Vaches, prairies, méthane et CO2: le bilan...

Vaches, prairies, méthane et CO2: le bilan...

Résultat, les éleveurs courbent déjà l’échine. Devant ma TV, mes oreilles ont sifflé quand j’ai entendu une présidente syndicale avouer qu’elle savait bien que les vaches étaient responsables du réchauffement climatique, mais que les agriculteurs faisaient de gros efforts pour diminuer leur empreinte carbone.

Qu’en est-il exactement ? Pour établir un bilan, il nous faut des chiffres. Monsieur Collin, ministre de l’Agriculture, a, en 2018, rassemblé des fiches établies par des scientifiques indépendants dans un fascicule la viande et le lait. Établissons donc notre bilan : une vache allaitante émet 86 kg de méthane par an, soit l’équivalent de 2.200 kg de CO2, une laitière émet 114 kg de méthane/an, soit l’équivalent de 2.800 kg de CO2 et une voiture neuve qui roule 20.000 km/an émet 2.500 kg de CO2.

955.000 vaches et 5.700.000 voitures

En Belgique, en 2017, nous avions 435.000 vaches allaitantes x 2.200 kg d’équivalent CO2 = 957.000 tonnes de CO2 plus 520.000 vaches laitières x 2.800 kg d’équivalent CO2 = 1.456.000 tonnes de CO2, soit un total annuel de 2.413.000 tonnes d’équivalent CO2 émis par les vaches belges. Le parc automobile belge c’est 5.700.000 voitures x 2.500 kg/an de rejet de CO2 = 14.250.000 tonnes de CO2. Conclusions, en Belgique, les voitures émettent près de six fois plus de gaz à effets de serre que les vaches… Et ce seraient elles qui seraient responsables du réchauffement climatique ? Continuons !

Comparaisons n’est pas bilan. Les ruminants vivent dans un cycle vertueux, ils broutent des prairies qui absorbent, toujours d’après le fascicule du ministre Collin, 5.900 kg de CO2 à l’hectare par an. En zone herbagère liégeoise, la charge à l’hectare est de 170 kg d’azote d’origine animale/an. Une laitière en rejette 90 kg/an. La législation les limite donc à 1.88 par hectare x les 2.800 kg de CO2 = 5.264 kg de CO2 émis annuellement par 1,88 laitière. La prairie les absorbe intégralement. Ils sont à retirer des 5.900 kg de CO2 de l’aspirateur à carbone qu’est la prairie. Il reste même encore une surefficacité de 636 kg de CO2 à absorber par ha. Ce besoin résiduel en CO2 pourrait s’utiliser pour neutraliser les émissions thermiques de la ferme et permettre un bilan carbone neutre, voire en boni.

Ce bilan démontre que supprimer les ruminants pour diminuer l’effet de serre serait une fausse bonne idée car ceux-ci, en broutant les herbes qui les nourrissent, régénèrent sans cesse celles-ci en un cycle vertueux tandis qu’une herbe qui n’est pas broutée, fane. Or, fanée, elle libère le CO2 absorbé, alors qu’avec le ruminant le bilan est positif. La prairie non seulement absorbe les GES émis par la bête mais elle en capte encore en plus, en véritable puits de carbone, 636 kg de CO2 par an et par hectare. Bravo la vache !

Passons au bilan de la voiture maintenant et à ses quatorze millions deux cent cinquante mille tonnes annuelles de CO2 émises rien qu’en Belgique, et je ne comptabilise pas les camions, bateaux et autres porte-conteneurs. Malgré les pots catalytiques, les filtres à particules, au niveau gaz à effet de serre (GES) le bilan ne fait que s’alourdir. Chaque étape de la « vie » d’une voiture engendre : une addition d’émission de GES, sa fabrication, son entretien, les routes, les parkings, garages, la fourniture du carburant, les pneus... Même pour la démanteler et la recycler, la construction d’infrastructure ad hoc et la refonte de ses éléments, engendrent de nombreux GES. Au niveau réchauffement de la planète, la voiture dégage un bilan à négativité exponentielle très lourd et malaisé à additionner car trop d’inconnues s’y ajoutent.

Douze ans

Mais revenons au méthane ; si ce dernier est 26 fois plus puissant au niveau effet de serre que le CO2, il ne reste dans l’atmosphère « que » 12 ans contre 300 à 400 ans pour le CO2. Le méthane s’inclut dans un cycle stable de 12 ans. Donc, à chaque nouvelle émission correspond une disparition, à une ré-inclusion dans la nature. C’est un cycle fermé, et, contrairement à ce que l’on tente de nous faire croire, ce méthane émis par les herbivores ne fait pas partie de l’effet de serre additionnel qui lui, est le vrai responsable des additions caloriques dans notre atmosphère, mais bien de l’effet de serre originel.

Les herbivores émetteurs de méthane existaient déjà du temps des dinosaures et, avec les nuages qui réfléchissent les infrarouges et représentent 90 % des GES, ils ont participé et participent toujours à l’effet de serre originel qui a permis la vie sur terre. Sans l’effet de serre originel la température moyenne de la terre qui est de + 15ºC tomberait à – 18ºC. Le réchauffement climatique est dû à des émissions de gaz additionnels dont le cycle de vie des herbivores n’est nullement responsable.

En parlant de réchauffement, saviez-vous que les lignes de condensation qui zèbrent nos cieux doublent la pollution CO2 émise par les avions et ce rien que par les infrarouges qu’elles réfléchissent vers le sol. Savez-vous, dixit Jean-Pascal Van Ypersele, qu’un degré d’augmentation de la température de notre planète engendre 7 % d’évaporation de vapeur d’eau, de nuage donc. Et, comme la température moyenne a augmenté de 1,1ºC, cela commence à engendrer un début d’effet d’emballement du réchauffement avec 7,7 % d’intensité pluviale en plus.

Uniquement les vaches ?

Si on parle beaucoup trop du méthane des vaches ; on parle fort peu de celui émis par les rizières, les cimetières, les lacs et fosses marines où pourrissent des algues, coquillages et autres animaux marins. Et le fameux permafrost, appelé aussi pergélisol ; ces immenses contrées nordiques gelées parfois jusque plus de 1.000 m de profondeur. Etanchéisées par un gel vieux de plus de 400.000 ans, le réchauffement les fait fondre en surface, créant des marécages putrides, remplis d’une accumulation millénaire de végétaux et animaux, dont des mammouths. Une véritable bombe de méthane qui pourrait emballer durablement et cruellement le réchauffement.

Et que penser des centrales nucléaires ? On estime que certaines d’entre elles, ce que beaucoup ignorent, rejettent l’équivalent annuel du nitrate émis par une porcherie de 100.000 porcs. Ce nitrate rejeté en direct dans la mer est responsable du boost d’algues très méthanogènes et ce, via l’eutrophisation qu’elles provoquent. Ce nitrate est utilisé dans le process nucléaire. Et on ne se gêne pas pour l’attribuer à nos animaux d’élevage.

Pour revenir aux bovins, beaucoup de décisions malheureuses ont été prises, notamment l’interdiction d’épandages d’effluents en hiver. Il est démontré maintenant que le nitrate d’origine organique ne percole pas plus vers la nappe phréatique en hiver qu’en été et ce, quand il est épandu sur pâture.

L’obligation de construire des citernes d’une capacité de 6 mois de stockage fut une erreur catastrophique qui a engendré un énorme dégagement de CO2 via le broyage des roches qui l’emprisonnaient durablement. A cela il faut ajouter les énormes quantités de CO2 émissent par les fours à ciment qui font de cette industrie une des plus polluante de la planète. D’autre part, cerise sur le gâteau, des études danoises ont révélé que stocker des effluents engendre, via leur fermentation, 22 % de méthane en plus que de l’épandre régulièrement, ce qui stoppe cette évolution méthanogène.

Soyons objectifs

Conclusion finale, évitons d'accuser à tort et à travers. Si nous voulons réparer les erreurs du passé, établissons des bilans objectifs. En règle générale l’agriculteur gère des cycles naturels en bon père de famille. Cycles composés de plus et de moins. Notre boom industriel, âgé d’à peine un peu plus d’un siècle, n’engendre au niveau gaz à effets de serre que des plus. Chercher des boucs émissaires, via une prétendue pollution au méthane émis par les vaches, développera peut-être une juteuse production de viande chimique, mais ne résoudra pas le problème du réchauffement climatique.

Lù vî Gustave