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Récolte des céréales 2022: des rendements excellents grâce à des conditions climatiques favorables

Fegra, la fédération belge des négociants en céréales, a réalisé une évaluation quantitative et qualitative de la récolte belge 2022 des céréales à paille. Cette analyse se base sur les chiffres provisoires des déclarations de superficies dans les régions flamandes et wallonnes et sur un sondage auprès de ses membres.

Temps de lecture : 7 min

La récolte 2022 a été fortement influencée par les conditions météorologiques favorables. Nous avons vécu un hiver doux avec pratiquement aucune neige ou gelée. Le printemps et l’été ont été caractérisés par une sécheresse prononcée avec un nombre élevé d’heures de soleil par jour et des périodes de vent occasionnelles. Plusieurs records de température et de sécheresse ont été battus. Si l’on ajoute à cela des pluies bienvenues en juin, les agriculteurs ont bénéficié de conditions de croissance optimales pour la plupart de leurs cultures. Les vagues de chaleur successives ont assuré une maturation rapide des épis, ce qui a permis d’obtenir des conditions de récolte excellentes et précoces.

Superficie céréalière en hausse en Flandre

En Flandre, la superficie céréalière totale a augmenté de 9 % (+12.043 ha) par rapport à 2021. Il s’agit du chiffre le plus élevé depuis 2016. La superficie de froment de printemps et d’orge d’été, qui a presque doublé en Flandre, et celle de maïs grain (+30 %) sont particulièrement frappantes. Cela s’explique facilement : au début de la guerre en Ukraine, le 24 février, la plupart des céréales avaient déjà été semées, à l’exception des céréales de printemps et du maïs grain. En semant davantage de ces céréales, les agriculteurs ont ainsi répondu à l’évolution de la situation géopolitique.

Une année au top pour le blé

Les rendements sont meilleurs à tous les égards par rapport à l’année 2021, année catastrophique au niveau de l’humidité, où notre pays fut ravagé par les inondations et la verse qui anéantissait plusieurs cultures dans certaines régions. En moyenne, nous avons observé des rendements de 15 à 20 % supérieurs à ceux de l’année dernière, et de 8,4 % supérieurs à la moyenne sur cinq ans. Ces augmentations s’observent de façon assez hétérogène sur le plan géographique, sauf sur les sols plus légers où les rendements ont été légèrement décevants en raison de la forte sécheresse.

Le blé d’hiver a connu la plus grande progression, avec une augmentation du rendement d’environ 15 % en Wallonie et de 25 % en Flandre. Il convient toutefois de noter que c’est le blé qui avait été le plus durement touché par les mauvaises conditions climatiques de l’année dernière. Toutefois, avec un rendement moyen de 10 tonnes par hectare, on peut parler sans crainte d’une année exceptionnelle pour le blé.

Pour l’escourgeon, le rendement moyen s’élevait à environ 9 tonnes par hectare, soit 13 % de mieux que l’année dernière.

Les conditions météorologiques sèches et ensoleillées ont également affecté le taux d’humidité des cultures : le taux d’humidité du blé d’hiver était de 12,7 % (-17,2 % par rapport à 2021) et celui de l’escourgeon de 13,6 % (-5,1 % par rapport à l’année dernière).

Épeautre, triticale, avoine sous la même tendance

Pour les céréales telles que l’épeautre, le triticale et l’avoine, nous observons la même tendance : des rendements plus élevés et une teneur en humidité plus faible que l’année dernière. Les légumineuses en particulier ont prospéré dans ces conditions climatiques, avec un rendement supérieur d’un tiers pour les pois (3,5 tonnes par hectare) et les féveroles (4,15 tonnes par hectare).

Il est frappant de constater qu’il y a eu nettement moins d’épeautre semé en Flandre (1158 ha) qu’en Wallonie (13.690 ha), alors que les rendements en Flandre étaient également élevés (8,30 tonnes par hectare). Un phénomène similaire peut être observé pour le triticale (1.634 ha semé en Flandre contre 3.274 ha en Wallonie).

Regain d’intérêt pour le colza

Le colza, dont la culture a fortement diminué au cours des cinq dernières années en raison d’une culture difficile et de rendements imprévisibles, connaît un regain d’intérêt : 20 % de colza ont été semé en plus cette année par rapport à l’an dernier. L’intérêt croissant est dû au prix favorable de cette culture. Le rendement moyen s’élève à 4,55 tonnes par hectare en moyenne, soit 15 % de plus que l’année dernière.

Le point sur la qualité

Les conditions météorologiques sèches et ensoleillées ont eu un effet positif sur la qualité des céréales.

En effet, le poids spécifique en Flandre et en Wallonie est nettement supérieur à celui de l’année dernière. Pour le blé d’hiver, la moyenne est de 79 kg/hl (contre 70,8 kg/hl l’année dernière) ; pour l’escourgeon, la moyenne s’élève à 65,7 kg/hl pour de 60,5 kg/hl l’an dernier.

En revanche, la teneur moyenne en protéines, un des paramètres permettant de qualifier le blé de blé panifiable, est moyenne à faible : 10,6 contre 11,5 en 2021. La cause est double : d’une part, la guerre en Ukraine a provoqué une hausse des prix des engrais, ce qui a entraîné une baisse de leur utilisation. D’autre part, il y a l’effet de dilution : compte tenu du rendement élevé par hectare cette année, l’azote est réparti sur un plus grand nombre de kilos, d’où une teneur en protéines plus faible.

La qualité des grains est bonne, le seul inconvénient étant  une teneur en protéines trop faible pénalisant le blé panifiable.
La qualité des grains est bonne, le seul inconvénient étant une teneur en protéines trop faible pénalisant le blé panifiable. - D.J.

La situation mondiale

Toute l’Europe a subi la chaleur en juillet et août, avec des températures maximales historiquement inédites en Europe du Sud, centrale et orientale. Ces mêmes régions ont également connu peu, voire aucune précipitation sur leurs champs ces derniers mois.

La France, en particulier, souffre de la sécheresse historique. Le pays éprouve des pertes de récolte considérables pour les céréales à paille et pour le maïs. La Roumanie souffre d’un grave déficit de précipitations dans le sud-est, le nord et le nord-est de la Transylvanie, qui affecte en particulier le blé.

En raison de ces conditions climatiques exceptionnelles, les rendements du maïs sont ajustés à la baisse. En revanche, les rendements du blé et de l’orge augmentent légèrement, restant proches de la moyenne quinquennale.

La sécheresse affecte non seulement la production, mais aussi le transport des céréales. Le faible niveau d’eau de certaines voies navigables européennes met en danger le transport de céréales en Europe. En août, les péniches sur le Rhin ne pouvaient être chargées qu’à un quart de leur capacité standard entraînant des prix de transport en forte hausse.

Au niveau global, la production totale est inférieure à celle de 2021 (-1,9 %). La production de blé est restée pratiquement la même que l’année dernière (environ 780 millions de tonnes). Cela est dû principalement à l’augmentation de la production en Chine et en Russie. La consommation de blé continue d’augmenter, mais à un rythme plus lent que les années précédentes.

Dans le reste du monde, le maïs connaît une mauvaise année, avec une baisse de 3,3 % de la production à 1180 millions de tonnes.

Dans l’Ukraine déchirée par la guerre, la production céréalière totale a été de 54 millions de tonnes (-38 %), avec des exportations prévues de 30,4 millions de tonnes.

Le conflit ukrainien a entraîné des prix sans précédent pour les céréales, les engrais et le gaz. La hausse du prix du maïs reste la grande exception, et ce en raison de la pression de la nouvelle récolte et de la sécheresse dans une grande partie de l’Europe qui pèsera sur les rendements.

En bref

L’année de récolte 2022 restera dans les annales grâce aux conditions climatiques exceptionnelles. Avec peu ou pas de gel, une abondance d’heures d’ensoleillement et de temps en temps une pluie bien nécessaire, les conditions étaient optimales pour une bonne récolte. Les rendements ont été presque universellement meilleurs qu’en 2021, avec des pics pour le blé d’hiver et l’orge. La qualité des grains est bonne, le seul inconvénient étant une teneur en protéines trop faible pénalisant le blé panifiable. Au niveau européen, la sécheresse a entraîné des niveaux d’eau exceptionnellement bas et conduit à un impact négatif sur les rendements du maïs. Au niveau mondial, la Chine et la Russie sont de rares exceptions avec production céréalière considérée comme moyenne.

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