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Des alternatives pour cultiver les fruits et légumes sans traitement phytosanitaire

Le projet « Zéro ph(f)yto F & L (G) » vise à identifier, valider et transmettre aux professionnels des clés permettant de produire des fruits et légumes sans aucune pulvérisation de produits phytopharmaceutiques, créant ainsi une rupture par rapport aux pratiques actuelles.

Temps de lecture : 4 min

La politique européenne évolue vers une réglementation plus stricte et mieux contrôlée de l’usage des pesticides. Au niveau régional, cette politique est en cours d’élaboration. Cela se traduit, par exemple, par l’interdiction faite aux services publics de Flandre et de Wallonie d’utiliser des pesticides. De même, plusieurs matières actives, destinées à un usage professionnel, ont été retirées du marché ou n’ont plus été renouvelées à l’échelle européenne.

En outre, et à la demande des consommateurs, le commerce impose des exigences de plus en plus strictes en matière de zéro résidu sur les produits. À tous les niveaux de la société, une conscience grandissante pousse à développer des approches complémentaires de protection des cultures qui soient plus durables.

C’est dans ce cadre qu’est né le projet Interreg « Zéro ph(f)yto F & L (G) » en avril 2019 sous la houlette du Centre wallon de recherches agronomiques (Cra-w), en collaboration avec des partenaires flamands (Inagro et PCG) et français (Bio en Hauts de France, Fredon Hauts de France et l’Université de Picardie Jules Vernes). Son but : valider et démontrer en pratique des stratégies de protection des cultures sans utilisation de produits phytopharmaceutiques.

Rechercher des méthodes efficaces

Au cours du temps et au niveau mondial, de nombreuses méthodes, stratégies et pratiques ont été décrites dans lesquelles aucun produit phytosanitaire n’est utilisé pour contrôler un organisme nuisible ou un agent pathogène particulier. Cependant, ces informations sont très fragmentées et insuffisamment validées au niveau scientifique et pratique. C’est pourquoi, les stratégies ne sont pas toujours directement applicables ou transposables dans nos régions.

À travers le projet « Zéro ph(f)yto F & L (G) », les différents partenaires souhaitent regrouper toutes ces informations, les valider si nécessaire et mettre les connaissances à la disposition des agriculteurs et des horticulteurs. À ce titre, les producteurs de fruits et légumes sont les principaux groupes cibles du projet et tout particulièrement dans les cas de vergers agroforestiers associés aux cultures maraîchères, de vergers hautes tiges pâturés, de parcours fruitiers pour volailles ainsi que des projets en permaculture.

Par ailleurs, les entreprises de parcs et jardins, les jardiniers amateurs, les jardins partagés, les projets d’horticultures urbaines, les services publics et les parcs naturels pourront également intégrer les connaissances collectées.

L’agriculture bio comme source d’inspiration

Le projet est fondé sur les principes de l’agriculture biologique. D’une part, parce que celle-ci fonctionne déjà sans herbicide et avec quelques fongicides et insecticides d’origines naturelles. D’autre part, parce que de nombreux exemples de méthodes et de stratégies alternatives et efficaces sont déjà mis en œuvre par des producteurs biologiques. Ces exemples peuvent servir de base aux tests de validation du projet.

La lutte mécanique contre les adventices sous toutes ses facettes, qui a souvent été développée en culture bio, sert aussi d’exemple pour les productions intégrées et/ou conventionnelles.

Outre les techniques inspirées de l’agriculture bio, d’autres approches seront étudiées. Premièrement, au niveau des leviers agronomiques : choix judicieux d’espèces et variétés tolérantes ou résistantes aux bio-agresseurs, association de culture, rotations, association de plantes compagnes et/ou répulsives, utilisation de méthode de luttes physiques… Deuxièmement, en matière de protection sans intrant, par l’usage de divers pièges les plus sélectifs possibles, par la diffusion d’huiles essentielles et par l’installation de moyens physiques de protection (voiles, filets…). Enfin, une meilleure connaissance des principaux ravageurs et de leurs cycles permettra une lutte plus efficace.

À valider sur le terrain et à diffuser

Par la mise en place d’essais pratiques sur le terrain et en laboratoires, les partenaires du projet valideront les méthodes et stratégies qui semblent les plus novatrices et les plus pertinentes.

En cultures maraîchères, l’accent sera mis sur les pucerons, la mouche du chou, les chenilles, les altises du chou… Du côté des fruitiers, les partenaires se concentreront sur le contrôle des cécidomyies des poirettes, les carpocapses des fruits et les hoplocampes de la pomme. Les essais sur le terrain viseront à expérimenter au niveau local les méthodes les plus prometteuses. L’objectif étant de mettre en évidence les mesures qui sont efficaces par rapport à celles qui le sont moins. Des visites d’essais seront organisées afin d’exposer lesdites mesures.

De même, le projet mettra en ligne (via www.zerophyto-interreg.eu/), sous la forme d’une base de données de connaissances, toutes les informations recueillies dans le cadre d’études documentaires, de visites d’entreprises et d’essais sur le terrain. Il sera lié à une plateforme d’échange où les producteurs pourront interagir entre eux, mais aussi avec des jardiniers amateurs, des chercheurs et des conseillers intéressés au niveau des trois régions concernées.

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