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Mécanique, électrique, thermique… le défanage se réinvente!

Pour la troisième année consécutive, la Fiwap et le Groupement wallon des producteurs de plants de pommes de terre organisaient une démonstration de techniques alternatives de défanage en (plants de) pommes de terre. En effet, l’avenir étant à la réduction d’usage des défanants chimiques, il convient d’expérimenter et d’adopter progressivement de nouvelles techniques en vue de réussir cette étape cruciale, notamment pour la maîtrise des calibres et viroses.

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Dans le monde agricole, toutes productions végétales confondues, les produits phytophamaceutiques sont pointés du doigt. C’est encore plus vrai en pommes de terre, notamment en raison de l’utilisation de défanants chimiques, une pratique propre à cette culture qui interpelle de plus en plus le grand public. Trouver des alternatives, créer de nouvelles techniques, remettre d’anciennes pratiques au goût du jour permettraient d’améliorer l’image qu’ont les consommateurs de notre agriculture.

Une étape cruciale

« Innover, c’est bien mais il ne faut pas faire n’importe quoi pour autant. Le défanage est une étape cruciale pour assurer la qualité des récoltes (matière sèche, lavabilité…), lutter contre les viroses, maîtriser les calibres, éviter les contaminations tardives par le mildiou, maîtriser l’induration des tubercules en vue d’assurer leur conservation… », nuance Pierre Lebrun, coordinateur de la Fiwap. Sur le plan purement pratique, le défanage doit également permettre de respecter le planning d’arrachage, tout en restant abordable en termes de coûts (investissement et coût à l’hectare) et de temps de travail.

Depuis la disparition du diquat, matière active qui était majoritairement utilisée pour le défanage chimique, seuls demeurent en Belgique l’acide pélargonique, le carfentrazone-ethyl et le pyrafluflen-éthyle (lire ci-contre). « Ces matières actives sont également mises sous pression et personne ne peut présumer de leur avenir. En parallèle, on voit apparaître des cahiers des charges demandant de faire l’impasse sur les phyto », complète-t-il.

Dans ce contexte, l’utilisation d’alternatives va croissant : défanage chimique à dose réduite combiné à un défanage mécanique (broyage), utilisation de tire-fanes / coupe-racines après broyage, utilisation de tire-fanes après broyage, défanage thermique et défanage électrique. Plusieurs de ces techniques étaient exposées à l’occasion de la journée de démonstration organisée à Wasseiges, le 10 août, par la Fiwap et le Groupement wallon des producteurs de plants de pommes de terre.

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Le broyage, à combiner avec une seconde intervention

Broyeur de fanes et tire-fanes ont été les premiers à se mettre en action, après quelques explications techniques pour chacun des matériels présentés.

Aux commentaires, devant le broyeur, Thomas Dumont de Chassart : « L’action du broyage est rapide, mais incomplète car la base des tiges reste vivante. Cela conduit à des repousses qui, elles-mêmes, attirent des pucerons virulifères ». En pratique, une seconde intervention est donc programmée en vue de compléter l’action du broyage et limiter la reprise de végétation, notamment en culture de plants où le broyage intervient avant l’apparition des signes de sénescence naturelle. « Il peut s’agir d’un traitement chimique (en plein, localisé ou sous cape), d’un traitement thermique ou encore de l’utilisation d’un tire-fanes couplé, éventuellement, à un coupe-racines. »

En parcelles de consommation, certains agriculteurs se contentent d’un broyage seul, en laissant le moins de tige possible. M. Dumont de Chassart attire néanmoins leur attention sur le fait que cela accroît les risques physiologiques pouvant mener à une coloration de l’anneau vasculaire.

En culture de plants, le broyage est souvent suivi d’un traitement chimique, soit simultanément, soit lors d’un passage séparé. Dans la pratique, la Fiwap constate que ce second passage est indispensable et dépend de la variété, du couvert végétal et des conditions de la saison (lire ci-contre).

« Malheureusement, la vitesse d’avancement lors du broyage est assez faible, aux environs de 5 km/h, mais l’efficacité du travail en dépend. À des vitesses plus élevées, la destruction du feuillage n’est, en effet, pas optimale. » Heureusement, certains constructeurs développement et commercialisent des modèles travaillant au-delà de deux ou quatre rangs, ce qui permet d’accroître le débit de chantier.

Un second point négatif est cité : le broyage favorise la dissémination de maladies bactériennes et/ou fongiques. Dans une parcelle fortement infestée, l’association avec le défanage thermique semble donc plus adaptée.

Le modèle en démonstration était le broyeur Grimme KS75-4 mais bien d’autres existent sur le marché, tant chez ce même constructeur que chez d’autres (Avr, Ropa…)

« La vitesse d’avancement lors du broyage est assez faible, aux environs de 5 km/h,  mais l’efficacité du travail en dépend. À des vitesses plus élevées, la destruction  du feuillage n’est, en effet, pas optimale », détaille Thomas Dumont de Chassart.
« La vitesse d’avancement lors du broyage est assez faible, aux environs de 5 km/h, mais l’efficacité du travail en dépend. À des vitesses plus élevées, la destruction du feuillage n’est, en effet, pas optimale », détaille Thomas Dumont de Chassart. - J.V.

Les tire-fanes reviennent dans les parcelles

Pierre Lebrun poursuit, au sujet du tirage de fanes. Et d’expliquer : « Les techniques mécaniques complémentaires que sont le recours au tire-fanes et au coupe-racines existent depuis plus de 50, voire 70 ans. Elles restaient cependant cantonnées à certaines régions et étaient peu adoptées en Belgique ».

Du côté des tire-fanes, différents modèles et techniques cohabitent sur le marché. Elles ont cependant toute un point commun. « Il est nécessaire de broyer préalablement les tiges, en leur laissant une longueur suffisante (15 à 20 cm minimum) que pour permettre leur traction par la suite. » Le broyeur peut d’ailleurs être installé à l’avant du tracteur, afin de réaliser le broyage et le tirage de fanes en un seul et unique passage.

« L’utilisation d’un tire-fanes requiert généralement d’être précis dès la plantation. En effet, la forme des buttes, la régularité de plantation et le centrage des plants sont importants pour réussir l’opération », ajoute-t-il. Il devient également plus difficile en conditions humides (feuillage mouillé).

Sur le plan sanitaire, il a été montré que le développement des sclérotes de rhizoctone sur les tubercules est plus long. Pourquoi ? « Car la peau des tubercules s’indure plus rapidement. » La tenue de la peau est d’ailleurs similaire à ce qui est obtenu avec un traitement chimique.

« Ajoutons encore que l’utilisation d’un tire-fanes permet une récolte plus précoce, améliore la maîtrise du grossissement des tubercules et empêche la reprise de végétation. » Elle augmente néanmoins le risque de déshydratation des tubercules en année sèche.

Le recours au tire-fanes requiert une puissance de traction suffisante (70 à 120 ch seul, 100 à 170 ch avec un broyeur frontal). Le débit de chantier est assez faible (1 à 2 ha/h).

Sur le marché, divers modèles coexistent. Citons, par exemple, l’EnviMaxX de Rema, le DiscMaster de Vegniek, le Crown Crusher de MSR Plant Technology ou encore l’Oldenhuis de Kloppenburg. Ce dernier était celui en démonstration, en combinaison avec un broyeur frontal issu de chez le même constructeur.

L’Oldenhuis est une arracheuse de fanes à traction verticale constituée de ballons gonflables rotatifs, ici présentée en version 4 rangs (KRB 475). « En pratique, les fanes sont acheminées vers des vis sans fin au moyen de guides. Lesdites vis assurent un approvisionnement constant en fanes vers les ballons en caoutchouc qui les arrachent avec un mouvement brusque. Les ballons épousent la forme des buttes avec une très bonne efficacité, même si les plantes ne sont pas bien centrées », détaille Pierre Lebrun.

À l’arrière, des rouleaux diabolo tassent à nouveau le sol pour protéger les tubercules. Ils existent en version pleine ou à barreaux, ce qui permet de s’adapter à différents types de sol.

Le tire-fanes Oldenhuis, du constructeur néerlandais Kloppenburg,  dispose de ballons gonflables rotatifs en caoutchouc assurant l’arrachage des fanes.
Le tire-fanes Oldenhuis, du constructeur néerlandais Kloppenburg, dispose de ballons gonflables rotatifs en caoutchouc assurant l’arrachage des fanes. - J.V.

Défanage thermique : aucun danger pour les tubercules malgré la chaleur

Thomas Dumont de Chassart reprend la parole au moment d’expliquer le fonctionnement du défanage thermique : « Sous la chaleur générée par le défaneur, soit 800 à 1.000ºC, l’eau contenue dans les cellules foliaires entre en ébullition, au point de faire éclater celles-ci. L’arrêt de croissance de la plante est instantané, bien que l’impact immédiat soit peu perceptible visuellement. La plante est détruite en 24 à 48 heures ».

Les défaneurs thermiques sont alimentés en gaz, voire en fuel, mais des modèles fonctionnant avec des carburants alternatifs (huile de colza ou huile de friture usagée, par exemple) sont en cours de développement. Le carburant est embarqué dans un réservoir installé sur le relevage avant du tracteur.

Selon le volume de fanes à détruire, la vitesse d’avancement varie entre 2,5 et 4 km/h, pour une consommation de l’ordre de 80 à 160 l/ha de propane liquide, de 100 à 150 l/ha d’huile végétale ou de 35 l/ha de fuel, selon les données recueillies par la Fiwap. « En général, un seul passage au défaneur thermique suffit. Cependant, certains affirment qu’effectuer un broyage préalable permet de réduire la quantité de carburant utilisée et facilite le passage du défaneur thermique. Cette affirmation est à apprécier au cas par cas… »

L’opération est sans danger pour les tubercules. « En effet, le sol constitue un très bon isolant. La pénétration de la chaleur s’arrête à 2 cm de profondeur, laissant les tubercules intacts », confirme et rassure Thomas Dumont de Chassart.

Malgré les hautes températures (800 à 1.000°C), le recours au défaneur thermique  reste sûr pour les tubercules, le sol constituant un très bon isolant.
Malgré les hautes températures (800 à 1.000°C), le recours au défaneur thermique reste sûr pour les tubercules, le sol constituant un très bon isolant. - J.V.

Et de poursuivre : « L’efficacité de l’opération dépend de la conception du brûleur et notamment de la circulation de l’air (ventilateurs, nombre de tubulures…). Le bon carénage du four est un autre facteur essentiel : il doit être en adéquation avec la forme de la butte pour conserver au maximum la chaleur au plus près des fanes. La vitesse d’avancement joue également un rôle ».

Le défanage thermique permet d’assainir considérablement la culture. Les hautes températures grillent les spores de mildiou et d’alternariose, mais aussi les doryphores (et leurs larves), les pucerons… et les éventuelles adventices résiduelles. Un impact positif est également confirmé sur les semences d’adventices. « Cependant, on relève un impact sur les auxiliaires, tels les carabes », déplore-t-il.

Le modèle présenté lors de la démonstration était issu des ateliers de la société belge Vanhoucke Machine Engineering. Il existe en différentes largeurs de travail (fixe ou repliable hydrauliquement) et peut être équipé de diverses options.

Le défanage électrique : en cours de développement

Le défaneur électrique, en l’occurrence un prototype baptisé NuCrop, développé par Nufarm, est présenté par Pierre Lebrun. « Ce matériel fait intervenir deux étapes, en un passage. Premièrement, un électrolyte, jouant le rôle de conducteur, est appliqué sur la végétation à l’aide d’un pulvérisateur placé à l’avant du tracteur. Deuxièmement, une charge électrique est produite par un générateur situé à l’arrière du tracteur puis transmise à la culture à l’aide d’un applicateur. Le tout permet un défanage efficace et durable de la parcelle. »

La pulvérisation d’un électrolyte apporte plusieurs avantages. D’une part, le transport du courant est facilité et sécurisé, de sorte que les risques pour l’utilisateur sont fortement réduits. D’autre part, l’électrolyte augmente la surface de contact entre la plante et l’applicateur, rend la cuticule plus perméable, augmente l’évaporation et diminue la résistance de conduction du courant électrique.

« Ce dernier agit probablement par destruction des parois cellulaires dans les faisceaux vasculaires. L’eau et les nutriments ne peuvent plus se déplacer dans la plante. L’arrêt de croissance est immédiat, bien qu’il ne s’observe que quelques jours plus tard », complète-t-il.

L’équipement, en cours de développement, affiche une largeur de travail de 12 m et comprend un réservoir d’électrolyte de 600 l. L’objectif est d’accroître sa largeur de travail, tout en réduisant la puissance électrique nécessaire.

Le défaneur électrique développé par Nufarm se compose, à l’avant,  d’une cuve et d’une rampe destinée à la pulvérisation d’un électrolyte et,  à l’arrière, d’un générateur et d’un applicateur assurant la production  et la transmission du courant électrique à la culture.
Le défaneur électrique développé par Nufarm se compose, à l’avant, d’une cuve et d’une rampe destinée à la pulvérisation d’un électrolyte et, à l’arrière, d’un générateur et d’un applicateur assurant la production et la transmission du courant électrique à la culture. - J.V.

Plusieurs paramètres doivent encore être affinés, certaines questions manquent encore de réponse. C’est notamment le cas de la vitesse de travail, du nombre de passages, des conditions météorologiques idéales pour planifier une intervention… selon le type de cultures à défaner (plants ou pommes de terre de consommation) et le volume de fanes à détruire.

« Néanmoins, on sait déjà que le défanage électrique est sans impact sur la qualité technologique des pommes de terre de transformation. De même, il ne semble pas avoir d’influence négative sur les vers de terre, ni sur la capacité de germination des plants. »

Enfin, ce type d’appareil permettrait d’améliorer la vision du défanage offerte au grand public.

J. Vandegoor

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