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La poule de Herve, une race de notre terroir

Retour aux sources cette année à la foire agricole de Battice-Herve. La poule de Herve y est à l’honneur. Les organisateurs l’ont prise comme thème de la manifestation. « Li neure poie dè paï » sera au centre de toutes les attentions.

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En dehors des éleveurs spécialisés et des sélectionneurs amateurs, les poules n’étaient plus vraiment une préoccupation dans les campagnes, tant dans les fermes que dans la population rurale non agricole. Les différents scandales sanitaires, dont le dernier en date celui du Fipronil, le retour des circuits courts et d’une consommation plus qualitative, le souci du bien-être animal et les préoccupations environnementales pour la gestion des déchets ménagers… ont renforcé l’intérêt pour les volailles auprès du grand public.

Conscient de ce regain d’intérêt, les organisateurs de la foire agricole ont donc décidé de mettre la race locale à l’honneur. Jean-Marie Prégardien, éleveur et président du club spécialisé de la poule de Herve nous retrace l’historique de cette volaille emblématique du plateau de Herve.

Une race ancestrale

Tout comme l’Ardennaise ou la Braekel, la poule de Herve fait partie des races les plus anciennes de notre terroir. On les retrouvait dans les fermes du Plateau de Herve, des rives de la Vesdre à celles de la Meuse, depuis des temps immémoriaux et bien avant l’existence des fédérations d’élevage, fondée à la fin du 19e siècle. Ces races ancestrales n’étaient gérées par personne. Chaque région avait la sienne, adaptée à son climat et à son environnement. La poule de Herve, légère, bonne pondeuse avec une production de 150 à 180 œufs blancs se contentait de peu de nourriture.

Peu exigeante pour son logement – elle dormait volontiers dans les arbres autour de la ferme - elle était très rustique et résistait aux maladies des volailles. Elle ne couvait pas et avait besoin d’un vaste territoire.

« À l’époque, on ne retrouvait que des poules noires. La sélection naturelle de cette couleur viendrait peut-être du fait que la couleur noire intéresse moins les prédateurs, les races noires étant attaquée en dernier lieu par les rapaces », avance J-M Prégardien avec quelques réserves.

À l’initiative du Ministère de l’Agriculture qui voulait développer une approche plus scientifique de l’élevage par la sélection et la mesure des performances, l’élevage avicole s’est structuré à la fin des années 1800. Cette structuration est allée de pair avec l’établissement du premier standard de la poule de Herve en 1896.

Déclin et disparition

À la fin du 19e siècle, l’aviculture sportive s’intéresse aux races décoratives et perd son intérêt pour les races traditionnelles locales. Des races exotiques comme la poule Brahma d’Inde, la poule Phoenix, des races françaises… sont introduites et croisées avec nos races locales par les couches aisées de la population pour créer de nouvelles races. Elles seules peuvent à l’époque s’offrir le luxe de détenir des animaux non utilitaires. Les races anciennes sont ainsi progressivement délaissées.

Avant la première guerre, ladite poule représentait environ 80 % des effectifs de volailles sur le plateau de Herve. La guerre de 14 va considérablement les réduire, mais on assiste à une renaissance après guerre à partir de quelques bons sujets conservés par un sélectionneur éclairé.

Toutefois après ce conflit et pour assurer la production, on se tourne vers des races étrangères plus performantes et notamment des poules italiennes, hollandaises (Barnevelder) qui font progressivement perdre pied à nos volailles du terroir moins productives… Toutes ces races étrangères produisent des œufs bruns contraire ment aux races ancestrales dont les œufs sont blancs. L’engouement pour ces œufs colorés – qui est toujours d’actualité aujourd’hui – la productivité accrue des races étrangères et dans les milieux amateurs, l’intérêt pour les races exotiques concourent à la disparition progressive des poules de Herve.

La seconde guerre mondiale et le succès des races américaines et des hybrides très productives importées après la guerre vont avoir raison de la poule de Herve. Début des années 60, seuls quelques sujets, pas vraiment purs, subsistent encore dans les quelques fermes où les agriculteurs les conservaient par habitude.

Renaissance de la race

Conscients de la disparition de ce patrimoine local, des éleveurs sportifs – Robert Lequeux, Willy Lecoq, M Destinez et Robert Cardols – décident de reconstituer la race dans les années 60. Ils partent notamment des sujets croisés subsistant dans les fermes, de coqs Ardennais dont le gabarit, la forme des attributs et la couleur des œufs sont très proches de la race et de poules Gasconne, une poule noire française qui rappelle la poule de Herve.

Commence alors un important travail de sélection pour retrouver le standard de la poule de Herve tout en maintenant la production d’œufs blancs, une caractéristique difficile à obtenir quand on sait que le gène des œufs bruns est dominant, explique J-M Prégardien.

Après plus de 20 ans desélection, la poule de Herve est enfin reconstituée au début des années 1980.

Le club de la poule de Herve

C’est dans la foulée de cette renaissance qu’un éleveur de St Vith, M. Hansen, écrit les premiers statuts du « club des éleveurs de la poule de Herve ». Créé en 1995, ce club spécialisé assure la promotion de la race, soutien ses membres en apportant conseils et expertise ainsi qu’une aide pratique pour la participation aux expositions (fourniture des bagues, transport groupé…).

Une journée d’expertise est organisée chaque année permettant à tous les éleveurs (sportifs ou simples amateurs) de présenter leurs sujets. Le club participe aux journées techniques destinées aux juges avicoles qui profitent ainsi du savoir-faire et des connaissances des éleveurs spécialisés. Peu de juges la connaissent bien, explique J-M Prégardien car les effectifs présentés en exposition restent limités.

Ce club a connu un réel essor après sa création pour s’essouffler un peu par la suite. Aujourd’hui, il connaît un renouveau avec l’affiliation de quelques jeunes éleveurs dynamiques. L’un d’eux, Didier Brick, a notamment créé un site internet et une page sur un réseau social qui permet de dynamiser l’élevage et l’intérêt pour la race et de s’ouvrir à un autre public que celui des éleveurs sportifs traditionnels. Des amateurs publient des photos, demandent l’avis de spécialistes sur leurs animaux… Ils ne sont pas membres du club mais appartiennent à ce groupe d’éleveurs. Un nouvel élan peut-être pour valoriser la race auprès des amateurs qui peuvent ainsi facilement trouver des conseils adéquats auprès d’éleveurs chevronnés.

Présente aussi aux Pays-Bas

La promotion de la poule de Herve par le club du même nom a porté ses fruits… aux Pays-Bas. Un Hollandais, Ton Wanders, passionné de la région du Mergelland (pays du tuffeau) proche de Maastricht a ainsi contacté le club en 2011. Il avait retrouvé des documents attestant la présence de poules de Herve dans le Limbourg hollandais. Elles étaient élevées par des agriculteurs fréquentant le marché d’Aubel, où les fermiers du plateau allaient vendre leurs œufs et volailles. Mais elles avaient aussi disparu après guerre dans cette région hollandaise, supplantées par des races plus productives.

Les Hollandais ont réintroduit la poule de Herve dans cette région en la dénommant Mergelland hoen. Un club du même nom a été fondé en 2012. Il a rapidement connu beaucoup de succès puisqu’il a enregistré jusqu’à 40 éleveurs avant de connaître un essoufflement ces dernières années. Le club a souhaité faire reconnaître la Mergelland hoen auprès des autorités hollandaises mais cela a été refusé sous cette appellation. L’entente européenne, une asbl qui regroupe toutes les fédérations d’élevage des 27 pays européens plus la Suisse, a reconnu la poule de Herve et a imposé ce nom unique aux éleveurs hollandais. Aujourd’hui, des expertises des poules sont réalisées avec les éleveurs hollandais, alternativement aux Pays-Bas et en Belgique. Une façon de soutenir l’élevage des deux côtés de la frontière.

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