Chaudière biomasse et puits de carbone

Chaudière biomasse et puits de carbone

Un encadré de cet article disait en effet que 55.000 t de CO2 seraient économisés annuellement si la chaudière émet 94 kg CO2/MW. Je me demande s’il n’y a pas là une petite erreur et que ce serait 94 kg CO2/MWh, sinon la chaudière aurait une puissance de 55.000.000 kg CO2 / 94 kg CO2/MW, soit une puissance d’environ 500.000 MW ou 170 centrales nucléaires comme celle de Tihange. Donc, il est plus que probable qu’il faut parler de MégaWattHeure (MWh) plutôt que de MégaWatt (MW).

Donc, finalement, cette chaudière produira par an : 55.000.000 kg CO2 / 94 kg CO2/MWh = 585.000 MWh qui est l’énergie produite en un an.

L’éolien offshore serait une meilleure solution pour produire cette énergie. En mer du Nord, une éolienne a une puissance nette d’environ 6 MW. Les vents sont réguliers (bien mieux qu’à terre) et plus puissants. Si cette éolienne conserve cette puissance toute l’année, donc pendant 365 jours qui durent 24 heures, elle aura produit en un an 52.560 MWh. Notre chaudière à biomasse est 10 fois plus puissante. Il faudrait donc 10 éoliennes pour la remplacer. Une éolienne offshore coûte environ 2 à 3 millions d’euros. Les 10 éoliennes coûtent donc environ 25 millions d’euros alors que la chaudière coûte 50 millions, soit le double.

Dans l’article du Sillon Belge, il était indiqué que le bois viendrait d’un périmètre de 250 km. Cela représente un beau budget « transport » et donc une production de CO2 en rapport, surtout que tout ce bois représente la même chose que dix très grosses éoliennes.

J’ai entendu à la radio que les habitants de Remicourt sont opposés à la construction d’une unité de biométhanisation fonctionnant avec des fanes de maïs, principalement à cause du charroi que cela va représenter. Encore de la biomasse qui se retrouve dans l’atmosphère sous forme de CO2 au lieu d’améliorer le taux d’humus des champs qui en ont bien besoin. Les coulées de boues avec les inondations que nous avons connues trouvent en partie leur cause dans cette pauvreté en humus.

L’article ne s’étendait pas beaucoup sur ce que devient toute la chaleur produite dans cette chaudière deWanze. Le ministre Henry parlait de distribuer la chaleur renouvelable. En hiver uniquement, et que fait-on en été ? Je vois dans la légende d’une photo que l’on y parle de cogénération. Comme pour les installations de biométhanisation, cela pose le problème de pouvoir utiliser en été la chaleur produite en fabriquant l’électricité, soit beaucoup de chaleur.

On peut faire le même raisonnement en ce qui concerne l’isolation de nos maisons. On peut se demander si installer une éolienne offshore pour compenser les pertes de chaleur de ces maisons, qui sont de véritables passoires, ne serait pas mieux économiquement parlant. Isoler une maison coûte environ 20.000 €. Supposons que cela permette d’économiser 6.000 kWh de chauffage par an, ce qui me semble déjà une très belle économie, mais rêvons.

D’autre part, une éolienne offshore de 6 MW produit en un an : 6 MW x 24 heures x 365 jours = 52 millions de kWh. Elle permet donc de compenser la perte de chaleur de 52.000.000 / 6.000 = 8.760 maisons.

Isoler une maison coûte 20.000 €. Isoler 8.760 maisons pour un coût unitaire de 20.000 € revient à une dépense totale de 175 millions d’euros. À comparer avec les 3 millions d’euros de l’éolienne marine qui chaufferait ces maisons mal isolées.

S’il y a 4 millions de maisons en Belgique, les isoler coûterait donc au total 80 milliards d’euros alors que construire les 456 éoliennes offshore qui permettraient de compenser leurs pertes de chaleur coûterait 1,37 milliard d’euros, soit 60 fois moins. Et que dire de la masse d’isolants qu’il faudra fabriquer pour isoler ces 4 millions de maisons. Cela demandera pas mal de combustible et aura donc un impact lourd sur le climat. Et si toute la Belgique se met à isoler en même temps, il y aura pénurie de matériaux qui deviendront très chers. Isoler sa maison coûtera beaucoup plus que 20.000 €.

Dire comme dans l’article que la chaudière de Wanze permet de réduire les émissions de CO2 de 55.000 t est un peu fallacieux, car ce que les plantes ont absorbé par photosynthèse est relargué dans l’atmosphère par la combustion. C’est neutre, cela n’a aucun effet améliorateur. Par contre, si cette biomasse devient du compost mélangé au sol, le carbone reste captif, du moins un certain temps.

Je pense que là aussi, il y a une limite. Le sol ne peut indéfiniment absorber tout le carbone qu’on voudrait lui faire avaler, ce qui remet en cause la politique climatique de la Commission Européenne qui compte beaucoup sur les puits de carbone.

E.B.