Retournement de tracteur: en moins d’une seconde, c’est l’accident!

Les retournements de tracteurs demeurent heureusement rares… mais peuvent causer de graves blessures, voire entraîner la mort du chauffeur. (© LaTerre.ca)
Les retournements de tracteurs demeurent heureusement rares… mais peuvent causer de graves blessures, voire entraîner la mort du chauffeur. (© LaTerre.ca)

Qu’ils soient verts, bleus, rouges…, les tracteurs sont susceptibles de se retourner latéralement ou de se cabrer lors d’une perte de stabilité. Extrêmement soudain, cet accident ne laisse que trop peu de temps au chauffeur pour réagir et se mettre à l’abri. Il se retrouve dès lors coincé sous l’engin. Heureusement, des mesures de prévention et de protection permettent d’éviter qu’un tel événement se produise.

Une question de stabilité

Haut perché, le tracteur, contrairement à une voiture, se caractérise par un centre de gravité relativement élevé et une garde au sol importante. La combinaison de ces deux points le rend moins stable que d’autres engins motorisés.

Sur les modèles à deux roues motrices, le centre de gravité se situe entre les deux essieux, plus proche de l’essieu arrière. La plus grande partie du poids de l’engin repose sur ce dernier. Sur les versions 4x4, le centre de gravité se rapproche de l’avant en raison du poids du pont avant. Sa position peut toutefois évoluer si un outil est attelé au tracteur. Il en va de même si des masses lestent l’engin, si ses roues sont jumelées ou si son chargeur frontal se trouve en position haute.

Lors des déplacements, le chargeur frontal doit être ramené en position basse. En position haute, il peut en effet faciliter une perte d’adhérence des pneus arrière sur les engins à deux roues motrices. (© J.V.)
Lors des déplacements, le chargeur frontal doit être ramené en position basse. En position haute, il peut en effet faciliter une perte d’adhérence des pneus arrière sur les engins à deux roues motrices. (© J.V.)

Dans certaines circonstances (déplacement en pente, maniement inadéquat du chargeur frontal, tassement d’un silo…), le centre de gravité du tracteur est déplacé de sorte qu’une perte de stabilité se produit et conduit au renversement latéral ou au cabrage de l’engin.

Selon Preventagri, les retournements se produisent extrêmement rapidement : 0,5 seconde pour un retournement latéral et 0,75 seconde pour un retournement longitudinal.

Le retournement latéral, sous l’effet de la pente et du virage

Les retournements latéraux découlent généralement de l’effet de la pente. L’influence de cette dernière est d’autant plus importante que le centre de gravité du tracteur est élevé (c’est-à-dire s’il est équipé d’un outil porté ou traîné ou si son chargeur frontal est en position haute).

Lorsque le chauffeur effectue un virage, son tracteur est soumis à la force centrifuge. Celle-ci a tendance à tirer l’engin sur le flanc extérieur au virage. Sur une parcelle en pente, tourner vers l’amont (vers le haut) contribue à accroître les risques de retournements car l’effet de la pente et la force centrifuge se conjuguent. A contrario, tourner vers l’aval (vers le bas) permet de contrer l’effet de la pente et réduit les risques d’accident.

Les tracteurs ne sont pas les seuls engins à être sensibles aux retournements latéraux. Le même problème se pose aux bennes de transport. Au fur et à mesure de leur remplissage, lesdites bennes voient la hauteur de leur centre de gravité augmenter. Résultat : elles sont plus susceptibles de se retourner sous l’effet de la pente, de la force centrifuge ou de la combinaison des deux.

Comment éviter le retournement latéral ?

Plusieurs mesures préventives, faciles à appliquer, permettent d’éviter qu’un tel accident se produise.

Dans un premier temps, il convient de garder en tête que l’effet de la force centrifuge est d’autant plus important que le poids du tracteur (ou de l’ensemble tracteur + benne ou outil) est élevé. Plus le charroi est lourd, plus les virages doivent être abordés lentement. En parallèle, la remorque doit être équipée de freins efficaces. Adopter une voie plus large améliore également la stabilité latérale de l’ensemble.

De même, la vitesse à laquelle est abordé un virage influence grandement la force centrifuge, davantage même que le poids du charroi. L’adoption d’une conduite à vitesse modérée, surtout en virage, contribue à réduire les accidents. Et c’est encore plus vrai lorsque l’on travaille sur des parcelles en pente et/ou avec des outils portés. À ce titre, Preventagri, dans sa brochure « Sécurité des tracteurs agricoles : risques et mesures de prévention », conseille encore de tenir compte de l’encombrement et de l’inertie des engins attelés dans les virages.

Plus le charroi est lourd, plus les virages doivent être abordés lentement. (© J.V.)
Plus le charroi est lourd, plus les virages doivent être abordés lentement. (© J.V.)

Pour être complet, ajoutons encore qu’un retournement brutal peut survenir lors d’un freinage d’une seule roue à grande vitesse. Pour l’éviter, il convient d’accoupler correctement les deux pédales de frein de l’engin et ce, obligatoirement sur la route où les déplacements s’effectuent à une vitesse plus élevée qu’au champ. Preventagri recommande encore de n’utiliser les freins asymétriques que sur les champs et à très basse vitesse.

Comme indiqué ci-dessus, la pente d’une parcelle doit être appréhendée avec prudence et intelligence. Les virages doivent être effectués sur terrain plat, dans la mesure du possible. Si ce n’est pas envisageable, il est conseillé de les effectuer lentement et vers l’aval (vers le bas). La manœuvre idéale, en cas de demi-tour, est la suivante : braquer dans le sens de la descente, reculer dos à la pente et repartir dans la direction opposée.

En pente toujours, la prudence impose d’éviter les trous, tranchées et autres obstacles susceptibles de causer l’accident. Preventagri conseille encore d’utiliser le frein moteur en descendant les pentes, de ne pas rétrograder et d’utiliser les freins pour ralentir l’engin.

Enfin, pour les éleveurs, on précisera que la prudence est de mise lors du tassement des silos. L’irrégularité de la surface augmente en effet le risque de retournement latéral. Une mesure préventive consiste à privilégier les pneus jumelés.

Impossible de réagir !

Le retournement arrière, aussi appelé cabrage, peut survenir de deux manières suite à une rotation du châssis du tracteur soit autour de l’essieu arrière, soit autour de l’axe formé par les points de contact des roues arrière avec le sol. Ce type de retournement est plus fréquent sur les tracteurs à deux roues motrices que sur les versions 4x4 dont le centre de gravité est situé plus en avant en raison de l’influence du poids du pont avant, relève-t-on dans la brochure « Sécurité des tracteurs agricoles : risques et mesures de prévention ».

Et ladite brochure de mentionner, d’une part, qu’il faut seulement 1,5 seconde pour que l’avant du tracteur vienne toucher le sol après un demi-tour complet et, d’autre part, que le point critique de retournement est atteint après seulement 0,75 seconde. Il est donc évident que le chauffeur n’a ni le temps de réagir, ni la possibilité d’évacuer l’engin.

Le point critique de retournement arrière (ou cabrage) est atteint en seulement 0,75 seconde. Impossible de réagir!
Le point critique de retournement arrière (ou cabrage) est atteint en seulement 0,75 seconde. Impossible de réagir!

Deux axes de retournement possibles

Comment se produit le cabrage ? La réponse dépend de l’axe autour duquel s’amorce le retournement.

Dans un premier temps, le blocage des roues arrière est mis en cause. Lorsque celles-ci sont bloquées, pour une quelconque raison, un retournement autour de l’axe de l’essieu arrière peut se produire. En effet, lorsque le couple moteur exercé sur l’essieu arrière n’est plus en mesure de faire tourner les roues, c’est le châssis qui est entraîné autour de l’axe de l’essieu. L’engin se cabre et, dans les cas les plus extrêmes, se retourne vers l’arrière.

Ce phénomène est favorisé dans les cas suivants : accélération brutale sur pente forte avec lourde charge (comme un outil attelé) ; démarrage à haut régime moteur, vitesse basse et couple élevé ; embrayage brusque alors que les roues motrices sont bloquées (obstacle) ou ne peuvent plus tourner (embourbement, sol gelé) ; ou encore en gravissant une côte en marche avant.

Fixées à l’avant, les masses contribuent à équilibrer l’engin et à accroître sa stabilité. (© J.V.)
Fixées à l’avant, les masses contribuent à équilibrer l’engin et à accroître sa stabilité. (© J.V.)

La rotation autour du point de contact entre les roues arrière et le sol se produit dans de tout autres circonstances. Toute charge importante pèse sur les roues arrière, du fait du report de charge, mais retient également le tracteur dans son avancement, surtout en montée. Si les roues patinent ou qu’une masse suffisamment lourde n’a pas été attelée à l’avant du véhicule, le tracteur peut se cabrer, relève Preventagri. Ce second phénomène est également favorisé par une mauvaise gestion de la charge (trop lourde ou mal attelée).

Prévenir le cabrage de l’engin

Le cabrage peut être évité en mettant en œuvre diverses mesures préventives.

Premièrement, il convient d’agir au niveau des charges et de leur répartition. Ainsi, les charges tractées doivent être attelées aux points prévus à cet effet car tout décentrage du point d’attache par rapport au timon peut faciliter le retournement de l’engin. De plus, l’ensemble gagne en stabilité si des masses sont fixées à l’avant du tracteur.

Le chauffeur doit également être attentif à sa conduite. Accélérer sans à-coup et en douceur, est recommandé. De même, en cas de blocage des roues arrière, il convient d’effectuer une marche arrière et non d’insister. Face à une pente escarpée, la descente s’effectue en marche avant et la montée en marche arrière. Au démarrage, on privilégie un rapport plus élevé (à couple faible) et pouvant caler si la résistance est trop importante. Ceci permet d’éviter un cabrage dû au couple moteur, explique Preventagri dans sa brochure.

L’embourbement est, lui aussi, source de retournement. Plutôt qu’insister, et risquer l’accident, il vaut mieux désembourber l’engin et ce, en marche arrière. Comment faire ? En creusant derrière les roues afin de retirer la boue, en posant des planches au sol et en reculant lentement.

Les dernières recommandations

Deux points d’attention doivent encore être signalés au sujet du travail au chargeur frontal et en bord de rivières ou fossés.

Lors des déplacements, un chargeur frontal doit être ramené en position basse. En effet, cet équipement avance le centre de gravité du tracteur, ce qui peut engendre une perte d’adhérence des pneus arrière sur les modèles à deux roues motrices. Équilibrer l’ensemble, en installant des masses à l’arrière du tracteur, permet également de réduire les risques d’accident.

Tasser les silos d’herbe ou de maïs requiert la plus grande prudence. L’irrégularité de la surface peut déséquilibrer le tracteur et entraîner son retournement. (© J.V.)
Tasser les silos d’herbe ou de maïs requiert la plus grande prudence. L’irrégularité de la surface peut déséquilibrer le tracteur et entraîner son retournement. (© J.V.)

Il est vivement recommandé de ne pas s’approcher des bords des rivières et fossés qui pourraient s’effondrer sous le poids des machines agricoles et entraîner leur basculement. Dans les parcelles concernées, Preventagri recommande de maintenir une distance égale à la profondeur du fossé entre la machine et le bord dudit obstacle. Si le fossé se trouve en bout de rang, il convient également de prévoir un espace suffisant pour effectuer un demi-tour.

J. Vandegoor