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Viser l’efficacité psycho-climatique

Il est fini, le temps où les gens redoutaient d’avoir faim. La valse des caddies dans les supermarchés reflète notre société d’abondance. Le mot-clé du concert des médias est désormais l’énergie.

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Cela fait des décennies que les verts condamnent le prix trop bon marché des énergies fossiles et plaident (ou manœuvrent) pour que celles-ci soient ajustées sur le coût du renouvelable. Fort bien, sauf que lorsque la machine s’emballe, les effets collatéraux font aussi problème.

Les gens ont désormais plus peur d’avoir froid que d’avoir faim, alors que globalement, la plupart redoutent le réchauffement excessif de la planète.

Faut-il rappeler que le bois représenta l’essentiel des énergies renouvelables pendant des millénaires et que, chez nous, la déforestation s’arrêta, il y a 2 siècles, par la grâce de la révolution agricole et du charbon.

Les temps changent. L’agriculture devrait produire moins et le charbon être condamné. Pourtant, en y réfléchissant bien, il y a peut-être là de nouveaux atouts pour le monde agricole.

Nos sociétés recherchent désormais ce qu’elles ont perdu : un environnement plus naturel (la biodiversité !) et l’arrêt (ou le ralentissement) du réchauffement climatique.

Les paramètres sont connus : la sobriété. Moins de consommation, moins de loisirs, et par conséquent moins d’activité économique mais plus de pauvreté. Bof, pas très vendeur politiquement !

L’autre solution : demander aux végétaux d’aller chercher l’excès de CO2 dans l’atmosphère, principal responsable de l’effet de serre et du réchauffement. Cela s’appelle la photosynthèse, qui dépend de l’agriculture et de la forêt. Pour produire une tonne de matières sèches, il faut 1,5 tonne de CO2.

Un hectare de céréales produit 10 tonnes de grains, 20 tonnes de biomasse (avec la paille et les racines) et siphonne 30 tonnes de CO2. Pour y arriver, il faut de l’énergie, soit en « équivalent CO2  », une tonne pour l’ensemble des travaux + une tonne spécifiquement pour l’azote (Il faut 6 kg de CO 2 pour produire un kilo d’azote). Le bilan : 2 tonnes CO2 investies, 28 tonnes de CO2 fixées dans l’organique.

D’aucuns diront : supprimons l’azote minéral du bilan et contentons-nous de celui offert par le sol. C’est l’exemple type d’une « fausse bonne idée ». Le rendement moyen chutera de 50 %, la biomasse, idem, le CO2 fixé pareil. En termes de bilan, un hectare ne fixe plus que 14 tonnes de CO2 au lieu de 28 tonnes. De fait, l’énergie pour fixer l’azote de l’air se traduit alors par un retour d’investissement multiplié par 14 en réduction de CO2 atmosphérique. Le bilan Carbone est spectaculaire.

De plus, il faudrait cultiver deux fois plus de terre pour une même quantité, ce qui signifie : déforester ailleurs dans le monde. À l’inverse, produire mieux ici permet de reboiser en proximité. Cela prend désormais le nom d’agroforesterie.

Et pourquoi pas : des haies d’arbres, exploités à long terme, c’est du stockage de carbone de longue durée. À moyen terme, c’est de l’énergie renouvelable pour le chauffage, de la matière première à pellets. Au prix actuel de l’énergie, il n’y a pas photo sur le retour d’investissement.

Ajoutons à cela le deuxième pilier des subventions (voire obligations) qui fait glisser les budgets de soutien à l’alimentation vers l’environnement, avec toute une série de mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) concernant les zones de bordure des champs, des cours d’eau, des agglomérations et autres encouragements à la biodiversité.

Il y a cinquante ans, l’heure était au remembrement tous azimuts. Aujourd’hui, il est question de redessiner les campagnes, avec 4.000 km de haies arbustives. C’est bon pour la planète. C’est bon pour la beauté des paysages et ce devrait être bon pour l’image et la rentabilité en agriculture. En combinant le prix du bois de chauffage aux encouragements financiers retenus par le politique, la conjoncture semble favorable à cette évolution.

Les consommateurs n’auront plus qu’à remercier les agriculteurs d’ajouter le gîte au couvert. Le couvert, cela fait belle lurette qu’ils en profitent mais le gîte, c’est en fait un cadre de vie plus arboré en campagne et du bon bois pour s’y tenir chaud. C’est psychologiquement porteur pour l’agriculture et concrètement efficace dans la lutte pour le climat.

JMP

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