V comme…?

V comme…?

V comme virus ? Celui qui nous taquine depuis dix mois m’est apparu sur un écran de télévision le 31 décembre 2019, sous la forme insignifiante et discrète d’un dentiste chinois porteur d’un masque facial, lequel alertait le monde d’une menace sanitaire majeure : un véloce coronavirus vagabond, vandale et vorace. Nous en avons ri un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout, lors du réveillon de la Saint-Sylvestre. Ah, ces Chinois ! Toujours prêts à faire leur intéressant avec leurs virus de chauves-souris, leurs grippes, leurs usines de manufacture, leurs métaux rares, leurs canards laqués, leur dictature communiste et leurs caméras Big Brother à tous les coins de rue ! Le pauvre lanceur d’alerte a très vite disparu derrière l’écran de fumée des gigantesques incendies de janvier, en Australie. Une autre image a brûlé nos rétines et embué nos yeux : celle d’un koala accroché à la cime d’un eucalyptus en feu, condamné à mourir rôti comme un poulet à la broche. Nous ne le savions pas encore, mais bientôt, ce serait notre tour de nous cramponner à toutes les branches, un flamboyant virus aux fesses…

Cette Covid-19, personne ne l’a vue venir ! Quoi de plus normal, ils sont tellement petits ces virus, ces petits brins d’ADN ou d’ARN entourés d’une capside, d’une coque protéique ! Par exemple, « notre » coronavirus, comparé à une cellule de voie respiratoire, aurait la taille d’une fourmi à côté d’une petite maison d’habitation. Nos cellules sont gardées comme des coffres-forts, n’y entre pas qui veut, mais les virus sont équipés comme Tom Cruise dans « Mission Impossible », avec toutes sortes d’outils, de protéines codantes qui forcent les serrures les plus sophistiquées. Une fois dans la place, notre virus s’installe, se met à manger, prend le contrôle et commence à se multiplier ; huit heures plus tard, ils sont déjà 50.000, qui se multiplient par 50.000 en huit heures, et ainsi de suite, pour se répandre chez les cellules voisines, aller contaminer d’autres personnes via l’air respiré. Une fourmi dans la maison, ça va ; des milliards de milliards de fourmis, bonjour les dégâts !

En 2020, nous avons beaucoup appris : à propos des virus, à propos de nous-mêmes, à propos des hôpitaux et des anges en blouses blanches, à propos des métiers dits « essentiels » et des autres, qui dit-on le seraient moins. Nous avons appris à nous laver les mains, encore et encore, à nous masquer, à nous éloigner les uns des autres, à ignorer la présence d’un ami pour ne pas devoir le saluer au détour d’un rayon de grand magasin. Nous avons pleuré des martyrs de la Covid, et trop d’autres morts, des victimes « collatérales » décédées de cancers, de crises cardiaques, d’AVC, de solitude et de tristesse… Les gens ont appris à consommer davantage local, à se promener à vélo, à se balader dans nos campagnes. Ont-ils (ré)appris la solidarité, la gratitude, la frugalité, le bon sens, la faculté d’être heureux avec peu de choses ? Ont-ils désappris à partir très loin en vacances, à voyager et gaspiller leur temps à des plaisirs futiles ? Se sont-ils rendus compte que l’être humain est LE Virus avec un très grand V qui épuise et fait mourir la Terre, lui donne la fièvre et l’étouffe ? Oui et non, sans doute un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout… Qui sait ?

Quel V brandirons-nous lors de cette longue année incertaine, qui déroule devant nous ses jours, ses semaines et ses mois ? V comme variante du virus, Covid-20 ou 21 ? V comme vaccination ? V comme victoire ? Au seuil de l’an nouveau, je vous le dis et vous l’écris en grand, ce sera :

V comme… Vive 2021 !

Le direct

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