Chez Duizings: le pâturage pour maîtriser les coûts alimentaires

Tom, Patrick et Paulette Duizings s’organisent de sorte que le travail puisse être géré  par deux personnes. Cela leur permet de pouvoir tenir leurs engagements  à l’extérieur de la ferme.
Tom, Patrick et Paulette Duizings s’organisent de sorte que le travail puisse être géré par deux personnes. Cela leur permet de pouvoir tenir leurs engagements à l’extérieur de la ferme. - P-YL.

Installée à Retinne depuis 1972, la famille Duizings est très impliquée dans le paysage agricole du Pays de Herve.

C’est en 1987 que Patrick reprendra la moitié de l’exploitation familiale. Père et fils traient alors quelque 250.000 l. Les premières années de cette association sont donc marquées par plusieurs achats de quota.

Très vite, la construction d’une nouvelle étable est envisagée. Toutefois, le décès inopiné de son père (1994) poussera Patrick à retarder ses projets de construction ! De 14 ans pour être précis. Le nouveau bâtiment doit permettre de remédier au manque de place dans les anciennes infrastructures mais aussi de remettre l’exploitation aux normes.

Au vu des crises laitières successives, l’éleveur doit étaler certains aménagements, comme la mise en place de silos, le raccordement aux Dac. À la fin des quotas, les Duizings traient près de 640.000 l sur l’année.

En 2017, Tom, le fils de Patrick et Paulette, devient aidant sur l’exploitation. Ce n’est qu’au 1er février de cette année, qu’il s’associera à ses parents. Il est désormais l’un des plus jeunes agriculteurs installés en Wallonie.

Pouvoir gérer le travail à deux

Chez les Duizings, on compte 2,4 unités de travail. Toutefois, l’organisation est pensée de sorte à ce que le travail quotidien puisse être réalisé par deux personnes. L’idée ? Permettre aux membres de l’association de pouvoir prendre une journée au besoin. Une donnée importante quand on sait que chaque entité a des engagements en dehors de la ferme : Patrick en tant que membre du conseil d’administration de la laiterie Arla (occupation pour l’équivalent de 1 jour/semaine) ; Paulette en tant que présidente locale Uaw et membre de la Commission Lait Fwa ; Tom pour des travaux saisonniers en entreprise agricole.

C’est généralement Tom et Paulette qui prennent en charge la traite pendant que Patrick nourrit les veaux et les génisses. Après le déjeuner, les vaches reçoivent un complément de silo d’herbe.

Les travaux d’astreinte du soir sont habituellement assumés par les deux hommes.

En cas d’absence de Patrick, Tom se charge également de la distribution de la ration.

Un maximum d’efficacité en salle de traite

La laiterie est équipée d’un pré-refroidisseur et de deux tanks à lait pour permettre à la laiterie (Arla) de venir chercher la production (sans OGM) à tout heure.

En ce qui concerne la salle de traite, les coûts ont été volontairement limités mais pensés pour un maximum d’efficacité : simple équipement (12 griffes pour 24 places) de type « swing-over » en ligne haute avec uniquement décrochage et indicateurs. Les trayeurs attendent toujours que 3 à 4 vaches aient été décrochées avant de passer les griffes de l’autre côté. Ils peuvent ainsi préparer les vaches, favorisant ainsi la descente de lait. La traite par petits lots leur fait encore gagner du temps. Les Duizings ne réalisent un post-trempage des mamelles et une désinfection des manchons trayeurs qu’en cas de vaches potentiellement hautes en cellules.

Un petit aménagement en sortie de salle de traite permet d’aisément dévier et isoler les vaches qui nécessiteront des soins (onglons p.ex.) après la traite.

En 2019, la production totale a été de 768.000 l. Un des principaux objectifs est de maintenir l’augmentation de production entamée ces dernières années, afin de sécuriser les revenus pour les deux associés. Si Tom espère à terme dépasser le million de litres de lait produit, Patrick le tempère histoire de pouvoir grandir dans de bonnes conditions. Début 2020, si l’on en croit les données du Comité du lait, les éleveurs ont livré un lait à 43,7 g/l MG, à 34,9 g/l protéines, à 279 mg/l urée, et à 171.000 cellules.

Pour la salle de traite, les coûts ont été volontairement limités mais pensés pour un maximum d’efficacité:  simple équipement de type « swing-over » en ligne haute avec décrochage et indicateurs.
Pour la salle de traite, les coûts ont été volontairement limités mais pensés pour un maximum d’efficacité: simple équipement de type « swing-over » en ligne haute avec décrochage et indicateurs. - P-Y L.

106 vaches en deux lots

Les 106 productrices présentes sur l’exploitation sont réparties en 2 lots : les 88 laitières en pleine lactation constituent le lot A, les 18 autres en fin de lactation et pré-tarissement forment le lot B. Patrick réintègre les vaches en fin de tarissement dans le lot B quelques jours avant vêlage.

Les deux lots se succèdent à la traite. C’est durant la traite du second lot, que le premier a accès à la ration au cornadis. Une partie du lot A profite de l’auge du lot B. Ainsi, lorsqu’elles ont été traites, les laitières du lot B n’ont que du silo d’herbe, (majoritairement de la seconde coupe), le maïs et le correcteur ayant déjà été consommé par le lot A.

Un suivi de fécondité nécessaire

En ce qui concerne la reproduction, Patrick a toujours privilégié l’insémination pour l’entièreté du troupeau. « Nous n’avons pas de taureau de rattrapage. Pourtant, ces dernières années nous avons connu quelques problèmes en termes de fécondité. C’est ce qui nous a poussés à initier un suivi de fécondité rigoureux fin 2016 », explique Patrick.

Mis en place par le vétérinaire d’exploitation, ce dernier se rend tous les mois sur l’exploitation dans le but d’examiner plusieurs laitières : vaches de 30 à 120 jours de lactation, inséminées depuis plus de 30 jours, individus qui ont eu des problèmes au vêlage, celles qui ont reçu plus de 3 inséminations. Les génisses de plus de 15 mois et celles inséminées depuis plus de 30 jours, sont incluses dans l’examen.

En fonction des résultats, certains traitements sont effectués au besoin. Le suivi constitue également une aide précieuse à la décision de réforme. Si cette prise en charge représente un certain coût en frais de cheptel, c’est un investissement gagnant tant les performances des laitières s’en sont vues améliorées (meilleur intervalle-vêlage-vêlage, meilleurs rendements) !

Un petit aménagement en sortie de salle de traite permet d’aisément dévier  et isoler les vaches qui nécessiteront des soins après la traite.
Un petit aménagement en sortie de salle de traite permet d’aisément dévier et isoler les vaches qui nécessiteront des soins après la traite. - P-Y L.

Le jeune bétail

Après vêlage, les veaux sont logés dans les anciennes étables. La nurserie est divisée en deux espaces distincts de sorte à pouvoir faire un vide sanitaire entre chaque lot de nouveaux nés.

Ces derniers sont nourris au seau avec du lait reconstitué, en utilisant de la poudre à base de lactosérum. Patrick a opté pour ce type d’aliments car moins « bourratifs ». Les veaux peuvent ainsi consommer également des concentrés et des fourrages. En complément à leurs 2,5 – 3,5 l de lait par repas, ils reçoivent foin et floconnés.

Le sevrage à 3 – 3,5 mois est précédé d’un pré-sevrage de 3-4 jours (un seul repas de lait/jour). Les floconnés sont alors rationnés à une quantité quotidienne estimée à 2,5 kg/veau jusqu’à l’âge de 6 mois. Un concentré de base y est également intégré progressivement.

À 6 mois, les génisses déménagent dans la nouvelle étable. Elles ont à l’auge du silo d’herbe, du foin, et un peu de concentrés.

À 8-9 mois, place à l’ensilage de maïs (5-6 kg brut) et à l’ensilage d’herbe à volonté.

Les génisses commencent à pâturer vers l’âge de 12 mois. Elles sortent dans des prairies moins chargées en bétail et à proximité de la ferme, afin de pouvoir les complémenter à l’étable. Les génisses confirmées pleines pâturent dans les prairies plus éloignées.

Une fois gestantes, elles retournent dans les anciens bâtiments. Notons que les Duizings utilisent la mesure du tour de poitrines des génisses comme indicateur du développement suffisant ou non, pour l’insémination par exemple. Un point de repère : 1m69 = +/- 400 kg. Elles y consomment de l’ensilage d’herbe très sec de 4e coupe. Ce n’est que 15 jours avant le vêlage qu’elles sont intégrées dans le lot A, ce qui permet notamment de leur assurer un apprentissage du DAC et de la salle de traite.

Si l’on en croit la comptabilité de gestion de Patrick et Tom, le coût d’élevage des jeunes bovins est de : 112 € (achats aliments) + 59 € (frais de cheptel) + 87 € (frais var. SF) + 245 € (frais fixes) = 503 € /JB/an. L’âge au premier vêlage pour 2018 étant de 26,3 mois, les frais d’entretien d’une génisse durant sa période improductive s’élève donc à 1.102 €, sans compter la valeur du jeune, ni le travail des éleveurs.

Le même calcul avec les valeurs moyennes des élevages de la région donne un coût de 1.395 €. Il y a donc de quoi réfléchir avant d’élever trop ou de réformer trop jeune…

Une place importante pour le pâturage

Le pâturage tient une place importante dans le système prôné par la famille Duizings. Sur les 5 dernières années, les calculs réalisés par le service technico-économique d’Elevéo ont montré qu’elle atteignait 74 à 83 % d’autonomie alimentaires énergétique.

Si plusieurs systèmes ont été mis en place au cours du temps, Patrick a adopté le système « 1 jour – 1 parcelle » depuis 2009. Les +/- 33 ha pâturables (bientôt 38) sont divisés en parcelles de 2 à 6 ha (les plus éloignées à 700m). En début de saison, les vaches ne tournent que sur 4 parcelles, et changent tous les jours. Le nombre de parcelles pâturées augmente au cours de la saison pour arriver à 10-11 parcelles en fin de saison.

S’il faut pâturer l’herbe relativement courte, les parcelles ne doivent pas être trop petites. Il ne faut dès lors pas hésiter à jouer sur le nombre de parcelles dans le circuit. L’alternance fauche-pâture permet de garder une bonne appétence. Dans ce système, il est également important d’adapter les quantités affouragées en fonction de l’herbe disponible, surtout en cas de sécheresse.

À noter que la récolte des ensilages, les travaux de pulvérisation, les semis et récoltes en cultures sont confiés à l’entreprise.

La complémentation de base est assez simple : 15 kg frais de maïs ensilé/vache/jour. Aucun correcteur protéique n’est distribué en été. Ces dernières années, en raison de la sécheresse, les quantités de maïs ont dû être augmentées avec ajout de correcteur en conséquence.

Des coûts de production raisonnés

Pour l’exercice 2018, le total des coûts de production hors main-d’œuvre familiale est de 28,77 €/100 l chez Duizings et de 30,78 €/100 l en moyenne pour les éleveurs laitiers spécialisés du Pays de Herve.

L’alimentation représente 17,63 €/100 l alors que la moyenne est de 20,06 €/100 l en moyenne. Des achats d’aliments plus raisonnés que la moyenne font la différence !

Propos recueillis par P-Y L.

À l’auge des laitières

La ration des vaches (lot A) est composée de : 12 kg de maïs, 1 kg de foin, du silo d’herbe à volonté (environ 2/3 de 1ère coupe + 1/3 de 2e coupe), 0,75 kg de pulpes, 0,75 kg de correcteur énergétique 10 % PBT, 0,5 kg de correcteur 39 % PBT, 80 g minéral 21-3.

Des betteraves fourragères sont fréquemment intégrées dans la ration hivernale. Il s’agit d’un aliment économiquement (et zootechniquement) intéressant dont le coût de production dans l’exploitation varie de 16 à 19,5 € / tonne en fonction des années et des rendements.

Le Dac a été mis en route à partir de 2015. Tom s’occupe du réglage de celui-ci. Deux aliments y sont distribués :

Une noix de production est également donnée en fonction de la production à partir de 20 L, jusqu’à un maximum de 6-7 kg par vache par jour.

Une noix starter est distribuée à raison de 1 kg/jour aux vaches de moins de 100 jours de lactation, éventuellement prolongée pour les multipares donnant plus de 45l et primipares de plus de 35l.

Notons qu’au tarissement, les vaches ne reçoivent pas de minéraux. Elles sont alors nourries avec du silo d’herbe et du foin à volonté.