Assurez-vous, qu’ils disaient…

Assurez-vous, qu’ils disaient…

Quand tout va bien, c’est-à-dire la plupart du temps, ce genre de questions ne nous empêche pas de dormir. Puis soudain, une calamité vous tombe dessus sans crier gare ; vous appelez votre courtier et vous relisez fébrilement vos contrats, persuadé d’être bien couverts. Et là, le plus souvent, vous vous rendez compte que vous serez bien mal indemnisé, ou pas du tout, car « ce risque-là n’est pas repris », comme par hasard… Je plains sincèrement les victimes des tornades et des inondations de cet été, confrontées aujourd’hui aux assurances, aux courtiers dépassés par les situations, aux rapports d’experts contradictoires, aux estimations minimalistes, aux tonnes de formalités administratives à remplir, aux milliers de coups de fil à donner à gauche et à droite. Après l’enfer des flots, les voilà obligés de ramer encore et encore, lors d’une interminable régate scélérate en solitaire, pour faire valoir leurs droits.

Les assurances seraient-elles de vastes arnaques légales ? Certains le prétendent ; d’autres font la part des choses et se disent qu’elles constituent un mal nécessaire ; douloureuses au paiement des primes, rassurantes lors des sinistres, du moins en principe. Ceci dit, certaines sont obligatoires, comme les assurances des véhicules qui roulent sur la voie publique : voitures, tracteurs, camions, etc. D’autres sont quasi indispensables, comme les RC (responsabilité civile) agricoles et familiales, pour faire face aux dommages causés à autrui par un membre de votre famille ou par un animal. Sont vivement conseillées les assurances incendies, les « individuelles » avec revenu garanti ; les assurances-vie, solde restant dû, hospitalisation ; les assurances placements PCLI (pension complémentaire libre pour indépendants) et tutti quanti. Et caetera, et caetera.

Pour être bien couverte, une exploitation agricole dépense des sommes folles chaque année. Si je pouvais récupérer les primes versées uniquement pour notre petite ferme, tout au long des 40 dernières années, j’ai calculé que j’aurais de quoi m’acheter un appartement flambant neuf et tout confort de 50 m² ! Ce fut le prix à payer pour notre tranquillité, avec un retour quasi inexistant sur investissement, si ce n’est une génisse foudroyée, et un toit envolé lors d’une tempête, pour lesquels il nous fut décompté 80 % pour « cause de vétusté »  !

À quelle sauce indigeste les assurés des communes sinistrées en pays de Liège vont-ils être mangés ? Va-t-on leur décompter encore et encore de la « vétusté » ? Ergoter sans fin sur la nécessité de démolir leur maison, ou pas ? Contester la liste de leurs biens privés perdus corps et âme, parce qu’ils « ne sont pas répertoriés dans le contrat d’assurance »  ? À l’intense frayeur ressentie lors des dévastations sont venues s’ajouter, pour les victimes des inondations, l’immense tristesse d’avoir tout perdu et l’angoisse d’être noyés maintenant dans des fleuves de paperasse. Leur humeur chagrine n’a rien d’étonnant…

Pourtant, le but des assurances n’est-il pas d’être « rassurantes » pour tous ceux qui les contractent ? Une impression désagréable prédomine, quand on les sollicite pour nous venir en aide : les inspecteurs cherchent par tous les moyens à indemniser le moins possible, dans leurs évaluations, leur interprétation des libellés, des avenants. À la manière des marchands de vaches, ils cherchent – trouvent ou inventent – des défauts, des lacunes, des vices de toutes natures, ou que sais-je ? Ils ne sont jamais à court d’arguments, et se donnent des airs de personnes vraiment très très généreuses quand ils vous fixent le montant (minimal) de l’indemnité.

Les assurances sont affaires de gros sous, point final. J’en veux pour preuve la dénomination de « bancassurances » pour ces sociétés qui « veillent » sur notre sécurité financière, en assurant la leur en priorité… C’est un monde de chiffres, de bilans, de statistiques, régi par des algorithmes mathématiques qui vous calculent les primes à payer et les indemnités à percevoir ; un monde où les émotions humaines ont peu de place, pur produit du capitalisme. Impossible, au final, d’y échapper. Lors d’une mésaventure ou d’un drame, il faut passer sous leurs fourches caudines, d’une manière ou d’une autre.

Dieu merci, les calamités de cet été seront couvertes par l’argent public, la Région Wallonne, le Fonds des Calamités, enfin j’espère ! La solidarité entre citoyens n’est-elle pas, au final, notre meilleure assurance pour nous protéger contre les aléas du destin ?

Assurez-vous, qu’ils disaient…

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