Betteraves et néonicotinoïdes : le secteur à la recherche d’une alternative

Betteraves et néonicotinoïdes : le secteur à la recherche d’une alternative
J.V.

Cette année, la présence des pucerons porteurs du virus de la jaunisse a été particulièrement importante en culture de betteraves, avec des pertes de rendement en sucre de près de 30% dans les zones touchées. Et lorsque le virus a été très présent une année, on peut craindre des situations équivalentes voire plus graves l’année suivante si le froid de l’hiver n’a pas éliminé lesdits pucerons.

S’il est capital pour les agriculteurs de pouvoir développer une lutte efficace avant que ces insectes ne causent des dégâts irréversibles et ne se reproduisent de façon incontrôlée, les néonicotinoïdes, aujourd’hui sous le régime d’une dérogation permettant leur usage sous conditions strictes, sont encore et toujours le seul moyen de lutte efficace.

Des alternatives efficaces nécessaires

Pour la Fwa, il est donc impératif d’encourager la recherche afin de trouver des alternatives efficaces. Selon elle, la filière betterave est elle-même très active dans cette dynamique.

Sur un relativement court terme, on pourra se diriger vers des insecticides différents sur lesquels des essais sont déjà en cours. D’ici deux ou trois ans, on peut espérer avoir une meilleure vision de la façon optimale de les utiliser avec un minimum d’impacts par ailleurs.

Pour le moyen terme, des variétés de betteraves qui présentent une tolérance à cette jaunisse devraient être disponibles.

A long terme, le secteur place beaucoup d’espoirs dans la recherche fondamentale, dont l’étude qui devrait être menée à Gembloux, à l’ULG, qui vise à renforcer l’immunité des plantes via l’usage de substances tout à fait naturelles, mais qui attend toujours son financement par l’autorité publique.

«Pour la saison 2021 aucune de ces solutions n’est disponible. Une nouvelle dérogation est donc indispensable pour la survie même du secteur betteravier», martèle la Fwa.

Un plan de transition pour sortir des NNI

La Fugea appelle, quant à elle, les pouvoirs publics à mettre en place un « plan de transition » à l'échelle de la filière betteravière pour sortir de l'usage des NNI à court terme.

Si et seulement si un plan de transition est validé par l’ensemble de la filière et peut entrer en fonction pour les semis 2021, la Fugea soutiendra alors la fin de la dérogation d’utilisation des néonicotinoïdes en betteraves.

Si un tel plan ne voit pas le jour, une interdiction brusque de l’usage des NNI sans alternatives opérationnelles pour les agriculteurs ne serait pas acceptable (risques environnementaux non résolus et pertes supportées uniquement par les agriculteurs).

Ce plan se déclinerait en deux grands axes :

– une compensation pour les agriculteurs betteraviers impactés par les pertes de rentabilité dues au remplacement des NNI par des pratiques alternatives (pertes de rendement et surcoût à charge des agriculteurs). Cette aide serait proposée chaque année et évaluée en fonction des niveaux de pertes de rentabilité liées à la jaunisse;

– le développement d’alternatives opérationnelles via des programmes de recherche portés par les acteurs publics (centres de recherche, centres pilotes) mais surtout par la filière (coopératives, sucreries, semenciers). Ces programmes de recherche viseront à développer de nouveaux itinéraires culturaux, prenant en compte la sélection de variétés moins sensibles aux maladies foliaires et aux ravageurs.

Pour ladite fédération, cet accord serait la meilleure solution pour concilier performances agronomiques, environnementales et économiques de la filière betterave. Sans cet accord, elle demande, elle aussi, une réévaluation de la dérogation afin que les agriculteurs ne soient pas les perdants de la filière.

Ce plan de transition doit être accompagné de décisions assurant une cohérence politique:

– pour éviter toute distorsion de la concurrence, ce genre de mesure doit être pris de façon homogène avec les autres Etats Membres de l’Union Européenne. C’est pourquoi elle demande un plan de transition mis en place par la filière (européenne) elle-même, ainsi que l’interdiction de l’importation des produits alimentaires importés en Europe et produits avec des NNI;

– pour assurer une cohérence d’usage pour chaque produit au sein de la Belgique elle-même.

Enfin, ce sont tous les usages de NNI doivent être interdits. Le secteur agricole n’est en effet pas le seul à avoir recours à ces produits (le cas des insecticides domestiques pour animaux de compagnie en est un exemple).

Le direct

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