un monde plus juste. Heureux les simples d’esprit, n’est-ce pas ?

C’est lorsque, défendant avec ferveur dans une conversation l’usage de l’écriture inclusive, je l’ai vu lever les yeux au ciel que je me suis rendu compte qu’elle n’était pas féministe, ou du moins ne se définissait pas comme tel. Je l’ai d’abord jugée : comment une femme, en 2021, peut-elle ne pas se définir comme féministe ? Surtout elle. Elle qui s’est battue bec et ongles pour pouvoir reprendre une partie de la ferme familiale alors que « ce n’était pas un métier pour une femme » ; elle qui a dû tenir tête aux agriculteurs du village pour se faire une place, leur prouver qu’elle était tout à fait capable de faire pareil et mieux qu’eux, leur montrer qu’une femme aussi pouvait très bien gérer une ferme ! Alors comment se pouvait-il qu’elle ne soutienne pas des mesures telles que celle de l’écriture inclusive ? Tout simplement parce qu’elle n’y croit pas. Ou plutôt, elle n’y croit plus. Elle ne croit plus que cette égalité arrivera un jour. Elle ne croit plus que ces injustices disparaîtront complètement. Elle ne croit plus que c’est en écrivant « chères collègues, chers collègues » ou encore « un.e agriculteur.trice » que les mentalités changeront. Elle en a tellement vu durant toute sa vie qu’elle ne croit plus en ce combat. Et pourtant, elle est sans doute l’une de celles qui luttent le plus sans même s’en rendre compte.

J’ai compris, grâce à elle, qu’il ne suffisait pas de se dire féministe pour l’être, et que ce n’est pas parce que l’on ne se définit pas de la sorte que l’on ne mène pas le même combat. Ce mot, à force d’être employé par des personnes qui, comme moi, ont pensé, ou pensent encore qu’il suffit de brandir cet étendard pour participer à la lutte, se vide peu à peu de son sens premier. Ce mot, à force d’être repris par tous les médias et de défiler constamment sous les yeux des gens rivés à leurs écrans, se mue peu à peu en une coquille vide.

Mais ce mot, il faut le remotiver ! Il ne faut pas qu’il devienne la marque d’une mode, il faut qu’il reste le symbole d’un combat, celui de toutes celles et ceux qui par leurs actes, comme cette agricultrice le fait au quotidien, démontrent que femmes et hommes sont égaux, que personne n’est « fait pour tel métier » et qu’aucun métier n’est « pas fait pour tel sexe ». Sans le vouloir, cette agricultrice m’a montré comment contribuer à cette lutte. Contrairement à elle qui en a déjà trop vu, j’ai encore de l’espoir ! Je pense que cette égalité est possible, mais cela uniquement si l’inégalité actuelle commence par être reconnue et dénoncée, chose qui est loin d’être le cas dans le milieu agricole.

Merci à vous, donc, qui, par cet article, avez posé sur la table de nombreux agriculteurs et agricultrices cette question, qui doit être posée : où sont les femmes ? À celle-ci je répondrai qu’elles sont là ! Elles se battent pour forcer ceux qui ferment encore les yeux à reconnaître leur valeur. À tous ceux qui pensent qu’elles valent moins qu’eux, imaginez ce que seraient votre vie et votre exploitation sans votre mère, votre femme, ou votre fille. Allez les remercier pour tout ce qu’elles accomplissent ; un merci ne coûte rien et apporte beaucoup. Alors j’en profite, moi aussi, pour remercier cette agricultrice qui m’a ouvert les yeux, sur ça et sur un tas d’autres choses. Merci maman !

Chloé

Le direct

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