Droit de réponse: PAC: Natagora apporte quelques précisions

Droit de réponse: PAC: Natagora apporte quelques précisions

Nous tenons à corriger factuellement des éléments extrêmement importants pour les associations environnementales wallonnes, pour la société civile de centaines de milliers de personnes que nous représentons ensemble, ainsi que pour plusieurs centaines d’éleveurs wallons avec lesquels nous collaborons au quotidien et sur le long terme, et qui sont au cœur de notre action dans les milieux agricoles.

D’abord, de fait, nulle part nous ne tirons à boulet rouge sur le secteur de l’élevage. Ce serait totalement contre-productif alors qu’une des priorités les plus hautes des associations environnementales wallonnes est la préservation des prairies permanentes wallonnes et donc leur valorisation par l’élevage ruminant. Nous reprenons en revanche les statistiques européennes officielles de la Commission européenne et de l’État de l’Environnement wallon concernant la densité de bétail, qui montrent que la densité de bétail est double en Wallonie qu’en Europe, et dans le top 3 européen. De fait, on ne peut pas qualifier d’extensif le secteur élevage bovin wallon en général.

Contrairement à ce qui est dit dans l’article, Natagora « n’avance » rien au sujet de la position de la Commission, elle cite textuellement ladite lettre, que nous invitons tout un chacun à lire, à la page 10 point 44 : « La Belgique (Wallonie) a identifié la réduction des émissions de gaz à effet de serre comme besoin prioritaire. Cependant le plan propose un soutien important au secteur d’élevage, avec un taux dédié aux aides couplées de 21,3 %, considérablement plus élevé que les 13 % maximum définis par l’article 96, paragraphe 1 du SPR et parmi les plus élevés de tous les plans mais il ne fixe aucun résultat à atteindre pour la réduction des émissions du secteur de l’élevage. La Commission est fortement préoccupée par l’impact que cela pourrait avoir dans la situation climatique et environnementale. La Belgique (Wallonie) est invitée à expliquer les interactions des aides couplées au secteur de l’élevage avec d’autres interventions du plan et l’objectif de limiter/réduire l’impact sur le climat et l’environnement, et à conditionner l’octroi de ces aides au respect de critères climatiques et environnementaux ambitieux et appropriés, dynamisant sa transition vers un modèle soutenable à long terme ».

De fait, les associations défendent, au cœur de notre plaidoyer ainsi qu’au cœur de leurs activités (réserves naturelles de Natagora, système de garantie participatif de Nature et Progrès etc.), un élevage herbager, extensif, en autonomie fourragère, décisionnelle et financière, adapté aux enjeux croissants en matière de climat, biodiversité, nutrition et santé publique. Si c’est encore nécessaire, nous rappelons que des enjeux essentiels de la biodiversité se situent dans les milieux ouverts et prairies wallonnes. Seul un élevage wallon plus extensif, durable par rapport à nos ressources naturelles finies, permettra d’enrayer le terrible déclin de la biodiversité en cours en Wallonie, et pourra contribuer à l’effort collectif dans la crise climatique et alimentaire grave qui nous occupe, en renforçant également l’autonomie alimentaire des élevages et des citoyens européens.

C’est sur le plan stratégique PAC défendu par la Région wallonne que nous tirons à boulets rouges, et certainement pas sur l’élevage ni les agriculteurs. Nous dénonçons ici un plan stratégique PAC qui continue à subsidier d’autant plus un élevage qu’il est intensif en charge de bétail. À cause du mécanisme de l’aide couplée qui persiste à des niveaux historiquement et réglementairement élevés en Europe, aujourd’hui, plus un élevage est intensif, plus il touche et continuera à toucher de prime, et ce malgré le nouvel écorégime prairie et les MAE (mesures agrienvironnementales) existantes ! Nous dénonçons vigoureusement cette situation absurde et appelons les décideurs wallons à prendre leur responsabilité, prendre acte de la demande de la Commission et des citoyens wallons, et amender le plan en conséquence au plus vite, dans l’intérêt des agriculteurs qui exigent maintenant d’y voir clair au plus tôt.

Nous sommes d’autant plus choqués de cette situation que l’administration wallonne a proposé en juin 2021 une alternative qui permettait de changer les mécanismes de soutien à l’élevage, pour répondre aux objectifs économiques, sociaux et environnementaux du secteur, sans baisser le niveau d’aide aux exploitations wallonnes. Cette alternative a été mise au tiroir sans être ni exposée ni débattue avec les parties prenantes de l’élaboration du plan que nous sommes. Nous tenons à disposition de tout un chacun une version de cette proposition alternative qui répondait aux enjeux actuels du secteur, des citoyens et de l’Europe. C’est donc le fait des décideurs wallons si le plan aujourd’hui n’est pas encore finalisé, et non pas le fait de la Commission européenne qui accomplit sa mission d’intérêt public.

Nous défendons depuis trois ans déjà une démocratisation des enjeux agricoles, et un droit des citoyens à participer à l’élaboration des politiques qui déterminent leur alimentation et l’environnement dans lequel ils vivent.

Natagora

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