2021 en maïs ensilage et grain: une campagne marquée par la pluie, le froid et… de très bons rendements

En 2021, le recensement provisoire de l’Office belge de statistique indique une surface totale en maïs, sur notre territoire, de 231.339 ha dont 183.159 ha concernent le maïs fourrage et 48.180 ha destinés au maïs grain. Par rapport à 2020, il s’agit d’une augmentation de 0,9 % des surfaces en maïs fourrage et d’une diminution de 7,1 % des surfaces en maïs grain (tableau 1).

La légère augmentation des surfaces de maïs fourrage concerne la Wallonie alors qu’en Flandre, lesdites surfaces sont restées pratiquement au même niveau. En maïs grain, la diminution des surfaces s’est principalement produite en Flandre.

Des semis en conditions froides

Avec un mois de janvier très humide et un mois de février avec une pluviométrie proche de la normale, les réserves d’eaux souterraines ont pu être partiellement reconstituées après le déficit de précipitations de 2020. Par contre, en mars, les quantités de précipitations étaient plus faibles que la normale. C’était également le cas en avril où les pluies ont été observées durant la première décade. Il a fallu ensuite attendre le mois de mai pour connaître une pluviométrie plus importante.

Après des mois de février et mars plus doux que la normale, la fraîcheur s’est installée au mois d’avril avec des températures moyennes qui ont chuté. Les températures minimums ont même été négatives plusieurs jours, surtout dans le sud du pays et sur les sols sablonneux froids du nord. Ce mois d’avril a été le plus froid depuis 1986.

Les récoltes ont débuté tardivement et ont été compliquées  par les conditions météorologiques humides.
Les récoltes ont débuté tardivement et ont été compliquées par les conditions météorologiques humides. - TD

Dans ce contexte, les agriculteurs ont souvent hésité à commencer les semis. Par contre, les conditions sèches ont permis de préparer les sols dans de bonnes conditions. Les premiers semis ont pu débuter vers le 15-20 avril et se sont poursuivis sans entraves jusqu’au mois de mai.

Durant la première quinzaine de mai, il a plu régulièrement mais en faible quantité ce qui n’a guère gêné l’avancement des semis. Au 10 mai, une large majorité des surfaces de maïs était emblavée. Durant la deuxième quinzaine de ce mois, les pluies sont devenues plus fréquentes et parfois intenses, ce qui a perturbé les récoltes de ray-grass et les semis de maïs succédant à celui-ci. Il a parfois fallu attendre la fin mai pour réaliser les derniers semis.

Une levée et un début de croissance très lent, toujours dans le froid

En raison des conditions sèches et fraîches des mois d’avril et de début mai, la germination était fort ralentie, surtout dans les premières parcelles semées où le maïs a parfois mis plus d’une quinzaine de jours pour sortir de terre. Parfois, cela s’explique aussi par une profondeur de semis plus basse en raison des conditions sèches d’avril et des prévisions d’attaques de corvidés. Au final, le pourcentage de levée était généralement satisfaisant mais, dans certaines situations, les manques de plantules étaient parfois importants.

Après la levée, la croissance des plantes n’a pu se faire à un rythme normal et beaucoup de parcelles ont pris du retard.

Suite à aux conditions froides, il y avait peu de nourriture disponible pour les corvidés et ramiers. Ils se sont rapidement attaqués aux premiers semis et ont continué à visiter les parcelles bien après la fin des semis et la levée des plantules.

Comme attendu suite au retrait du Mesurol, de nombreux agriculteurs ont utilisé des semences traitées au Korit. Celui est moins efficace que le Mesurol et il est également beaucoup plus toxique pour l’utilisateur.

Les dégâts de corvidés étaient nombreux en 2021, parfois même sur des champs dont les semences étaient traitées au Korit. Un certain nombre d’agriculteurs ont dû ressemer des parcelles suites à ces dégâts.

Les pucerons se sont, eux, montrés discrets. Le temps froid ne leur a pas été favorable ainsi que les fréquentes pluies orageuses du mois de juin. Des attaques de taupins ont été localement observées, surtout dans le sud du pays.

Un contrôle des adventices généralement bien réussi

Malgré une augmentation des traitements de pré-émergence cette année, la majorité des traitements ont été réalisés en post-émergence à un stade 3 à 5 feuilles visibles du maïs.

Même en post-émergence, l’humidité du sol conditionne fortement la réussite des traitements. Cette condition était remplie suite aux pluies abondantes de mai et juin. Il était parfois difficile de trouver le moment opportun pour intervenir sans laisser d’ornières derrière le pulvérisateur.

Les valeurs VEM plus faibles qu’habituellement s’expliquent par les rendements élevés avec une partie non grain plus importante  que les années précédentes, ce qui a conduit à un effet de dilution de la teneur en VEM.
Les valeurs VEM plus faibles qu’habituellement s’expliquent par les rendements élevés avec une partie non grain plus importante que les années précédentes, ce qui a conduit à un effet de dilution de la teneur en VEM. - J.V.

Dans l’ensemble, le contrôle des adventices a été réussi pour des stades normaux d’applications. Pour les traitements plus tardifs, il était parfois insuffisant. Suite aux nombreuses pluies durant la saison, les adventices qui ont pu échapper aux traitements n’ont pas significativement affecté le rendement final.

Une croissance perturbée par les fortes pluies… et autres conditions météo

Après un début de croissance ralenti en mai, la croissance a véritablement démarré en juin grâce à l’augmentation significative des températures. Avec 121 mm de précipitations relevées à Uccle contre 71 mm pour la normale, ce même mois a été très humide. Les précipitations parfois orageuses ont été accompagnées de vents violents. Certaines parcelles ont été versées par les fortes rafales de vent.

En juillet, les plantes se sont bien redressées avant la floraison avec quelques cas de maïs « coudés » à la base de la tige. Nous avons pu l’observer dans plusieurs essais variétaux sans incidence sur le rendement final.

Malgré les conditions favorables du mois de juin, le retard accumulé en début de croissance n’a pu être comblé en juillet. En effet, celui-ci a été maussade avec moins d’ensoleillement que la normale et une pluviométrie fort élevée (167 mm à Uccle contre 77 mm pour la normale). Au début du mois, les champs étaient déjà saturés en eau avant les pluies fortes pluies de la mi-juillet. Certaines parcelles ont fortement souffert en raison de l’asphyxie des plantes. La majorité des maïs ont fleuri avec 2 à 3 semaines de retard.

Le mois d’août n’a pas amélioré la situation avec des températures et un ensoleillement (-25 %) inférieurs à la normale et accompagné de précipitations encore nombreuses (123 mm à Uccle contre 86 mm pour la normale). Ces conditions ont favorisé le maintien de la phase de croissance.

Grâce aux conditions chaudes, sèches et ensoleillées du mois de septembre, les pourcentages de matière sèche ont augmenté significativement à partir de la moitié du mois en Flandre et de la fin du mois en Wallonie.

Fin septembre-début octobre, une majorité des surfaces en Flandre avait atteint le stade de maturité pour une récolte en maïs fourrage. Il a fallu attendre 10-15 jours de plus pour atteindre ce stade en Wallonie. Généralement, les pourcentages de matière sèche sont plus faibles que ceux obtenus les années précédentes.

Le mois d’octobre a été un mois humide également, ce qui a perturbé et compliqué la récolte de maïs fourrage.

Maïs fourrage : rendements records…

Les rendements (tableau 2) sont généralement élevés dans beaucoup de régions, même sur sols plus légers, avec régulièrement des résultats records jamais atteints. A contrario, sur les parcelles fortement impactées par les nombreuses précipitations durant la période de culture, les rendements sont parfois (très) décevants.

Généralement, tous les maïs étaient parfaitement debout lors de la récolte. Néanmoins, certaines parcelles ont été touchées par les vents assez forts survenus durant la période de récolte avec, à la clé, des dégâts dus à la verse et aux bris de tiges. La présence de charbon et de fusariose sur tiges n’était pas rare avec des contrastes bien visibles entre variétés tandis que le charbon sur épis était peu présent. Suite aux conditions froides, peu de dégâts de pyrale ont été observés.

Le charbon sur épis était peu présent en 2021 alors qu’il n’était pas rare sur tiges.
Le charbon sur épis était peu présent en 2021 alors qu’il n’était pas rare sur tiges. - J.V.

… mais valeur alimentaire inférieure

En Basse et Moyenne Belgique, la teneur en amidon est un peu plus élevée qu’en 2020. Dans les essais, elle atteint respectivement 35,3 % et 34,2 % en moyenne pour les variétés très précoces à précoces et demi-précoces à tardives (contre 34,3 % et 32,1 % en 2020) Les valeurs VEM sont inférieures à celles de 2020 avec 924 VEM pour les variétés très précoces à précoces et avec 910 VEM en moyenne pour les demi-précoces à demi-tardives (contre respectivement 939 et 925 VEM en 2020).

Au sud du Sillon Sambre et Meuse, tous les paramètres alimentaires sont inférieurs à ceux de 2020. En moyenne des 6 essais récoltés, la teneur en amidon est de 35,6 % (contre 37,0 % en 2020), la teneur en VEM est de 919 VEM (contre 936 VEM en 2020).

Ces valeurs nutritives plus faibles s’expliquent par les rendements élevés avec une partie non grain plus importante que les années précédentes, ce qui a conduit à un effet de dilution de la teneur en VEM malgré la présence d’épis généralement correctement remplis.

Des récoltes tardives mais des rendements également bons en maïs grain

Les récoltes de maïs grain (tableau 3) ont débuté avec un retard de 2 à 3 semaines par rapport aux dates habituelles. Le maïs grain n’a pas pu profiter de conditions très favorables, comme en septembre 2020, pour connaître une diminution rapide des teneurs en d’humidité du grain. La dessication a débuté plus tardivement avec, au final, des teneurs en humidité du grain relativement élevées à la récolte.

Le stade de récolte « grain humide » (34 % d’humidité) a pu être atteint dans la majorité des cas où la récolte a pu être faite un peu plus tard qu’habituellement.

En cas de séchage, il fallait attendre plus longtemps et généralement se contenter de teneurs en humidité comprises entre 30 et 32 %. Il était déconseillé de reporter trop tardivement la récolte car les risques de pertes dus aux bris de tiges et à la verse étaient importants. En raison des conditions de croissance, les plantes étaient généralement grandes avec des épis insérés assez haut et donc plus sensibles aux vents forts durant la période de récolte. Pour certaines variétés, la sensibilité à la verse a été également augmentée par la présence de fusariose des tiges.

Pour les producteurs de maïs grain à sécher, des frais de séchage élevés liés à la hausse du prix du carburant étaient un inconvénient supplémentaire pour cette spéculation. Heureusement, les rendements en grains ont été excellents dans la majorité des situations avec un prix du maïs grain élevé. Au final, cela a permis d’atteindre des niveaux de rendements financiers qui figurent parmi les meilleurs des dix dernières années.

Michaël Mary, Jurgen Depoorter, Guy Foucart,

Cipf, Centre pilote maïs, Faculté

des bioingénieurs, Ucl Louvain-la-Neuve