Le Véris, une solution pour diminuer les intrants et optimiser ses semis et plantations?

Le Veris collecte des données de conductivité, de pH et de matière organique au sein d’une parcelle. Idéalement, le scannage se fait  après moisson, sur un sol ressuyé et déchaumé mais il peut aussi être réalisé sur labour ou couvert. Les prix appliqués sont dégressifs  en fonction de la superficie traitée et tourne autour de 130 euros/ha pour une parcelle de 10 ha.
Le Veris collecte des données de conductivité, de pH et de matière organique au sein d’une parcelle. Idéalement, le scannage se fait après moisson, sur un sol ressuyé et déchaumé mais il peut aussi être réalisé sur labour ou couvert. Les prix appliqués sont dégressifs en fonction de la superficie traitée et tourne autour de 130 euros/ha pour une parcelle de 10 ha. - DJ

Le Véris est un scanner de sols dans lequel a investi Apligeer, l’association des producteurs de légumes industriels de Geer. Depuis 1 an, l’organisation de producteurs livrant Hesbaye Frost propose à ses membres de scanner leurs parcelles : « Nous avons scanné 360 ha l’année passée et nous sommes déjà à 300 ha cette année », explique Guillaume Fraipont.

Trois paramètres pris en compte

L’outil permet de mesurer trois paramètres : la conductivité, le pH et la matière organique.

La conductivité est mesurée via des disques situés sous la machine. Celle-ci comprend deux disques émetteurs de courant et quatre disques récepteurs. Ces disques mesurent le passage du courant au travers du sol. Ce passage est lié à plusieurs paramètres du sol, le premier étant sa texture : « On peut ainsi détecter les zones argileuses ou plus douces de la parcelle. Au plus il y a d’argile, au plus le courant passe et la conductivité est élevée. À l’inverse, plus le sol est doux ou sablonneux, moins le courant passe et la conductivité est plus faible. Sur base de ces mesures, on va être capable de zoner la parcelle ».

La conductivité est liée à la texture du sol mais aussi à sa structure. La littérature parle aussi de lien avec l’humidité et les éléments nutritifs du sol. « Certaines mesures peuvent donc par exemple être associées à une compaction de sol, c’est un élément auquel il faut prêter attention ».

La machine réalise également des mesures de pH. « Une sonde prélève des échantillons tous les 15 à 20 m et ceux-ci sont immédiatement analysés. On a ainsi 40 à 50 mesures à l’hectare. On ne travaille plus sur une moyenne au sein de la parcelle mais bien sûr un zonage précis du pH ».

Enfin, le Véris mesure également la matière organique en continu à l’aide d’un capteur infrarouge. « Néanmoins, cette option est encore peu utilisée ».

Analyses et calibrage avant modulation

« Le scan n’est que la première étape de la cartographie. Nous sélectionnons ensuite 4 à 5 points dans la parcelle et y réalisons des échantillonnages de sol. Ceux-ci subissent une analyse complète. Ensuite Agrometius, société importatrice du Veris spécialisée dans l’agriculture de précision, recalibre les cartes en fonction des résultats de ces analyses. C’est sur base de ces cartes que sont élaborées les cartes de modulation de semis ou d’apports d’intrants. Le délai entre le scan et les résultats est actuellement de 7 semaines. Mais, une réorganisation est en court avec, notamment, la prise en charge des analyses de sol par CPL Végémar. Le délai devrait être ainsi réduit à 4 ou 5 semaines ».

Pour une action localisée et une optimisation des densités de semis

« Grâce aux cartes de modulation, on n’intervient plus de manière globale sur la parcelle mais de façon localisée sur base des variabilités détectées », dit Guillaume Fraipont.

Les mesures de conductivité vont, par exemple, mener à une optimisation des densités de semis. « C’est particulièrement utile en légumes. La germination est toujours plus faible sur les bosses alors qu’elle est de 100 % dans les fonds. Grâce à la modulation on va pouvoir augmenter ou diminuer la densité de semis dans ces zones. On peut ainsi faire des économies de semences et éviter d’avoir trop de biomasse dans les fonds », explique-t-il encore.

Pour Guillaume Fraipont, les données collectées doivent être utilisées afin d’apporter des solutions et bénéfices à l’ensemble de la rotation.
Pour Guillaume Fraipont, les données collectées doivent être utilisées afin d’apporter des solutions et bénéfices à l’ensemble de la rotation. - DJ

Toujours sur base de la conductivité, il est également possible de moduler l’apport d’engrais. « En épinard, plante gourmande en azote, nous avons pu repérer différentes zones dans les parcelles avec un conseil variant parfois du simple au triple. Si le conseil avait été global, certaines zones auraient été surdosées alors que d’autres auraient été sous dosées ». Enfin, les données de conductivité peuvent également mener à une modulation des fumures PK.

En ce qui concerne les mesures de pH, Guillaume Fraipont insiste sur la variation que l’on peut constater au sein d’une même parcelle : « Nous avons souvent été surpris de constater que le pH variait de 5 à 7 au sein de la parcelle alors que la moyenne était à 6,5-7. Les disparités peuvent donc être importantes et ces mesures peuvent permettre de moduler le chaulage ».

« Pour la matière organique, nous n’avons pas encore de réelles applications mais nous espérons qu’à l’avenir certains entrepreneurs seront équipés et pourront valoriser ces cartes ».

L’agronome insiste enfin : « De par notre raison d’être, nous travaillons principalement avec des producteurs de légumes industriels mais, le scan de sol et les données récoltées doivent être envisagée sur l’ensemble de la rotation. Les mesures de pH sont valables plusieurs années ainsi que les analyses de sol. Il faut voir ça sur le long terme et pas uniquement pour une culture. En pomme de terre, par exemple, certains producteurs utilisent ces données pour moduler la distance dans la ligne. Le Véris pour apporter des réponses dans de nombreuses cultures ».

L’avis du Cra-w : un outil de réductions des intrants

Le Centre wallon de recherches agronomiques de Gembloux s’intéresse également au Véris depuis plusieurs années. « Les agriculteurs connaissent l’hétérogénéité de leur parcelle mais ne savent pas forcément à quel paramètre agronomique elle est due », dit Quentin Limbourg. « Dans cette optique, le Véris a du potentiel mais, encore faut-il être certain de sa fiabilité. C’est pourquoi nous avons réalisé des comparaisons entre, notamment, les données de pH collectées avec le Véris et des prélèvements plus traditionnels ».

De ces différents essais, dont certains dans des parcelles très hétérogènes, le CRA-W conclut : « Lorsque l’hétérogénéité n’est pas élevée, par exemple lorsqu’elle varie entre un pH de 6,5 et 6,7, il n’est tout d’abord par utile de faire un apport différencié mais, on peut également affirmer que la carte n’est pas tout à fait juste car l’hétérogénéité est plus faible que l’erreur de mesure. Par contre, dans des parcelles avec de fortes variations, on a une corrélation de 95 %. Nous avons mis cela en application dans une terre de remembrement, un travail par zone et en plusieurs applications nous a permis de redresser le pH aux endroits problématiques et, d’éviter les blocages et de faire des économies sur le reste de la parcelle ».

Quentin Limbourg, «Utiliser avec précaution, les outils d’agriculture de précision tel que le Véris peuvent nous permettre de réduire nos intrants, de faire des économies et contribuer à l’image de marque de l’agriculture».
Quentin Limbourg, «Utiliser avec précaution, les outils d’agriculture de précision tel que le Véris peuvent nous permettre de réduire nos intrants, de faire des économies et contribuer à l’image de marque de l’agriculture». - DJ

Quentin Limbourg poursuit : « En ce qui concerne la conductivité, il y a en effet une grande corrélation avec la texture du sol mais, la structure et l’humidité peuvent également influencer les résultats. Les tas de betteraves, les différences de structure dues à un remembrement sont facilement repérables. Lorsqu’on a fait fis de ces éléments influenceurs, on peut alors utiliser les cartes en se basant sur la teneur en argile ».

Pour les mesures de matière organique, le chercheur se montre quand même sceptique : « Je pense que ce capteur n’est pas fiable car il utilise une seule longueur d’onde là où tous les autres capteurs que nous testons travaillent avec une plage allant de 350 à 2.500 nanomètres. C’est un point dont nous avons déjà débattu avec les fabricants américains mais nous ne sommes pas en accord ».

Il conclut : « Le Véris peut donc aider à diminuer les intrants dans certaines zones de nos parcelles. Au Cra-w, nous espérons même pouvoir un jour aller plus loin, en utilisant toutes les données des capteurs proposés en agriculture de précision pour expliquer les écarts de rendements ».

Propos recueillis par DJ