#CeuxQuiFontLeSucre: la confiance envers la RT peut-elle être restaurée?

#CeuxQuiFontLeSucre: la confiance envers la RT peut-elle être restaurée?

Depuis la suppression des quotas, les planteurs qui fournissent leurs betteraves à la Raffinerie Tirlemontoise se laissent convaincre, année après année, avec de grands projets politiques (dont, en 2017, l’expansion irréaliste de la production, qui s’est soldée par un échec) et des perspectives de marché (généralement) optimistes, de signer un contrat betteravier.

Au fil des ans, la RT/SZ a également créé un système de prix devenu impossible à expliquer ou à comprendre, à moins d’y consacrer deux jours d’étude. Les règles changent d’une année à l’autre, les primes garanties et la « possibilité d’un supplément de prix » dépendent de la tête des planteurs, la teneur en sucre de référence passe de 16 à 17 puis à 18º Z (ce qui « améliore » le prix à la tonne), un prix global est communiqué, puis un prix de base et un prix individuel sont calculés, des pénalités sont imposées pour une production insuffisante et des primes sont refusées pour des quantités contractuelles insuffisantes…

Jusqu’en 2020, le prix de la betterave sucrière RT était basé sur le résultat combiné des ventes de sucre au sein du groupe Südzucker en Belgique, en France, en Allemagne et en Pologne. Il n’y avait pratiquement aucun aperçu des chiffres de vente déclarés, de sorte que le niveau (c’est-à-dire le faible niveau) du prix dérivé de la betterave sucrière n’a pas pu être vérifié.

À partir de la campagne 2021, le prix de la betterave sucrière n’est plus seulement basé sur le résultat d’exploitation propre de la RT/SZ mais aussi sur le prix de vente moyen du sucre de toutes les entreprises sucrières opérant en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne et en France. Ces prix de vente moyens sont communiqués chaque mois à la Commission européenne et peuvent être consultés librement. Les politiques de vente et les résultats des concurrents nationaux et étrangers dans ces quatre pays détermineront donc également le prix de la betterave sucrière pour les planteurs qui fournissent des betteraves à la RT à partir de cette année.

Le résultat récurrent (et prévisible) de tout cela : une culture déficitaire pour plus de la moitié des planteurs avec pour conséquences qu’année après année, de plus en plus d’agriculteurs doutent, sèment moins et abandonnent la culture. Pour beaucoup, la coupe est pleine !

Contrat 2022

La RT a maintenant annoncé une « simplification substantielle » du calcul du prix pour les contrats 2022. Cette simplification consiste en un prix minimum garanti pour 100 % du contrat (au lieu de 70 % auparavant) et en la suppression de l’obligation de semer le contrat de base 2022 en 2023. Néanmoins, cette dernière obligation reste en place si l’on souhaite bénéficier d’un « éventuel complément de prix » en 2022, et la RT conserve l’enchevêtrement compliqué des différents types de prix (prix de base, prix d’achat moyen, prix tout compris, prix calculé individuellement, « possibilité d’un complément de prix »…). Conclusion : il n’y a pas beaucoup de simplification et il reste à voir si cela conduira à une culture rentable !

Les incertitudes sont grandes – la confiance a été rompue. Les planteurs qui veulent abandonner aujourd’hui craignent d’hypothéquer leur propre avenir et risquent de contribuer à la fermeture d’une sucrerie, faute de betteraves sucrières disponibles en quantité suffisante. Une entreprise sucrière qui paie trop peu et oblige ses fournisseurs de matières premières à produire à perte année après année, sous peine d’exclusion, finira par faire faillite elle aussi… car peu d’agriculteurs veulent jouer à ce jeu pour les années à venir.

SopabeT

Les planteurs qui fournissent la RT ont une très petite part dans leur sucrerie par le biais de la coopérative SopabeT. Cette participation au capital de la RT donne des droits aux planteurs – ils sont les fournisseurs prioritaires de matières premières auprès desquels la RT doit s’approvisionner – mais aussi des obligations. Si la production n’a pas lieu ou est insuffisante, ils perdent leurs droits de production à (très) court terme.

Les droits de production libérés peuvent être repris par les planteurs-coopérateurs intéressés de la SopabeT. Mais, étant donné les prix toujours décevants de la betterave sucrière, l’intérêt d’augmenter la production a pratiquement disparu ! S’il s’avère que tous les coopérateurs réunis ne veulent pas ensemencer la surface souhaitée par la RT, celle-ci peut conclure des contrats avec des planteurs n’appartenant pas à la coopérative – ce que la coopérative veut éviter à tout prix – mais qui voudra/peut aujourd’hui démarrer cette culture sur son exploitation dans de telles mauvaises conditions financières ?

Rétablissement de la confiance

À la fin de l’année 2021, les coopérateurs pourront envoyer un signal fort. En plus de leur part dans le capital de la RT, ils pourront décider d’augmenter leur part dans le capital de SZ. Un accord a déjà été conclu avec la coopérative de planteurs allemande (qui est le principal actionnaire de SZ) selon lequel, si des parts supplémentaires de SZ sont souscrites, la coopérative de planteurs belges SopabeT deviendra membre à part entière de l’organe de gestion de la coopérative de planteurs allemande. En faisant partie et en s’asseyant à la table du principal actionnaire de SZ, il sera sans doute possible d’exercer une plus grande influence sur la politique et les conditions que SZ applique à ses fournisseurs de matières premières et à ses clients.

Cette décision importante, à savoir l’achat supplémentaire d’actions de SZ avec des fonds déjà collectés par les coopérants dans le passé, nécessite que chaque groupe membre de la SopabeT donne son avis. Une décision positive serait un signal fort de la part des planteurs. Ils montreraient qu’ils veulent mettre fin à la rupture de confiance qui s’est développée ces dernières années.

La RT a maintenant quelques mois pour faire comprendre aux planteurs qu’elle veut, elle aussi, regagner la confiance perdue. Cela peut se faire en traitant chaque planteur avec respect et en offrant une rémunération adéquate pour la culture de la betterave sucrière dans sa zone de production. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de discuter de quelques centimes en plus ou en moins ou d’avancer les dates de paiement, mais d’augmenter le chiffre d’affaires par hectare d’au moins trois à quatre cents euros (dans la situation actuelle du marché). C’est toute une tâche… mais c’est nécessaire !

Si la RT le souhaite, il est certain à 100 % que les planteurs continueront à produire suffisamment de betteraves sucrières. Dans le cas contraire, la société sucrière et ses planteurs devront faire face à de nombreuses années d’incertitude.

Eric Van Dijck

Eric Van Dijck est secrétaire du Verbond Suikerbietplanters vzw et du Coco Vlaanderen vzw et s’exprime en son nom propre.

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