Reconnue filière à haut potentiel en Wallonie: l’orge brassicole est dotée d’une ambitieuse stratégie de développement 2017-2027

Véritable institution dans notre pays, la bière est principalement composée d’eau, de malt d’orge, éventuellement d’autres céréales maltées ou non, de houblon et de levure. Nous exportons du malt et des bières partout dans le monde. Si l’écrasante majorité de l’orge brassicole belge est produite en Région wallonne, les quantités semées ne cessent de diminuer et représentent moins de 4 % des emblavements d’orge.

Des opportunités à saisir !

La filière belge de la malterie n’est plus alimentée que de manière anecdotique par des orges brassicoles wallonnes, essentiellement par désintérêt des producteurs en raison du différentiel de prix insuffisant entre une céréale « tout venant » et une céréale technologiquement appropriée pour la filière.

Des démarches visant à produire et utiliser localement des céréales (circuits courts, productions bio…) se multiplient et une part non négligeable des consommateurs, des brasseurs et des malteurs y sont sensibles. De nombreuses initiatives publiques et privées ont en effet démontré l’intérêt mutuel des agriculteurs et brasseurs de développer une filière de qualité en Wallonie.

C’est dans ce cadre que le ministre wallon de l’Agriculture a chargé le Collège des producteurs de réaliser un plan stratégique de développement spécifique à cette filière afin de produire localement la matière première qui fait défaut à notre transformation brassicole.

Pour y parvenir, l’ensemble des acteurs de la chaîne – de la recherche à la promotion – se sont réunis pour mettre en œuvre une série d’actions concrètes, grâce à une enveloppe totale de 2.560.000 euros sur 10 ans.

Les chiffres clefs de la filière

En préambule à ce portrait chiffré, précisons qu’il y a peu de données disponibles pour les céréales et l’orge de brasserie à l’échelle de la Wallonie et de la Belgique. Par ailleurs, la Belgique est entourée de gros pays producteurs de céréales qui utilisent les infrastructures belges, notamment le port d’Anvers, pour exporter leurs produits dans le monde entier. Des quantités importantes d’orge et de malt peuvent donc être recensées dans les chiffres belges tout en ne faisant que transiter par notre pays. Autrement dit, les chiffres avancés dans le tableau 1, et de manière générale dans ce dossier, doivent être considérés comme des estimations.

La production mondiale d’orge…

L’orge est la 4e céréale la plus produite dans le monde. Avec un volume de plus de 144 millions de tonnes (Mt), elle représente 6 % du marché céréalier.

Les 8 principaux bassins de production sont l’Union européenne (61 Mt, en baisse de 1,5 Mt pour la campagne 2016-17), la Russie (17 Mt, en hausse de 1,4 Mt), l’Australie (8,6 Mt, +1,3 Mt), l’Ukraine (8,7 Mt, + 0,95 Mt), le Canada (8,23 Mt, +0,48 Mt), la Turquie (7,4 Mt, – 2,65 Mt), les USA (4,7 Mt, – 0,54 Mt) et l’Argentine (4,9 Mt, – 1,29 Mt).

La production européenne d’orge occupe 12,34 millions d’ha pour une production totale de plus 60 millions de tonnes. Les principaux pays producteurs d’orge sont la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. La France en produit en moyenne 11 millions de tonnes chaque année

L’Arabie Saoudite et la Chine font partie des principaux pays importateurs d’orge.

… et d’orge de brasserie

À l’échelle de la planète, comme le montre la figure ci-dessous (marché mondial de l’orge de brasserie en 2016 - estimations, Malteurop, Vivescia), l’orge brassicole représente 20 à 22 % des emblavements d’orge, avec une forte variabilité d’un pays à l’autre. Selon les estimations de Malteurop, la production mondiale d’orge brassicole s’élevait en 2016 à 33,2 Mt, dont 11,5 Mt en provenance de l’UE.

Malteurop, Vivescia.

La France produit 3,6 millions de tonnes d’orge brassicole, faisant de celle-ci le premier producteur d’orge brassicole de l’Union européenne.

Et en Wallonie ?

En Région wallonne, en 2015, 64 % des exploitations agricoles cultivaient des céréales et 3.890 exploitations produisaient de l’orge.

Selon l’asbl Promotion d’orge brassicole, environ 3.000 agriculteurs wallons ont déjà semé de l’orge de brasserie dans le cadre de la filière. Ils ne sont plus que quelques dizaines en 2017. Pour le secteur bio, seule une petite dizaine de producteurs cultivait de l’orge brassicole, indique Biowallonie.

L’orge de brasserie représente moins de 1 % de la superficie totale en orge alors qu’elle en représentait encore d’une dizaine de pourcents dans les années 2000. Au cours de ces 15 dernières années, les surfaces d’orge brassicole n’ont cessé de régresser (-92 % entre 2000 et 2015).

Le rendement moyen estimé pour la Wallonie est en hausse, mais avec une très forte variabilité annuelle et régionale. On estime le rendement de l’orge brassicole aux environs de 6,5 t/ha et de 9 t/ha pour l’escourgeon. Les zones de production sont majoritairement la région limoneuse, le Condroz et la région sablo-limoneuse.

L’écueil des prix

Le prix de l’orge (voir figure ci-dessous ) fluctue en fonction de l’offre et la demande sur le cours mondial des céréales, et constitue un des principaux obstacles à la production d’orge brassicole en Belgique.

Figure 2: évolution du prix de l’orge de brasserie (FOB Creil).
Figure 2: évolution du prix de l’orge de brasserie (FOB Creil). - www.agro.basf.fr.

En agriculture conventionnelle , le prix de l’escourgeon fourrager avoisine les 140 €/t et le celui de l’orge brassicole les 160 €/t. La dizaine d’euros de différence ne compense pas les écarts de rendement entre l’orge fourragère à 6 rangs (9 t ha) et l’orge de brasserie (6,5 t/ha).

En agriculture biologique , le prix de l’escourgeon varie cette année entre 285 € et 305 €/t pour un rendement approximatif de 4,5 t/ha ; le prix de l’orge de brasserie fluctue énormément entre 360 et 460 €/t pour un rendement moyen de 3,5 t/ha.

Des critères qualitatifs à actualiser !

Les paramètres critiques de qualité pour évaluer l’aptitude de l’orge à une utilisation en malterie-brasserie sont nombreux et restrictifs ; ils sont repris dans le tableau 2 . En moyenne, suivant l’effet des conditions climatiques, on estime que l’orge brassicole est déclassé en orge fourragère dans 25 % des cas, soit 1 année sur 4, ce qui a une influence importante sur le choix des producteurs de se lancer dans ce type de production.

Il convient de souligner que ces critères ont été établis entre les acteurs de la filière il y a plus de 10 ans dans des conditions de besoins de l’industrie et de variétés différentes de ce qui prévaut aujourd’hui. Une relance de la production nécessiterait une mise à jour de ces critères selon les besoins et contraintes des différents acteurs.

Dans le même ordre d’idée, le stockage constitue une étape importante de la gestion de la qualité et la diminution de production des 10 dernières années a certainement conduit à des pertes de savoir-faire, voire de structures adaptées (faibles quantités, séchage…) qu’il faudra certainement actualiser.

Le développement d’une filière orge brassicole doit prévoir des compensations financières pour le différentiel de rendements, pour le risque de non-qualité (déclassement une année sur quatre) et idéalement un incitant financier positif.

Ce plan stratégique 2007-2017 vise prioritairement à offrir la possibilité à l’ensemble des brasseurs artisanaux wallons d erecourir à du malt d’orge produit localement.
Ce plan stratégique 2007-2017 vise prioritairement à offrir la possibilité à l’ensemble des brasseurs artisanaux wallons d erecourir à du malt d’orge produit localement. - M. de N.

Deux et six rangs

Il est possible de cultiver de l’orge d’hiver à 2 rangs et 6 rangs à destination de la brasserie, mais les variétés de printemps à 2 rangs sont largement privilégiées en Belgique, à l’inverse de la France qui cultive de plus en plus des variétés d’orge d’hiver brassicoles à 6 et 2 rangs.

En moyenne, depuis 2013, la France compte 0,9 million d’ha à orientation brassicole (55 % hiver et 45 % de printemps). Le marché des orges d’hiver à 6 rangs est en plein essor (+21 %). Celles-ci sont principalement dédiées à l’export vers l’Asie pour des bières à base de riz mais elle ne convient pas aux standards des brasseries européennes. Les agriculteurs obtiennent cependant, comme en Belgique des prix inférieurs à leurs coûts de production. Ils plantent de l’orge de brasserie faute d’alternatives plus rentables. Par contre, certains brasseurs utiliseraient de l’orge d’hiver à 2 rangs en mélange avec des variétés de printemps.

M. de N.

d’après le Collège des producteurs