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Comment l’actualité influe sur nos activités maraîchères?

Nous ne voulons pas en ajouter sur l’effet qu’ont les troubles guerriers à quelques milliers de km de chez nous. Y a-t-il un moment sans guerre de l’Homo sapiens quelque part sur notre terre ? Modestement, nous aborderons sous cette rubrique quelques réflexions jointes à l’actualité en cultures maraîchères.

Temps de lecture : 6 min

N otre hebdomadaire nous présente différents aspects du coût de la fertilisation en grandes cultures. C’est une question qui concerne les autres secteurs agricoles et horticoles et donc aussi le maraîchage.

D’un point de vue technique, les besoins des cultures maraîchères sont quantitativement moins importants qu’en grandes cultures. Les exportations en kg de matières sèches par hectares sont moins importantes pour les cultures en plein air. Plusieurs cultures maraîchères ont une croissance rapide, elles ont besoin d’une mise à disposition rapide des éléments minéraux. C’est au printemps, lorsque le sol est encore froid et que l’activité biologique n’a pas encore atteint son rythme que cette mise à disposition peut être un frein.

Bien que le coût des engrais soit élevé, peu d’économies sont possibles sans mettre en jeu la qualité de la production. Pour les cultures à croissance moins rapide et celles qui ne seront implantées qu’après la mi-mai, nous poursuivrons les apports comme ils sont régulièrement commentés sous cette rubrique. La fumure à base de fumier, de compost ou de broyat de cultures intercalaires reste une base.

N’oublions pas que pour favoriser la minéralisation des matières organiques du sol, la structure et le pH sont des facteurs clés. Les sources d’amendements sulfo-calcaro-magnésiens sont disponibles plus facilement que la potasse, le phosphore et l’azote. Les apports de ces amendements permettent une activité biologique du sol et une minéralisation correcte des réserves organiques. Leur emploi est plus que jamais d’actualité.

Le calcul de la fertilisation est une nécessité technique et environnementale à laquelle s’ajoute un intérêt économique. Les résidus de culture laissés au sol rendent les éléments minéraux qui les composent lors de leur décomposition. Après des cultures comme les choux, nous pouvons constater un effet azote sur la culture suivante de 50 à 100 unités. Les déchets d’épluchage de légumes comprennent des quantités de l’ordre de 3 kg d’azote par tonne. Et, bien sûr, comme en grandes cultures, les engrais verts restituent au sol des quantités importantes également. Les autres éléments minéraux que l’azote sont libérés également et avec moins de risques de pertes par libération dans l’air.

Les cours des marchés qui ont fort augmenté en ce qui concerne les engrais de fond (phosphore, potassium notamment) peuvent être lissés sur quelques années, les apports se faisant dans le cadre d’une ou de deux rotations de cultures et pas pour une seule année.

Le terreau

La constitution des mottes pressées et des substrats d’élevage des plantes en général est impliquée par les sources de succédanés de tourbe. La recherche d’alternative est à l’agenda des entreprises spécialisées depuis plusieurs dizaines d’années, avec des résultats fructueux. Cependant, les transports des matières venant des pays voisins sont impliqués par les coûts des transports.

Même avec une augmentation des prix des matériaux livrés, nous n’envisageons pas de transiger sur la qualité. Un bon démarrage des plantules est essentiel pour la réussite d’une culture.

Les conditions sont réunies pour avoir une levée des adventices à germination printanière.  En prenant un peu d’avance, nous augmentons les chances  d’un faux-semis supplémentaire en avant-saison.
Les conditions sont réunies pour avoir une levée des adventices à germination printanière. En prenant un peu d’avance, nous augmentons les chances d’un faux-semis supplémentaire en avant-saison.

Les transports

Nous devions nous y attendre et nous y sommes préparés depuis une quarantaine d’années au moins, le coût des carburants s’élève. Cela a différentes implications sur les coûts des intrants livrés à la ferme maraîchère et le coût des livraisons jusqu’aux points de vente. Ce point a déjà été abordé à plusieurs reprises sous cette rubrique. La solution est dans la rationalisation des transports. Nous avons que peu de prises sur nos fournisseurs. Il s’agit de raisonner les transports qui nous incombent directement. C’est vrai pour les grandes entreprises comme pour les petites unités. Nous devons ramener les coûts à la proportion des charges utiles transportées. Les livraisons de quelques dizaines de kilos de légumes reviennent vite très cher à l’unité.

Les fermes maraîchères orientées vers la vente directe ou en circuit court peuvent communiquer à leurs clients l’importance aussi de rationaliser leurs déplacements.

Les fermes maraîchères qui produisent pour la grande distribution sont confrontées au problème de livraisons accrues chez nous en provenance de pays n’arrivant plus à livrer chez les belligérants. Les conséquences immédiates sont navrantes et inattendues. Nous ne savons pas la durée de leurs effets. Le consommateur final ne s’en rend pas vraiment compte, mais la filière doit le gros dos sous les fluctuations énormes des cours.

Les fermes maraîchères axées sur les circuits courts doivent supporter une hausse importante du coût des intrants, mais leur structure reste assez solide et résiliente. Il faut cependant une solide carapace, comme pour chacun d’entre nous, pour poursuivre ses activités dans un climat émotionnellement difficile.

Le chauffage

En automne, le chauffage des serres a augmenté très fortement et surtout très brusquement. La conséquence est que les producteurs de légumes sous serres chauffées ne peuvent trouver que des solutions rapides et à court terme. L’impact sur le prix de revient est énorme. Les contrats et engagements sont extrêmement difficiles à honorer. Les producteurs ont hésité à planter aux dates habituelles avec des conséquences directes sur les livraisons. La reprise de ces cultures se fera chez tous en même temps avec les risques que cela implique quant à la stabilité des marchés.

L'instabilité des marchés augmente les risques économiques, en maraîchage de plein air et sous abris.
L'instabilité des marchés augmente les risques économiques, en maraîchage de plein air et sous abris.

Sur le terrain

Malgré toutes ces difficultés, nous devons travailler pour préparer la prochaine année culturale.

Les sols se ressuent bien jusqu’à présent et les ouvertures de terres permettent de redonner une certaine aération aux sols. Profitons-en, nous pouvons préparer les parcelles qui ne seront implantées que dans quelques semaines dans notre calendrier des travaux. Si les conditions de travail du sol sont bonnes, il n’y a pas de raison d’attendre. La température du sol avoisine les 10ºC, ce qui est élevé si nous comparons aux années antérieures ; les conditions sont réunies pour avoir une levée des adventices à germination printanière. En prenant un peu d’avance, nous augmentons les chances d’un faux-semis supplémentaire en avant-saison.

D’autre part, pas mal de parcelles ont été matraquées par l’importance des précipitations de 2021 et par les travaux obligatoires en parcelles en conditions inappropriées. Rappelons-nous combien une bonne structure de sol est la première action pour permettre aux cultures de bien s’implanter et donc de supporter d’éventuelles périodes sans précipitations comme nous les avons connues entre 2018 et 2020. Et nous ne savons pas quelles seront les conditions météo des prochains mois.

Nous avons constaté en certaines parcelles de légumes sous abris froids (ici, du persil)  des populations localement très élevées de pucerons.
Nous avons constaté en certaines parcelles de légumes sous abris froids (ici, du persil) des populations localement très élevées de pucerons.

Sous les serres maraîchères

Nous avons constaté en certaines parcelles de légumes sous abris froids (persil, épinards…) des populations localement très élevées de pucerons. Avant de prévoir toute intervention, vérifions l’état de la parcelle dans son ensemble et pas seulement quelques plantes colonisées. Dans les serres maraîchères, nous avons déjà les conditions de température pour permettre une activité des auxiliaires (les chrysopes notamment) pour autant qu’ils y soient présents. Attendons quelques jours avant de décider d’intervenir avec des insecticides, il y a de fortes chances que d’ici peu les populations de pucerons soient maîtrisées naturellement. Une intervention inadaptée risque de malmener l’équilibre naturel et nous obligerait à plusieurs interventions successives avec leurs conséquences.

F.

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