Betteraves sucrières: connaître les forces et faiblesses des variétés pour faire le meilleur choix

En cette année 2021, l’Institut royal belge pour l’amélioration de la betterave (Irbab) a procédé à l’implantation de ses essais variétaux majoritairement entre le 29 mars et le 4 avril, comme ce fut le cas pour 50 % des semis betteraviers. Une semaine de travail cependant très particulière : si elle a débuté chaudement, elle s’est terminée par des températures relativement froides.

À peine semées, les parcelles ont été recouvertes de neige (plus de 10 cm en Hesbaye et à l’Est) pendant plusieurs jours avant la germination et la levée des betteraves. Le froid s’installait alors pour une longue période, pratiquement jusqu’au début du mois de juin… Les semis ont parfois été précipités et, se rappelant la sécheresse de 2020, les agriculteurs ont parfois enterré davantage les semences. Les emblavements se sont poursuivis entre le 10 et le 25 avril.

Un démarrage dans le froid

Le déroulement de la levée a été fort différent entre les sites d’implantation des essais, en raison de la date de semis et des conditions extrêmement froides lors de la germination. Dans les parcelles semées les 1er et 2 avril, sans possibilité de « blanchir » avant les chutes de neige, les levées ont été difficiles. En effet, en fondant, la neige colmate le sol en surface.

L’Irbab a constaté une levée plus faible pour les variétés Annemonika Kws et Smart Jitka Kws mais aussi chez BTS 605, BTS 2385, BTS 4190 Rhc et BTS 1280 N. Des colorations violettes des hypocotyles ont parfois été observées sur certaines variétés (phénomène génétique).

Ce printemps froid a entraîné une vernalisation, pouvant elle-même induire la montaison. Certaines variétés ont eu des montées précoces (Tessilia Kws, BTS 2385 et BTS 2335), d’autres tardives (Hendrika Kws, BTS 605 et Annemonika Kws).

La hausse temporaire des températures, accompagnée localement de pluies importantes vers la mi-mai, a entraîné une phytotoxicité des herbicides racinaires préalablement appliqués.

Après que les betteraves « sommeillaient » jusque fin mai, elles ont connu une croissance végétative rapide dès début juin, grâce à 20 jours de températures estivales. Ceux-ci ont été suivis de journées plus fraîches et de pluies et orages fréquents… Une explosion de la végétation a alors été constatée et a été favorisée par un été très pluvieux et sombre perdurant jusqu’aux arrachages.

Les conditions fraîches ont été favorables au retour de la ramulariose (faible en intensité). On retiendra également l’absence d’oïdium et de rouille cette saison.

Toutes les données variétales recueillies à l’issue de cette saison sont présentées dans les tableaux 1 et 2, à savoir : les caractéristiques de rendement (racine, richesse, tare terre), les résistances aux maladies foliaires, le risque de montaison…

Prédominances de la cercosporiose tardive

Le développement de la cercosporiose n’a réellement démarré que vers le début du mois d’août cette année. Intervenir au bon moment a permis de maintenir le feuillage sain en un ou deux traitements. Les températures de septembre ont cependant été favorables à une réinfection sur les variétés les plus sensibles.

Parmi les maladies foliaires, la cercosporiose est certainement la plus dommageable car les traitements ne sont pas curatifs et d’une action réduite dans le temps. Choisir une variété plus tolérante est donc important pour maintenir un feuillage sain plus longtemps.
Parmi les maladies foliaires, la cercosporiose est certainement la plus dommageable car les traitements ne sont pas curatifs et d’une action réduite dans le temps. Choisir une variété plus tolérante est donc important pour maintenir un feuillage sain plus longtemps. - J.V.

Confirmation des variétés « nématodes »

Les faibles températures du sol et les pluies fréquentes ont limité l’impact des nématodes sur la culture, même s’il reste mesurable sur le rendement. Les variétés tolérantes ont confirmé leur résultat tant sur le potentiel de rendement qu’au niveau du revenu et ce, en faible et forte infestation. Ces variétés ont été semées sur 68 % des surfaces en 2021.

Des feuilles, des feuilles, des feuilles…

Alors que le développement des betteraves prenait du retard fin mai, le développement foliaire a véritablement explosé après la période de chaleur de début juin. Une forte disponibilité en azote suite à une minéralisation tardive, combinée à des pluies abondantes et à un climat très sombre (l’insolation des mois de juillet et août était particulièrement faible) semble avoir créé des conditions particulières pour un développement foliaire « excessif ».

Un tel développement n’avait plus été observé depuis de longues années. En effet, 2021 fait suite à trois années déficitaires en précipitations, durant lesquelles le développement du bouquet foliaire a été faible.

Des arrachages perturbés et difficiles

La récolte des essais de l’institut betteravier a démarré fin septembre et s’est poursuivie jusqu’au 16 novembre. Relativement bonnes les premiers jours, les conditions se sont rapidement dégradées et ont été difficiles dans de nombreuses régions. Dès fin octobre ; les sols ne se sont plus asséchés. Conséquence : la tare terre a fortement augmenté dans les terres lourdes.

Les rendements étaient décevants en début de campagne (80 t) mais montraient une richesse moyenne attendue. Après les pluies de début octobre, le rendement a progressé tandis que la richesse reculait aux environs de 16º. Pour ensuite remonter à 17,5º -18º en novembre. Le rendement en sucre des essais n’a pratiquement pas évolué durant la campagne d’arrachage.

Performances des variétés recommandées en situation classique

Toutes les variétés ont été testées (tableau 1 et figure 1) dans des situations classiques dénuées de problème particulier connu afin de comparer leur potentiel de rendement et d’établir les caractéristiques variétales. Dans cette situation, le choix de la variété s’orientera préférentiellement vers les caractéristiques intrinsèques qui forment le rendement plutôt que vers le type de variété « rhizomanie », « tolérant au nématode » ou « résistant au rhizoctone brun ».

En plus du potentiel financier de la variété, des critères comme la tolérance aux maladies, la levée au champ ou la sensibilité à la montaison peuvent guider dans le choix de l’une ou l’autre variété. Le regroupement pluriannuel des essais donne toujours une meilleure idée du comportement global de la variété sous l’influence des années différentes par leur climat, pression des maladies et autre.

Figure 1: performances des variétés «rhizomanie» (en bleu), tolérantes au nématode (en vert) et résistantes au rhizoctone (en brun) en situation classique, au cours des années 2019 à 2021. Rendements relatifs en% des témoins (Lisanna Kws, Eglantier, Evamaria Kws, BTS 4860 N, BTS 3480 N, Tessilia Kws, Gwendolina Kws et BTS 3305 N). Les nouvelles variétés sur 2 ans sont renseignées en italique.
Figure 1: performances des variétés «rhizomanie» (en bleu), tolérantes au nématode (en vert) et résistantes au rhizoctone (en brun) en situation classique, au cours des années 2019 à 2021. Rendements relatifs en% des témoins (Lisanna Kws, Eglantier, Evamaria Kws, BTS 4860 N, BTS 3480 N, Tessilia Kws, Gwendolina Kws et BTS 3305 N). Les nouvelles variétés sur 2 ans sont renseignées en italique.

Performances des variétés tolérantes au nématode en situation « nématode »

Le choix pour une variété tolérante au nématode à kyste Heterodera schachtii est impératif dans toute parcelle infestée par celui-ci. Au-delà de 150 œufs+larves par 100 g de sol, les pertes de rendement peuvent être de plusieurs pourcents, perte limitée par l’utilisation des variétés tolérantes au nématode. L’intérêt des variétés tolérantes est d’autant plus intéressant que l’infestation est forte, même si cette infestation se situe dans les couches plus profondes du sol (en dessous de 30 cm).

Beaucoup de variétés tolérantes au nématode possèdent aujourd’hui le potentiel de rendement comparable aux autres variétés en situation classique (tableau 2 et figure 2).

Figure 2: performances des variétés tolérantes au nématode en situation «nématode», au cours des années 2019 à 2021. Rendements relatifs en% des témoins (Lisanna Kws, Eglantier, Evamaria Kws, BTS 4860 N, BTS 3480 N, Tessilia Kws, Gwendolina Kws et BTS 3305 N). Les nouvelles variétés sur 2 ans sont renseignées en italique.
Figure 2: performances des variétés tolérantes au nématode en situation «nématode», au cours des années 2019 à 2021. Rendements relatifs en% des témoins (Lisanna Kws, Eglantier, Evamaria Kws, BTS 4860 N, BTS 3480 N, Tessilia Kws, Gwendolina Kws et BTS 3305 N). Les nouvelles variétés sur 2 ans sont renseignées en italique.

La détection de nématodes se fait par des analyses de sol mais, mieux encore, par l’observation de la culture de betterave précédente. Certains symptômes sont des indicateurs de cette présence : jaunissement du feuillage avec une carence en magnésie, flétrissement par ronds, kystes (blancs) sur les radicelles de betteraves, rendements racines faibles. Les variétés tolérantes au nématode à kyste peuvent toujours multiplier le nématode, mais cette multiplication restera réduite par rapport à la multiplication mesurée avec des variétés de type classique !

Critères de choix variétal

Il convient de prendre en considération plusieurs paramètres au moment de réaliser son choix variétal.

La stabilité des performances variétales

On entend par stabilité d’une variété les différences de rendement/richesse obtenus par la variété entre les années d’étude. Cette (in)stabilité peut être due à un changement de la composition variétale elle-même (stabilité génétique), mais aussi de l’influence de l’année (climat, levée, maladies…) sur le comportement de la variété (stabilité agronomique). Si le changement génétique n’est pas autorisé, la stabilité agronomique est un facteur qui a son importance pour l’utilisateur.

Poser son choix variétal pour 2022 ne peut se faire uniquement sur base de l’expérience d’une année unique, qu’elle soit bonne ou moins bonne. Sélectionner ses betteraves de la sorte ne permettra pas de prédire le comportement de la variété dans des conditions à venir que nous ne connaissons et ne maîtrisons pas.

L’analyse des résultats, prenant en compte le potentiel des variétés sur plusieurs saisons (les variétés confirmées sur 3 ans sont à ce titre plus séduisantes) ainsi que la stabilité du rendement et de la richesse entre les années permettra de s’assurer d’un choix raisonné.

La tolérance des variétés aux maladies foliaires : un outil essentiel pour maintenir un feuillage sain !

Le nombre de fongicides disponibles et montrant une efficacité satisfaisante en betteraves sucrières diminue année après année. Ainsi, après avoir obtenu plusieurs dérogations, le mancozèbe disparaît du marché. En parallèle, on constate une pression croissante sur l’utilisation des fongicides, tant sociale en raison de leur impact sur l’environnement que par le développement de résistances des maladies.

D’où l’intérêt de recourir aux progrès de la sélection et de la tolérance variétale. Le capital « santé du feuillage » des variétés s’est avéré très utile depuis quelques années, et même lors de saisons à faible pression en maladie et ce, quel que soit le pathogène.

Associée à la protection fongicide, la tolérance variétale s’inscrit dans une démarche de protection intégrée des cultures (IPM) et doit permettre de préserver le bon état sanitaire du feuillage, tout en réduisant le risque d’apparition de résistance aux fongicides. Plus l’arrachage sera tardif, plus la tolérance des variétés aux maladies doit être prise en compte pour garantir le maintien du potentiel de production de la parcelle jusqu’en fin de saison.

Parmi les maladies foliaires, la cercosporiose est certainement la plus dommageable car les traitements ne sont pas curatifs et d’une action réduite dans le temps. Choisir une variété plus tolérante est donc important pour maintenir un feuillage sain plus longtemps. Ceci est d’autant plus vrai que :

– la rotation en betterave est courte (la contamination vient de la parcelle) ;

– la parcelle semée est voisine d’une parcelle contaminée par la cercosporiose ;

– la récolte est tardive.

N’oublions pourtant pas que d’autres maladies foliaires peuvent également se développer, soit tôt (oïdium), soit en fin de saison (rouille). 2021 marquait également le retour de la ramulariose qui avait pratiquement disparu de nos champs au cours des deux dernières décennies. Pour cette maladie aussi, des différences variétales ont pu être observées en 2021, mais insuffisamment précises que pour en publier les résultats.

Pour l’ensemble de ces raisons, une « appréciation globale de la santé du feuillage » est reprise dans la description variétale, où la sensibilité à la cercosporiose reste l’appréciation dominante (voir tableau 1 et figure 3).

Figure 3: représentation graphique du comportement des variétés testées par l’Irbab vis-à-vis des maladies foliaires.
Figure 3: représentation graphique du comportement des variétés testées par l’Irbab vis-à-vis des maladies foliaires.

Qu’en est-il de la tolérance au rhizoctone brun ?

L’Irbab étudie chaque année la tolérance des variétés au rhizoctone brun dans des essais spécifiques. Quels enseignements en tirer ?

Avant de faire le choix pour une variété tolérante au rhizoctone brun, on s’assurera d’avoir étudié les facteurs de risque présents sur la parcelle, à savoir :

– une rotation (fréquente) avec du maïs, surtout maïs grain ou du ray-grass. L’incorporation de matière non digérée est un facteur aggravant ;

– défaut de structure du sol, suite aux récoltes effectuées dans des conditions humides, même au cours des dernières années ;

– présence de rhizoctone brun identifié en betterave sur la parcelle.

L’utilisation d’une variété tolérante atténue fortement la présence de betteraves pourries, mais ne l’exclut pas totalement ! Le potentiel de rendement et la résistance sont parfois inversement liés ; il s’agira donc de choisir le bon niveau de résistance. Par ailleurs, les variétés tolérantes n’offrent pas de solution si elles ne s’accompagnent pas de mesures agronomiques adéquates : rotation, respect de la structure du sol, pH optimal et fumure raisonnée.

Chaque année, l’Irbab étudie le potentiel des variétés. La tolérance au rhizoctone brun est étudiée dans des essais spécifiques infectés naturellement. L’observation pendant la saison et la cotation de la pourriture de toutes les betteraves récoltées de l’essai permettent de déterminer la tolérance à cette maladie. En la matière, la figure 4 permet de préciser son choix.

Figure 1: tolérance des variétés au rhizoctone brun (2019-2021). «Outre le rendement, le choix doit se porter sur la tolérance à la pourriture en fonction de la parcelle», recommande l’Irbab. Les nouvelles variétés sur 2 ans sont renseignées en italique.
Figure 1: tolérance des variétés au rhizoctone brun (2019-2021). «Outre le rendement, le choix doit se porter sur la tolérance à la pourriture en fonction de la parcelle», recommande l’Irbab. Les nouvelles variétés sur 2 ans sont renseignées en italique.

Pour bien choisir ses variétés en 2022

Bien choisir ses variétés pour les semis du printemps prochain nécessite de bien connaître les particularités de ses parcelles.

La première question concerne la présence de maladies ou parasites détectés auparavant dans la parcelle et où la tolérance variétale peut apporter une solution :

– terre sujette à la cercosporiose : l’utilisation d’une variété avec un bon profil de tolérance est recommandée. Dans ce cas, il est également conseillé de faire attention à la proximité d’une parcelle de betteraves fortement touchée par cette maladie en 2021 ;

– en présence de nématodes, l’utilisation d’une variété tolérante au nématode sera d’office conseillée, même si l’infestation n’est pas élevée (150 œufs+larves) ;

– dans une parcelle connue pour un problème de Rhizoctonia solani ou dans des rotations intensives de maïs/ray-grass, le choix d’une variété tolérante au rhizoctone brun s’impose (lire p. 22). Rendement et résistance étant souvent inversement liés, il est donc conseillé de choisir le bon niveau de tolérance.

Le choix ne s’arrêtera pas sur une seule variété ou un seul sélectionneur : la diversité permet de répartir les risques éventuels liés à la graine, aux montées, aux maladies…

Comme rappelé ci-avant, les années ne se ressemblant pas, on choisira les variétés prioritairement sur base des résultats pluriannuels en commençant par les variétés stables qui ont prouvé leurs résultats dans la durée !

D’après André Wauters

et Eline Vanhauwaert

Irbab

Tolérance à la cercosporiose

Depuis quelques années, l’Irbab met en avant la « santé du feuillage » comme critère important dans le choix des variétés, à côté des performances de rendement. Bien que la tolérance à l’oïdium soit un critère variétal évident, c’est la tolérance à la cercosporiose qui doit être mise en avant. Elle intervient donc aussi dans l’appréciation du potentiel de rendement des variétés. L’Irbab tient à exprimer cette tolérance par un chiffre objectif.